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Eau et dessalement au Maroc : le débat sur les coûts, la gouvernance et les risques d’inégalités s’intensifie

Face à l’aggravation du stress hydrique et à l’accélération des projets de dessalement de l’eau de mer, la question du coût de l’eau et de son modèle de gestion prend une place centrale dans le débat public au Maroc.

Lors de la discussion du rapport 2024-2025 de la Cour des comptes à la Chambre des représentants, la députée Salwa Demnati, membre du groupe socialiste de l’opposition Ittihadi (USFP), a exprimé ses inquiétudes quant aux orientations actuelles de la politique hydrique nationale.

Le dessalement au cœur des tensions économiques et sociales

La parlementaire a mis en garde contre le risque de voir l’eau évoluer vers un secteur soumis à une logique de rentabilité financière, dans un contexte marqué par le développement des partenariats public-privé et l’intensification des investissements dans les infrastructures de dessalement.

Selon elle, les conclusions de la Cour des comptes sur la mobilisation des ressources hydriques non conventionnelles soulignent un enjeu majeur : celui d’un stress hydrique susceptible d’aggraver les inégalités sociales et territoriales.

Un décalage entre coûts réels et tarification de l’eau

Au centre de son intervention figure la question du financement des projets de dessalement et de leur impact sur le prix de l’eau potable.

S’appuyant sur le rapport de la Cour des comptes, la députée a rappelé que le coût de production de l’eau dessalée reste nettement supérieur aux tarifs actuellement appliqués. Cette situation engendrerait, selon elle, un déficit d’exploitation important, évalué à plusieurs centaines de millions de dirhams.

Dès lors, une interrogation centrale se pose : qui supportera ce surcoût à long terme ? L’État via les finances publiques, ou les citoyens à travers une hausse des prix de l’eau ?

Des faiblesses dans la gouvernance hydrique

Au-delà de l’aspect financier, la députée pointe également des insuffisances structurelles dans la gestion du secteur de l’eau. Le rapport de la Cour des comptes met en évidence la multiplicité des intervenants et l’absence d’une stratégie clairement définie pour les ressources hydriques non conventionnelles.

Pour l’élue, ces dysfonctionnements traduisent une problématique plus large de gouvernance, qui affecte la planification des investissements et l’efficacité de la gestion des ressources disponibles.

Entre reconnaissance des efforts et appel à une stratégie globale

Tout en saluant les efforts du Maroc dans le développement du dessalement et des ressources alternatives, Salwa Demnati appelle à une vision plus cohérente et intégrée de la politique de l’eau.

Elle insiste sur la nécessité de mettre en place une stratégie nationale claire, capable d’anticiper les effets des sécheresses successives et de garantir une gestion équitable des ressources hydriques.

Vers une vision plus globale de la sécurité hydrique

Enfin, la députée souligne que les récentes précipitations ayant permis d’améliorer les réserves hydriques ne doivent pas détourner l’attention des enjeux structurels.

Selon elle, les projets de dessalement doivent s’inscrire dans une stratégie globale de sécurité hydrique, conciliant les besoins de l’agriculture, de l’industrie et des populations, tout en garantissant une équité territoriale dans l’accès à l’eau.

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