
Le Maroc s’impose comme une plateforme stratégique pour les investissements d’avenir en Afrique
La compétition pour attirer les investissements étrangers en Afrique ne se limite désormais plus au volume des capitaux mobilisés. Elle repose de plus en plus sur la capacité des pays à attirer des projets stratégiques appelés à façonner l’économie mondiale au cours des prochaines décennies.
Dans cette course, le Maroc confirme progressivement sa place parmi les économies africaines les plus attractives pour les investissements dans des secteurs d’avenir, notamment l’industrie, les énergies propres, l’hydrogène, les infrastructures et la logistique.
Selon les données du Rapport sur l’investissement dans le monde 2026 de la CNUCED, le Maroc, aux côtés de l’Égypte et de l’Afrique du Sud, a maintenu son attractivité auprès des investisseurs étrangers dans ces secteurs stratégiques. Cette dynamique intervient alors que les entreprises internationales réorganisent leurs chaînes de production et d’approvisionnement face aux profondes transformations de l’économie mondiale.
L’Afrique conserve son attractivité auprès des investisseurs
Le continent africain continue par ailleurs d’attirer des niveaux importants d’investissement direct étranger. Les flux ont atteint environ 70 milliards de dollars en 2025, soit le troisième niveau le plus élevé enregistré depuis 1990.
Ce montant reste toutefois inférieur au record de 94 milliards de dollars enregistré en 2024. Il demeure néanmoins supérieur d’environ un tiers à la moyenne historique de long terme du continent, confirmant l’intérêt persistant des investisseurs pour le potentiel économique africain.
La CNUCED souligne cependant que l’analyse de ces chiffres doit aller au-delà du seul volume des capitaux. La nature des projets accueillis par les économies africaines constitue également un indicateur essentiel.
En 2025, la valeur totale des nouveaux projets d’investissement de type « Greenfield » a ainsi reculé d’environ un tiers, tandis que le nombre de projets annoncés a progressé. Cette évolution traduit une tendance des investisseurs à répartir leurs capitaux sur un plus grand nombre de projets, mais avec des montants individuels moins élevés.
Le Maroc bénéficie de plusieurs atouts stratégiques
Dans ce contexte, le Maroc dispose de plusieurs avantages susceptibles de renforcer son attractivité auprès des investisseurs internationaux.
Sa proximité géographique avec l’Europe, le développement de ses infrastructures logistiques, l’élargissement de sa base industrielle ainsi que son potentiel dans les énergies renouvelables et l’hydrogène vert constituent autant d’atouts pour attirer de nouveaux projets.
Le Royaume bénéficie également de sa position de passerelle entre l’Europe, l’Afrique et les autres marchés internationaux. Un positionnement particulièrement important à l’heure où les multinationales cherchent à diversifier leurs implantations industrielles et à réduire leur exposition aux risques géopolitiques et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Parallèlement, les investissements en provenance des pays du Golfe et de plusieurs économies asiatiques prennent une place croissante en Afrique, notamment dans les secteurs de l’énergie, de la logistique, de l’immobilier et des infrastructures.
Les secteurs stratégiques au cœur de la nouvelle carte mondiale de l’investissement
Les données de la CNUCED révèlent également une transformation profonde de la géographie de l’investissement mondial. Les secteurs stratégiques représentent désormais une part croissante des nouveaux projets.
Leur part dans la valeur mondiale des projets d’investissement Greenfield est passée de 16 % en 2020 à 44 % en 2025. Dans le même temps, la valeur des projets annoncés dans ces secteurs est passée d’environ 109 milliards de dollars à 576 milliards de dollars.
Cette progression est notamment portée par les investissements dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les minerais critiques, les technologies de transition énergétique et l’industrie manufacturière avancée.
Cette évolution confirme que la compétition internationale ne porte plus uniquement sur les capitaux, mais également sur l’accès aux secteurs appelés à jouer un rôle déterminant dans les transformations économiques et technologiques à venir.
Une concurrence internationale de plus en plus forte
Malgré les opportunités offertes par cette dynamique, la CNUCED met en garde contre la concentration persistante des investissements stratégiques dans un nombre limité d’économies.
En 2025, les trois principales économies investisseuses représentaient 72 % de la valeur totale des projets stratégiques, tandis que les trois principales économies bénéficiaires en concentraient 56 %.
Cette concentration illustre l’intensification de la concurrence internationale pour attirer les projets à forte valeur ajoutée, notamment dans les domaines des énergies propres, des technologies avancées et des industries liées aux transitions numérique et écologique.
Pour le Maroc, attirer les investissements étrangers ne constitue toutefois qu’une première étape. L’enjeu majeur consiste désormais à transformer ces investissements en véritable moteur de développement industriel et économique local, en renforçant notamment les liens entre les entreprises étrangères implantées dans le pays et le tissu entrepreneurial marocain.
La production locale et le transfert de technologie au cœur des enjeux
La CNUCED souligne ainsi l’importance de renforcer la production locale, d’élargir la base des fournisseurs nationaux et de favoriser la transformation des matières premières sur place.
Le développement des services associés aux projets d’investissement doit également permettre de maximiser leurs retombées économiques, notamment en matière de création d’emplois, de transfert de technologies, d’amélioration de la productivité et de développement des compétences industrielles.
La poursuite des investissements dans les réseaux énergétiques et de transport, le développement du capital humain, l’amélioration de la préparation des projets et la mise en place de mécanismes adaptés de partage des risques constituent également des leviers essentiels.
À l’échelle continentale, le renforcement des échanges et des complémentarités économiques entre les pays africains, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine, apparaît également déterminant pour favoriser l’intégration des chaînes de valeur.
Un rebond mondial encore fragile
À l’échelle mondiale, les investissements directs étrangers ont progressé de 6 % en 2025, pour atteindre environ 1 600 milliards de dollars. Les économies en développement ont, pour leur part, attiré près de 901 milliards de dollars.
La CNUCED estime toutefois que cette reprise demeure fragile et inégalement répartie, en raison de la concentration persistante des flux dans un nombre limité de marchés. Les vingt principales économies bénéficiaires ont ainsi capté plus de 80 % des flux mondiaux d’investissement.
Ces tendances laissent présager une intensification de la concurrence entre les pays pour attirer les investissements liés aux secteurs qui façonnent l’économie de demain, notamment l’intelligence artificielle, les énergies propres, les semi-conducteurs, les minerais stratégiques et l’industrie manufacturière avancée.
Dans ce nouvel environnement, le Maroc dispose d’une réelle opportunité pour consolider son positionnement en tant que plateforme industrielle, énergétique et logistique reliant l’Afrique aux marchés mondiaux.
La capacité du Royaume à tirer pleinement profit de cette dynamique dépendra toutefois de son aptitude à approfondir l’intégration des investissements étrangers dans l’économie nationale, à renforcer la participation des entreprises marocaines, à accélérer le transfert de technologies et à transformer les grands projets en valeur ajoutée, en emplois et en chaînes de production intégrées, aussi bien au niveau national qu’à l’échelle africaine.





















