Economie

Economie

Maroc : les minoteries mélangent le blé local et importé pour maintenir la qualité de la farine

Alors que le Maroc espère réduire sa dépendance aux importations de blé grâce à une récolte en nette amélioration après plusieurs années de sécheresse, les professionnels du secteur font face à plusieurs défis. Entre une teneur en protéines jugée insuffisante dans le blé local et des retards dans les opérations de récolte, les minoteries sont contraintes de recourir à un mélange avec du blé importé afin de répondre aux exigences de qualité de la farine destinée à la fabrication du pain.

Une récolte abondante mais confrontée à des contraintes techniques

La campagne céréalière 2025-2026 s’annonce particulièrement favorable pour le Maroc. Le Royaume prévoit une production de près de neuf millions de tonnes de céréales, dont une part importante de blé tendre, soit près du double des niveaux enregistrés ces dernières années.

Malgré cette amélioration significative, les professionnels du secteur estiment que plusieurs obstacles freinent la valorisation optimale de la production nationale. Les retards de récolte, le manque de main-d’œuvre, les conditions météorologiques et le vieillissement du matériel agricole compliquent les opérations de collecte dans plusieurs régions du pays.

Une qualité protéique inférieure aux besoins des minoteries

Au-delà des questions logistiques, la qualité du blé local constitue aujourd’hui la principale préoccupation des industriels. Selon les représentants des minoteries, la teneur moyenne en protéines du blé marocain atteint environ 10,5 %, alors que le seuil minimal requis pour la fabrication de farine panifiable est fixé à 11,5 %.

Cette situation s’explique notamment par la réduction de l’utilisation des engrais azotés, dont les prix ont fortement augmenté ces dernières années sous l’effet des tensions géopolitiques et des perturbations des marchés internationaux.

Le recours au blé importé pour garantir la qualité de la farine

Face à ce déficit de qualité, les opérateurs du secteur ont adopté une solution devenue indispensable : le mélange du blé local avec des céréales importées présentant une teneur en protéines plus élevée.

Cette pratique permet aux minoteries de maintenir les standards de qualité exigés pour la production de farine et de répondre aux besoins des boulangers ainsi qu’aux attentes des consommateurs.

Une politique de soutien au blé national

Afin de favoriser l’écoulement de la récolte locale, les autorités marocaines ont instauré des droits de douane pouvant atteindre 135 % sur les importations de blé durant les mois de juin et juillet. Cette mesure vise à encourager la commercialisation de la production nationale avant la reprise des importations.

Le gouvernement a également fixé un objectif de collecte d’au moins 1,2 million de tonnes de blé local avant d’autoriser de nouveau les achats à l’étranger à partir du mois d’août.

Des objectifs ambitieux pour la filière céréalière

Les professionnels du secteur considèrent toutefois que cet objectif pourrait être difficile à atteindre. Plusieurs facteurs ralentissent les opérations de collecte, notamment la rétention d’une partie des récoltes par les petits agriculteurs et les difficultés d’acheminement vers les centres de stockage.

À cela s’ajoute le manque d’homogénéité des variétés cultivées, qui complique les opérations de tri et de transformation, ainsi que la nécessité de stocker les céréales pendant plusieurs semaines avant leur mouture.

Le Maroc reste dépendant du marché international

Malgré les efforts engagés pour renforcer la production nationale, les besoins réels d’importation restent encore difficiles à évaluer. Le Royaume demeure l’un des principaux importateurs de blé au monde et continue de s’appuyer sur plusieurs fournisseurs internationaux.

Lors de la dernière campagne, la France a assuré près de 70 % des importations marocaines de blé tendre, devant l’Argentine, la Russie et l’Allemagne.

Dans ce contexte, les acteurs de la filière assurent que la priorité sera donnée au blé marocain tout en maintenant un recours aux marchés internationaux afin de garantir l’équilibre entre qualité, disponibilité et compétitivité des prix.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

neuf − 9 =