Economie

Economie

Maroc-Émirats arabes unis : un partenariat géoéconomique porté par des investissements stratégiques dans l’eau et l’énergie

Les relations entre le Maroc et les Émirats arabes unis entrent dans une nouvelle phase, marquée par une dimension géoéconomique de plus en plus affirmée. Cette dynamique repose notamment sur d’importants investissements dans des secteurs stratégiques tels que l’eau, l’énergie, les télécommunications, les infrastructures et l’industrie.

Selon un rapport d’analyse publié par l’Observer Research Foundation (ORF), intitulé « Morocco and the UAE: A Trans-Arab Geoeconomic Partnership », le partenariat entre Rabat et Abou Dhabi s’est progressivement transformé, ces dernières années, en une coopération plus structurée, soutenue par des investissements de long terme et par le rôle croissant des entreprises publiques et des fonds souverains dans la réalisation de grands projets.

Le rapport souligne que cette évolution s’est particulièrement accélérée après la signature de la Déclaration commune en décembre 2023, qui a ouvert la voie à une coopération élargie dans plusieurs domaines, notamment l’énergie, l’eau, l’agriculture, la finance, les infrastructures, les transports, les engrais et la sécurité alimentaire.

À la suite de cette déclaration, 12 mémorandums d’entente ont été signés dans des secteurs tels que la grande vitesse ferroviaire, l’eau et l’énergie, l’agriculture et la pêche maritime, les aéroports et les ports, le gazoduc Afrique-Atlantique, la finance et les marchés de capitaux, le tourisme, l’immobilier ainsi que les centres de données.

L’année 2025 a constitué une étape importante dans la concrétisation de ces engagements, notamment dans les télécommunications, l’eau et l’énergie.

Dans les télécommunications, Maroc Telecom et inwi ont annoncé une alliance stratégique visant à développer deux projets communs dans les domaines de la fibre optique et des infrastructures 5G, avec un investissement estimé à environ 460 millions de dollars au cours des trois premières années.

Dans les secteurs de l’eau et de l’énergie, un investissement commun d’environ 14 milliards de dollars a également été annoncé, avec la participation de TAQA, de Nareva, du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement et de l’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable.

Ce programme prévoit notamment le développement de stations de dessalement de l’eau, la construction de deux lignes à courant continu à haute tension d’une capacité de 1.500 MW chacune, l’installation d’environ 1.200 MW d’énergie éolienne, ainsi que le renforcement de l’interconnexion entre les bassins du Bouregreg et du Sebou.

Pour l’ORF, l’ampleur de ces projets traduit une évolution du partenariat maroco-émirati, désormais orienté vers des secteurs directement liés à la sécurité économique, énergétique et hydrique ainsi qu’aux infrastructures stratégiques.

L’année 2024 avait également marqué une nouvelle étape dans le développement des relations économiques bilatérales, avec l’adhésion du Maroc au Partenariat industriel intégré pour le développement économique durable et la signature, en juillet de la même année, de l’Accord de partenariat économique global entre les deux pays.

Ces accords offrent au Maroc de nouvelles opportunités d’accès aux marchés et de développement des investissements industriels et des chaînes d’approvisionnement régionales. Ils permettent également aux Émirats de renforcer leur présence dans une économie marocaine disposant d’une base industrielle en expansion et d’une position stratégique reliant l’Europe à l’Afrique ainsi que l’Atlantique à la Méditerranée.

Le rapport met également en avant le rôle croissant des entreprises publiques et des fonds souverains des deux pays dans la mise en œuvre des projets stratégiques. Au Maroc, le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, le Groupe OCP et l’ONEE occupent une place importante, tandis que du côté émirati, des acteurs comme TAQA, AD Ports Group et les fonds souverains jouent un rôle majeur.

Cette convergence des modèles d’investissement constitue, selon l’ORF, un environnement favorable au développement de projets à long terme dans des secteurs nécessitant des capitaux importants, notamment l’énergie, l’eau, les infrastructures et l’industrie.

La coopération ne se limite toutefois pas aux infrastructures. L’industrie occupe également une place croissante dans les stratégies économiques des deux pays. Le Maroc a développé au cours des dernières années des filières industrielles importantes dans l’automobile, l’aéronautique, la défense, la logistique et les énergies renouvelables, tandis que les Émirats ont lancé leur stratégie « Operation 300bn », visant à porter la contribution de leur secteur industriel à 300 milliards de dirhams émiratis à l’horizon 2031.

Cette convergence des politiques industrielles ouvre des perspectives pour la création de chaînes de valeur communes dans les domaines des énergies propres, des engrais, de la sécurité alimentaire, des minerais, des technologies et de l’eau.

Le rapport souligne par ailleurs la complémentarité géographique des deux pays. Le Maroc constitue une porte d’entrée stratégique vers les marchés européens et africains, tout en bénéficiant d’une façade atlantique majeure. Les Émirats, de leur côté, disposent d’une position de premier plan en tant que hub financier et logistique mondial.

Cette complémentarité pourrait ainsi favoriser de nouvelles opportunités dans le commerce, l’énergie, le transport et l’investissement, donnant au partenariat une portée qui dépasse progressivement le cadre strictement bilatéral.

À moyen et long terme, l’Observer Research Foundation estime que le partenariat maroco-émirati devrait continuer à se développer, avec un intérêt particulier pour l’eau, l’énergie, la sécurité alimentaire, l’industrie, la logistique, le tourisme et les infrastructures.

Cette évolution dessine ainsi les contours d’un partenariat géoéconomique fondé sur la complémentarité entre les capacités financières et d’investissement des Émirats et les atouts industriels, infrastructurels et géographiques du Maroc. Une dynamique susceptible de renforcer davantage la position du Royaume comme plateforme économique et logistique reliant l’Europe, l’Afrique et les marchés mondiaux.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

19 − 17 =