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Le Maroc ouvre une nouvelle voie électrique vers l’Europe via le Portugal

Le Maroc et le Portugal s’apprêtent à relancer le projet d’interconnexion électrique entre les deux pays, une initiative qui pourrait offrir au Royaume un accès supplémentaire au marché européen de l’électricité et renforcer sa stratégie de diversification des échanges énergétiques avec le continent.

Le projet se trouve encore à un stade préliminaire. Rabat et Lisbonne poursuivent l’étude de ses paramètres techniques et financiers, notamment le tracé définitif du câble sous-marin ainsi que les mécanismes de financement, avant toute décision d’investissement.

La perspective d’une liaison électrique directe entre le Maroc et le Portugal suscite également l’attention en Espagne. Plusieurs analyses estiment qu’une telle infrastructure pourrait, à terme, réduire la dépendance du Maroc au réseau espagnol pour accéder au marché européen de l’électricité.

Un projet indépendant des récents développements autour de Ceuta

La relance du projet a été officiellement annoncée le 20 juillet à Lisbonne, lors d’une rencontre entre la ministre marocaine de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, et son homologue portugaise, Maria da Graça Carvalho.

La chronologie des événements montre ainsi que le projet d’interconnexion entre le Maroc et le Portugal était déjà à l’étude avant les récents développements liés à la ville de Ceuta. Sa relance ne serait donc pas directement liée à ces événements.

Le Maroc est actuellement connecté au réseau électrique européen à travers deux liaisons sous-marines avec l’Espagne. La première est entrée en service en 1997, tandis que la seconde a été mise en exploitation en 2006.

Ces interconnexions permettent des échanges d’électricité dans les deux sens. Selon les capacités commerciales annoncées par Red Eléctrica, la capacité disponible de l’Espagne vers le Maroc atteint environ 900 MW, contre près de 600 MW dans le sens inverse.

Une nouvelle liaison avec le Portugal permettrait ainsi d’ouvrir une voie supplémentaire pour les échanges électriques entre le Maroc et l’Europe, sans remettre nécessairement en cause les infrastructures existantes avec l’Espagne.

Vers un soutien financier européen

Afin de faciliter la réalisation du projet, le Maroc et le Portugal sont convenus de présenter une demande à la Commission européenne pour que cette interconnexion soit intégrée aux projets considérés comme stratégiques pour l’Europe et l’Afrique.

Une telle reconnaissance pourrait permettre au projet d’accéder à certains mécanismes européens de financement dédiés aux infrastructures stratégiques. Cet appui serait particulièrement important compte tenu du niveau d’investissement attendu.

En parallèle, Rabat et Lisbonne élargissent leurs consultations aux gestionnaires des réseaux électriques, aux producteurs d’énergie ainsi qu’aux investisseurs privés, afin d’évaluer les différents scénarios techniques et économiques envisageables.

Le schéma définitif de l’interconnexion n’est toutefois pas encore arrêté. Plusieurs options sont actuellement étudiées avant de retenir la solution présentant le meilleur équilibre entre faisabilité technique et viabilité financière.

Parmi les scénarios envisagés figure la construction d’un câble sous-marin direct entre le Maroc et le Portugal. Une formule tripartite associant le Maroc, le Portugal et l’Espagne est également étudiée, tout comme la possibilité d’impliquer des acteurs privés dans la réalisation ou le financement de l’infrastructure.

Un coût appelé à dépasser les estimations initiales

Le financement constitue l’un des principaux défis du projet. Les estimations établies par le passé ne seraient plus représentatives du niveau d’investissement nécessaire dans les conditions actuelles.

En 2018, le coût du projet avait été évalué à environ 800 millions d’euros. Cette estimation n’est toutefois plus considérée comme une référence suffisamment actuelle, notamment en raison de l’augmentation du prix des matières premières, de l’évolution des technologies utilisées dans les projets d’interconnexion électrique et de la diversité des scénarios actuellement étudiés pour le tracé.

Dans ce contexte, les autorités portugaises conditionnent la réalisation du projet à la mobilisation de financements européens ou d’investissements privés, afin de limiter l’impact financier potentiel sur les consommateurs et les contribuables.

Les énergies renouvelables au cœur du projet

L’interconnexion envisagée ne se limiterait pas aux échanges classiques d’électricité. Elle pourrait également s’inscrire dans une stratégie plus large visant à valoriser la progression de la production marocaine d’électricité à partir de l’énergie solaire et éolienne.

En cas d’excédent de production renouvelable, le nouveau câble pourrait permettre au Maroc d’exporter une partie de cette électricité vers le Portugal. Dans le sens inverse, il pourrait être utilisé pour importer de l’électricité lorsque la demande augmente sur le marché marocain.

Ce type d’interconnexion offrirait davantage de flexibilité dans la gestion de la production et de la consommation, notamment à mesure que la part des énergies renouvelables augmente dans le mix électrique, avec une production naturellement dépendante des conditions météorologiques.

Le Portugal pourrait également tirer profit de cette infrastructure en disposant d’une nouvelle voie pour sécuriser ses approvisionnements électriques et renforcer la flexibilité de son réseau, alors que ses échanges avec le reste du système électrique européen reposent largement sur ses interconnexions avec l’Espagne.

Une nouvelle étape dans l’intégration énergétique du Maroc

Au-delà des échanges bilatéraux d’électricité, le projet pourrait contribuer à rapprocher les capacités de production renouvelable d’Afrique du Nord du marché européen.

Même si l’interconnexion reste au stade des études et qu’aucune décision finale d’investissement n’a encore été prise, sa relance traduit une volonté de renforcer les connexions énergétiques entre le Maroc et l’Europe.

À terme, une liaison électrique entre le Maroc et le Portugal pourrait constituer une nouvelle étape dans l’intégration du Royaume au marché européen de l’électricité, parallèlement au développement de ses investissements dans les énergies renouvelables et à sa volonté de diversifier ses débouchés énergétiques.

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