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Quand la nature met les compétences à l’épreuve… La Société Régionale Multiservices RSK répond par les actes

Dix-huit milliards de dirhams à l’horizon 2030. Tel est le montant qu’a engagé la Société Régionale Multiservices Rabat – Salé – Kénitra pour blinder ses réseaux face à des aléas climatiques qui ne relèvent plus de l’exception, mais s’imposent désormais comme une donnée quotidienne pour tout acteur du secteur des services essentiels. Derrière ce chiffre, une vision dont les contours sont dévoilés par Monsieur Younes Nizar, Directeur du Service Assainissement Liquide à la Société Régionale Multiservices Rabat – Salé – Kénitra, dans un entretien accordé à MCG24.
Monsieur Younes Nizar précise que cette enveloppe est répartie sur trois fronts : le renforcement des réseaux électriques pour garantir la continuité de l’approvisionnement, la réalisation de réservoirs et de conduites pour sécuriser la distribution d’eau potable, et le développement des infrastructures d’assainissement et de gestion des eaux pluviales pour atténuer les risques d’inondation. L’objectif, tel qu’il le résume, est de « protéger les citoyens et garantir la continuité du service public, y compris en temps de crise ».

Trois risques… et une vigilance de tous les instants

L’activité de la Société, intrinsèquement liée à l’eau et à l’électricité, l’expose en première ligne aux soubresauts de la nature. Trois risques se distinguent, selon Monsieur Younes Nizar : les vents violents qui fragilisent les infrastructures électriques, en particulier en milieu rural ; les inondations qui ont frappé certaines parties de la région au début de l’année 2026 ; et les épisodes de sécheresse que le Maroc a connus ces dernières années.
En application des orientations nationales relatives à la résilience des infrastructures critiques, la Société a établi une cartographie précise des ouvrages les plus sensibles et stratégiques, permettant d’identifier les points critiques et de bâtir des plans d’action ciblés pour en atténuer l’impact. Ces plans reposent, comme le précise notre interlocuteur, sur trois piliers : le capital humain à travers la qualification, la formation et la sensibilisation ; les moyens matériels ; et l’organisation, garante de l’efficacité des interventions.
Sur le terrain, le matériel parle son propre langage : interconnexion des sources d’approvisionnement, groupes électrogènes mobiles, moyens de pompage prêts à intervenir en cas d’inondation, et stations de dessalement et de traitement d’eau pour faire face aux périodes de sécheresse. Autant d’outils qui s’inscrivent dans le cadre d’un plan structuré de gestion de crise, mis à jour régulièrement, définissant les rôles et responsabilités des intervenants, fixant les canaux de communication interne et externe, et déclinant des scénarios spécifiques à chaque activité : eau potable, assainissement et électricité.

Sidi Kacem 2026 : un témoignage de terrain

Parce que tout discours sur les inondations reste théorique sans ancrage dans le réel, Monsieur Badr Moumou, Directeur Provincial de la Société Régionale Multiservices Rabat – Salé – Kénitra à la province de Sidi Kacem, revient sur ce qu’ont vécu ses équipes au début de l’année 2026. La première étape, raconte-t-il, a été la mise en place d’une cellule de veille au niveau de la Direction Provinciale, composée de représentants des trois métiers : électricité, eau potable et assainissement liquide. L’objectif, selon Monsieur Badr Moumou, est d’obtenir « une vision immédiate et globale de l’état des réseaux, avec une hiérarchisation des priorités et une coordination entre l’ensemble des équipes mobilisées sur le terrain ».
Parallèlement, des équipes d’intervention ont été déployées en régime de permanence 24h/24 dans les zones sinistrées, accompagnées de l’élaboration d’une cartographie des points stratégiques : réservoirs d’eau et stations de pompage pour le réseau d’eau potable ; postes de transformation, notamment de la haute à la moyenne tension, pour le réseau électrique ; collecteurs et stations de pompage pour le réseau d’assainissement. Ces équipes remontaient des rapports toutes les deux heures à la cellule provinciale, qui assurait à son tour la coordination avec une cellule de veille plus large, présidée par Monsieur le Gouverneur de la province, et réunissant les collectivités territoriales, les autorités locales et la Protection Civile. « L’intervention, dans de telles situations, est intimement liée au territoire », explique Monsieur Badr Moumou, « car une route coupée signifie tout simplement une intervention impossible ».
Sur le plan technique, la Société a adopté une approche articulée en trois niveaux. Premièrement, l’application du principe de mise en sécurité, à travers l’isolement de la partie sinistrée du réseau pour préserver l’intégrité des citoyens. Deuxièmement, le basculement de l’alimentation vers des solutions de secours : groupes électrogènes, citernes mobiles ou pompes mobiles. Troisièmement, la phase de réparation proprement dite, une fois l’alternative sécurisée.
Monsieur Badr Moumou cite des exemples concrets. Sur l’axe Mechraâ Bel Ksiri – Al Haouafate, les équipes ont dû isoler certains transformateurs moyenne tension/basse tension face au risque de submersion par les eaux d’inondation, afin de préserver tant la sécurité des citoyens que celle des installations elles-mêmes, « car l’eau, comme chacun sait, conduit l’électricité ». Pour pallier la coupure de courant chez certains usagers, des groupes électrogènes ont été déployés pour assurer un approvisionnement provisoire de la population.
Concernant le réseau d’eau potable, le protocole prévoyait un renforcement du contrôle de la qualité de l’eau par une intensification des analyses, afin de prévenir tout risque de contamination, avec recours, lorsque les circonstances l’exigeaient, à des solutions temporaires comme les citernes mobiles. Pour le réseau d’assainissement, la priorité consistait, selon Monsieur Badr Moumou, à « empêcher le refoulement des eaux usées vers les habitations », via le fonctionnement continu des stations de pompage et de relevage, renforcées par des pompes mobiles déployées sur les points noirs.
Monsieur Badr Moumou reconnaît que la logique d’intervention en situation d’urgence diffère radicalement du régime ordinaire. En temps normal, les délais d’intervention sont régis par des engagements contractuels, et toute opération sur l’un des trois réseaux s’effectue dans un délai maximum de deux à quatre heures. En revanche, en situation de crise comme lors des inondations, la prise en charge se fait « selon la priorité », dans le cadre de la cellule provinciale. Les infrastructures essentielles — hôpitaux, centres de santé et réservoirs d’eau alimentant des milliers d’abonnés — sont alors classées en priorité absolue, avec une intervention dans un délai maximal de quatre heures.
Certains cas ont toutefois exigé plusieurs jours d’attente avant l’intervention. Sur ce même axe Mechraâ Bel Ksiri – Al Haouafate, des postes de transformation et des poteaux électriques ont subi des dégâts dont la réparation a pris plusieurs jours, principalement parce que « les voies d’accès étaient totalement coupées », imposant le recours à des solutions de substitution, en particulier les groupes électrogènes.
Monsieur Badr Moumou conclut son témoignage par une formule synthétique : « la rapidité et l’efficacité des interventions reposent fondamentalement sur le niveau de préparation et d’anticipation : des équipes qualifiées, des moyens adaptés et opérationnels, et une coordination étroite avec les autorités locales et provinciales ».

