
Autoroutes hydrauliques : le Maroc accélère l’interconnexion des barrages pour faire face au stress hydrique
Face à l’aggravation du stress hydrique et à la raréfaction des ressources en eau, le Maroc poursuit le déploiement de sa stratégie des « autoroutes hydrauliques ». L’objectif est de mieux répartir les ressources disponibles entre les régions excédentaires du nord et les zones plus arides du Royaume.
Dans cette dynamique, l’Agence du bassin hydraulique du Sebou prépare une étude d’interconnexion entre les barrages Sahla et Bouhouda, situés dans la province de Taounate. Ce projet marque une nouvelle étape dans la modernisation de la gestion de l’eau au Maroc et dans l’optimisation des capacités de stockage hydraulique.
Le constat à l’origine du projet est particulièrement révélateur des déséquilibres actuels. Le barrage Sahla dispose d’une capacité de stockage importante par rapport aux volumes d’eau qu’il reçoit naturellement chaque année. À l’inverse, le barrage Bouhouda enregistre des apports largement supérieurs à ses capacités actuelles, provoquant des déversements fréquents pendant les périodes humides.
Une partie importante de ces volumes finit par rejoindre le barrage Al Wahda en aval, sans véritable valorisation directe pour les réserves régionales. L’interconnexion envisagée vise justement à mieux redistribuer ces ressources afin d’améliorer la gestion globale du bassin du Sebou.
Le projet gagne également en importance avec la future surélévation du barrage Bouhouda, déjà programmée par les autorités. Cette extension augmentera les capacités du site et renforcera l’intérêt d’un système de transfert capable de mieux exploiter les volumes mobilisables.
L’étude prévue par l’Agence du bassin hydraulique du Sebou repose sur deux grands volets. Le premier concerne la modélisation hydrologique du système à travers plusieurs scénarios intégrant la situation actuelle, les effets de l’interconnexion, la future surélévation du barrage Bouhouda ainsi que l’impact du changement climatique.
Les simulations devront notamment évaluer les volumes transférables de manière durable et mesurer la résistance du système durant les années de sécheresse.
Le second volet porte sur les aspects techniques du futur chantier. Il inclut les études topographiques, le tracé des conduites, le dimensionnement hydraulique, l’analyse des besoins en stations de pompage ainsi que la conception des ouvrages annexes nécessaires au transfert de l’eau.
Une étude environnementale viendra compléter l’ensemble afin d’évaluer l’impact du projet sur les écosystèmes et les territoires concernés.
L’une des particularités majeures de cette étude réside dans l’intégration directe du changement climatique dans les simulations. Les experts devront prendre en compte plusieurs hypothèses liées à la baisse des précipitations, à l’augmentation des sécheresses et à la forte variabilité des ressources hydriques.
Cette approche traduit une évolution importante dans la politique hydraulique marocaine. Les infrastructures ne sont plus pensées uniquement selon les conditions climatiques passées, mais doivent désormais anticiper un avenir marqué par une pression croissante sur l’eau.
Le Maroc traverse actuellement une période de stress hydrique structurel après plusieurs années de sécheresse consécutives. Cette situation pousse les autorités à accélérer les investissements dans le dessalement de l’eau de mer, les transferts hydrauliques et l’optimisation des barrages existants.
L’interconnexion Sahla-Bouhouda s’inscrit précisément dans cette logique de meilleure gestion des ressources disponibles.
Au-delà du projet lui-même, cette démarche illustre un changement profond dans la gestion des barrages au Maroc. L’approche adoptée repose désormais sur une vision intégrée des bassins hydrauliques, où les infrastructures fonctionnent comme un système coordonné plutôt que comme des ouvrages isolés.
Cette méthode rejoint les modèles internationaux de gestion avancée de l’eau, notamment ceux développés en Espagne et en Australie après de longues périodes de sécheresse.
Les résultats de l’étude permettront finalement de déterminer la faisabilité technique et économique du projet. Si les conclusions sont favorables, le Maroc pourrait lancer les travaux d’une nouvelle infrastructure hydraulique stratégique destinée à renforcer durablement la sécurité hydrique du nord du Royaume.



















