
Le Maroc attire deux projets d’hydrogène vert suisses pour un investissement potentiel de 3,6 milliards de dollars
L’intérêt des investisseurs internationaux pour le potentiel du Maroc dans les énergies renouvelables et l’hydrogène vert continue de se renforcer. Deux nouveaux projets portés par la société suisse H2 Global Energy viennent ainsi s’ajouter aux initiatives envisagées dans le Royaume, pour une enveloppe d’investissement potentielle estimée à 3,6 milliards de dollars.
Les deux projets portent sur la réalisation de deux unités dédiées à la production de dérivés de l’hydrogène renouvelable, l’une à Béni Mellal et l’autre à Tanger. À ce stade, les deux initiatives restent toutefois au stade des études et du développement préliminaire et ne constituent pas encore des engagements d’investissement définitifs.
Cette présence dans le portefeuille de H2 Global Energy illustre l’intérêt croissant pour le Maroc en tant que plateforme potentielle de production d’hydrogène vert et de ses dérivés. Le Royaume bénéficie notamment d’un important potentiel solaire et éolien, ainsi que de sa proximité géographique avec les marchés européens.
Une unité d’ammoniac renouvelable à Béni Mellal
À Béni Mellal, H2 Global Energy envisage la construction d’une unité industrielle destinée à produire de l’ammoniac renouvelable, selon un modèle indépendant du réseau électrique national.
Le projet devrait s’appuyer sur des capacités de production d’électricité renouvelable développées directement sur le site, notamment à partir de l’énergie solaire. Des systèmes de stockage par batteries seraient également prévus afin d’assurer une alimentation électrique plus stable de l’installation.
La capacité d’électrolyse envisagée serait comprise entre 1,3 et 1,5 GW, tandis que la production annuelle pourrait atteindre entre 220 000 et 281 000 tonnes d’ammoniac renouvelable.
L’investissement nécessaire à la réalisation de cette infrastructure est actuellement estimé à environ 2,5 milliards de dollars, avec un objectif de mise en service en 2029.
Ces chiffres restent néanmoins préliminaires, le projet étant encore au stade des études d’ingénierie initiales. Sa concrétisation dépendra notamment des résultats des études techniques et économiques ainsi que de la décision finale d’investissement.
Le choix d’un modèle indépendant du réseau pourrait permettre au projet de disposer d’une alimentation directement liée aux sources renouvelables. Il implique cependant des besoins supplémentaires en matière de production et de stockage d’électricité, avec des exigences techniques et financières plus importantes.
Tanger ciblée pour la production de peroxyde d’hydrogène renouvelable
Dans le nord du Royaume, H2 Global Energy étudie également le développement à Tanger d’une unité destinée à produire du peroxyde d’hydrogène renouvelable.
Le projet vise une capacité de production d’environ 28 000 tonnes par an et devrait être alimenté par des sources d’électricité renouvelable représentant une capacité totale de 700 MW.
Ce mix énergétique serait composé à 60 % d’énergie éolienne et à 40 % d’énergie solaire, permettant de combiner deux sources renouvelables pour alimenter l’installation.
Le montant de l’investissement est actuellement estimé à environ 1,1 milliard de dollars, avec une mise en service envisagée autour de 2028, sous réserve de la finalisation des études, de l’obtention des autorisations nécessaires et de la prise d’une décision finale d’investissement.
Un potentiel de 3,6 milliards de dollars
Les deux projets représentent ensemble une enveloppe d’investissement potentielle d’environ 3,6 milliards de dollars.
Ce montant ne constitue toutefois pas un engagement financier définitif de la société suisse. Il s’agit à ce stade d’une estimation initiale des investissements susceptibles d’être nécessaires à la réalisation des deux unités.
La concrétisation de ces projets dépendra notamment de leur viabilité économique, dans un contexte où les coûts de production, d’équipements et de financement restent élevés dans le secteur de l’hydrogène vert.
Le coût de production, un enjeu déterminant
Selon des estimations de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), le coût de production d’une tonne d’ammoniac renouvelable au Maroc pourrait se situer entre 743 et 787 dollars, en fonction notamment de la technologie d’électrolyse utilisée.
Le coût des électrolyseurs, les investissements nécessaires dans les infrastructures solaires et éoliennes, les systèmes de stockage de l’électricité ainsi que les conditions de financement figurent parmi les principaux facteurs susceptibles d’influencer la compétitivité de ces projets.
Les unités destinées à l’exportation devront également composer avec les coûts logistiques, les exigences de certification et de traçabilité permettant de garantir l’origine renouvelable de l’énergie, ainsi qu’avec la concurrence croissante entre les pays souhaitant se positionner sur le marché mondial de l’hydrogène et de ses dérivés.
Béni Mellal élargit la carte des investissements
Le choix de Béni Mellal pour accueillir le projet d’ammoniac renouvelable présente un intérêt particulier. Une grande partie des projets marocains liés à l’hydrogène vert se concentre traditionnellement dans des zones combinant potentiel solaire et éolien, infrastructures industrielles et accès aux ports.
Le développement d’un projet dans une région intérieure pourrait ainsi contribuer à élargir la géographie des investissements liés à l’hydrogène vert et à favoriser l’émergence de nouvelles activités industrielles en dehors des principaux pôles côtiers.
Le projet pourrait également offrir des possibilités d’intégration avec les activités industrielles locales et nationales, notamment au regard de la demande en ammoniac générée par les industries liées aux engrais.
Tanger, un atout pour l’accès aux marchés européens
De son côté, Tanger dispose d’atouts spécifiques grâce à sa proximité avec les marchés européens et à ses infrastructures industrielles et logistiques.
Cette localisation pourrait, à terme, faciliter l’acheminement des produits dérivés de l’hydrogène renouvelable vers les marchés internationaux, en particulier européens.
La combinaison des deux projets, l’un consacré à l’ammoniac renouvelable à Béni Mellal et l’autre au peroxyde d’hydrogène renouvelable à Tanger, traduit ainsi une volonté de diversifier à la fois les produits et les implantations industrielles.
Le Maroc veut renforcer son positionnement dans l’hydrogène vert
Ces initiatives interviennent alors que le Maroc cherche à renforcer son positionnement parmi les pays susceptibles de bénéficier de la croissance attendue du marché de l’hydrogène vert et de ses dérivés.
Le Royaume dispose de plusieurs atouts pour attirer les investisseurs : un potentiel important en matière d’énergies solaire et éolienne, des infrastructures industrielles et portuaires développées et une proximité avec l’Europe.
Pour H2 Global Energy, le développement simultané de projets à Béni Mellal et Tanger permettrait ainsi d’explorer différents modèles de production et de valorisation de l’hydrogène renouvelable.
Le passage de la phase d’étude à la réalisation effective restera toutefois conditionné par les résultats des évaluations techniques et économiques, la capacité des projets à atteindre des coûts compétitifs, la mobilisation des financements nécessaires et l’identification de débouchés commerciaux pour la production.
Si ces conditions sont réunies, ces deux projets pourraient contribuer à renforcer l’écosystème marocain de l’hydrogène vert, en combinant production destinée au marché national et développement de produits industriels susceptibles d’intégrer les chaînes d’exportation vers l’Europe et les marchés internationaux.





















