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Investissements chinois au Maroc : Tanger Tech au cœur des nouvelles tensions industrielles avec l’UE

La montée en puissance des investissements chinois dans les segments stratégiques de la mobilité électrique place la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma au cœur des nouvelles recompositions industrielles entre le Maroc, la Chine et l’Union européenne. Si ces projets accélèrent la montée en gamme de l’écosystème automobile régional, ils alimentent également les réflexions européennes sur les règles d’origine, la sécurité des chaînes d’approvisionnement et la confiance accordée aux partenaires industriels.

Une présence chinoise qui transforme l’écosystème industriel

Dans son Alerte de Veille n°54, l’Observatoire Régional de Veille Stratégique et d’Intelligence Territoriale (ORVSIT) souligne que Tanger Tech accueille désormais près d’une douzaine d’entreprises chinoises spécialisées dans les technologies liées aux véhicules électriques.

Parmi elles figurent notamment BTR New Material Group, Sentury Tire et APG, actives respectivement dans les matériaux pour batteries, les pneumatiques et les équipements automobiles intelligents. Leur implantation contribue à diversifier l’industrie régionale et à renforcer sa position sur des segments à forte valeur ajoutée.

L’observatoire rappelle toutefois que cette dynamique intervient alors que l’Union européenne cherche, à travers son Industrial Accelerator Act, à réduire sa dépendance aux chaînes de valeur dominées par la Chine dans le secteur des véhicules électriques.

BTR investit 6 milliards de dirhams dans les matériaux pour batteries

Le projet le plus structurant concerne BTR New Material Group, qui développe à Tanger Tech deux unités de production de matériaux de cathode et d’anode destinés aux batteries électriques.

L’investissement annoncé atteint 6 milliards de dirhams, avec la création de plus de 1 150 emplois directs. La première unité devrait, à terme, produire 50 000 tonnes de matériaux par an, positionnant davantage la région sur les étapes amont de la chaîne de valeur des batteries.

De son côté, Sentury Tire prévoit un investissement estimé à 490 millions de dollars pour une capacité annuelle de 12 millions de pneumatiques, tandis qu’APG investit environ 70 millions de dollars afin d’implanter à Tanger sa première usine en dehors de la Chine.

Un écosystème automobile déjà fortement développé

Ces nouveaux investissements viennent compléter un tissu industriel déjà particulièrement dense autour de Tanger Med, qui rassemble plus de 150 équipementiers automobiles et génère plus de 40 000 emplois directs.

Selon l’ORVSIT, cette évolution permet progressivement au territoire de dépasser son rôle traditionnel d’assemblage automobile pour intégrer des activités plus technologiques, notamment les matériaux pour batteries, les systèmes de freinage avancés et les équipements intelligents.

Toutefois, les bénéfices dépendront largement du niveau réel d’intégration locale, du recours aux fournisseurs marocains, du transfert de technologies ainsi que du développement des activités de recherche et développement.

L’Europe renforce sa vigilance sur les chaînes d’approvisionnement

Le rapport souligne que la Chine conserve une position dominante sur l’ensemble de la chaîne de valeur des batteries.

En 2025, elle représentait plus de 80 % de la production mondiale de cellules de batteries, environ 85 % des matériaux de cathode, plus de 90 % des matériaux d’anode et près de 70 % du raffinage des minerais critiques.

Dans ce contexte, l’Union européenne cherche à sécuriser ses approvisionnements et pourrait renforcer progressivement les contrôles portant sur l’origine des composants, leur traçabilité ainsi que le contenu local des produits destinés au marché européen.

Le Maroc conserve un statut favorable, mais sous surveillance

L’ORVSIT rappelle que le Maroc bénéficie actuellement d’un traitement équivalent dans le cadre de son accord d’association avec l’Union européenne.

Par ailleurs, la prudence affichée par Rabat face à la proposition chinoise d’accord de libre-échange formulée en juin 2026 est présentée comme un signal destiné à préserver la confiance des partenaires européens et à éviter que le Royaume soit perçu comme une simple plateforme de contournement des règles d’origine.

Le rapport précise néanmoins que ce statut favorable n’est pas définitivement acquis, l’Union européenne pouvant revoir ce traitement si elle estime qu’une intégration industrielle accroît sa dépendance ou menace sa sécurité d’approvisionnement.

Un enjeu de crédibilité industrielle

Selon l’observatoire, la véritable question ne porte pas sur la nationalité des investisseurs, mais sur la capacité du Maroc à démontrer que la transformation industrielle réalisée sur son territoire est substantielle.

La part des composants fabriqués localement, le recours aux fournisseurs marocains, la création d’emplois qualifiés, le développement de la recherche et développement ainsi que la traçabilité des chaînes d’approvisionnement seront autant de critères susceptibles d’influencer les décisions des industriels européens.

Le rapport met également en garde contre les tensions possibles sur le marché régional de l’emploi, la multiplication des nouveaux projets pouvant accentuer la concurrence pour une main-d’œuvre qualifiée et provoquer une hausse du taux de rotation des salariés.

Des recommandations pour consolider la confiance européenne

Afin de préserver la compétitivité régionale, l’ORVSIT recommande de documenter davantage la valeur ajoutée produite localement, de renforcer les engagements des investisseurs en matière d’intégration industrielle, de formation, de transfert de technologies et de recherche, tout en poursuivant la diversification des investissements en attirant également des groupes européens, japonais, coréens et nord-américains.

Selon l’observatoire, la période précédant l’entrée en vigueur des nouvelles exigences européennes de contenu local à partir de 2029 constitue une fenêtre stratégique permettant de conforter le positionnement de la région comme un partenaire industriel fiable au sein des chaînes de valeur euro-méditerranéennes.

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