De la réaction à l’anticipation

Les crises récentes, observe Monsieur Younes Nizar, ont enseigné à la Société deux leçons fondamentales. La première touche à l’importance vitale de la mutualisation des ressources : les protocoles de solidarité inter-provinciaux ont été renforcés, permettant désormais le redéploiement rapide des équipements et engins lourds d’une zone épargnée vers une zone sinistrée. La seconde a consisté à lancer une série d’études sectorielles approfondies, dans le but d’affiner la cartographie des vulnérabilités propres à chaque territoire.
Le résultat conjugué de ces deux leçons, ajoute-t-il, est le passage « d’une gestion réactive à une véritable stratégie d’anticipation », où les sites de prépositionnement des équipements et des ressources humaines sont définis en amont, sur la base des risques spécifiques identifiés par ces études sectorielles.
Les provinces de Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane figurent en tête de liste des zones exposées, aux côtés d’autres points sensibles. Ces territoires bénéficient d’une attention particulière et d’une coordination permanente avec les autorités locales, dans une logique de proximité avec les citoyens.
Le digital… bras armé de la décision
Sur un autre front, la digitalisation occupe une place centrale dans la stratégie de la Société. Monsieur Younes Nizar la décrit comme « un accélérateur de prise de décision et un garant de la précision opérationnelle ». Cela se traduit par l’intégration des Systèmes d’Information Géographique (SIG) avec les outils de gestion des réclamations sur le terrain, à travers les tablettes et le système SIGID. À cela s’ajoute le projet de généralisation de la télégestion, actuellement en cours de déploiement, qui permettra le suivi et la supervision à distance des installations en temps réel.
Cette infrastructure numérique intégrée offrira, comme il le précise, une vision globale et un pilotage à distance des installations d’eau potable, d’assainissement liquide et d’électricité, sans nécessiter un déplacement systématique sur le terrain.

Le citoyen au cœur du dispositif

La communication en temps de crise occupe également une place de premier plan dans cet écosystème. La Société dispose d’un Centre Régional de Relations Clientèle chargé de la réception et du traitement des réclamations en temps réel, complété par un éventail de canaux : SMS, réseaux sociaux et plateformes numériques, gages de rapidité et de transparence dans la diffusion de l’information.
L’objectif de cette diversité est double, comme le résume Monsieur Younes Nizar : « permettre aux citoyens de signaler facilement les incidents, et leur offrir la possibilité de suivre les interventions en cours ».

Le pari environnemental… une bataille parallèle

Parallèlement à la gestion des risques naturels, la Société mène un autre combat, tout aussi exigeant : la protection de l’environnement. Les incidents environnementaux, selon Monsieur Younes Nizar, peuvent être de nature accidentelle, résultant de rejets d’eaux usées dans la nature à la suite de pannes de stations de pompage, ou de nature continue, occasionnant un impact significatif sur le milieu naturel.
Dès son entrée en activité, la Société Régionale Multiservices Rabat – Salé – Kénitra a lancé un programme de réhabilitation et de modernisation des stations de pompage à l’échelle régionale, dans le but d’éradiquer les rejets accidentels. Les premiers résultats ont commencé à se manifester quelques mois seulement après le démarrage de son activité.
Quant aux rejets continus, qui persistent encore dans certaines zones, leur élimination constitue une priorité absolue. Dans cette optique, la Société a programmé la réalisation d’une dizaine de stations d’épuration des eaux usées au cours des trois prochaines années, dans le cadre d’un cap clairement défini : l’éradication totale de tous les rejets directs dans la nature à l’échelle régionale à l’horizon 2030.
Au final se dessinent les contours d’un opérateur régional qui œuvre avec discrétion et méthode, traduisant les orientations nationales en projets concrets sur le terrain, et faisant le pari de la convergence entre l’investissement dans l’infrastructure, la digitalisation et la proximité avec le citoyen. Et comme le conclut Monsieur Younes Nizar : « en situation de crise, chaque décision n’a qu’un seul but : garantir la continuité du service, quelles que soient les circonstances ». Une phrase d’apparence simple, mais qui scelle en réalité un contrat tacite entre une entreprise et les citoyens qu’elle dessert.

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