
Le Maroc mise sur une liaison électrique directe avec l’Allemagne via un ambitieux projet sous-marin
Le Maroc poursuit la diversification de ses débouchés en matière d’exportation d’électricité renouvelable vers l’Europe. Le Royaume envisage ainsi un projet de liaison électrique directe avec l’Allemagne à travers deux câbles sous-marins de plusieurs milliers de kilomètres, une infrastructure qui pourrait renforcer sa position en tant que futur fournisseur d’électricité verte du marché européen.
Selon le média espagnol The Objective, le projet baptisé « Sila Atlantic » prévoit la réalisation de deux liaisons sous-marines destinées à acheminer vers l’Allemagne une partie de l’électricité produite au Maroc. Chaque câble devrait s’étendre sur environ 4.800 kilomètres, ce qui placerait le projet parmi les interconnexions électriques les plus longues et les plus ambitieuses envisagées en Europe.
Une capacité de 3,6 GW
Le projet repose sur l’exploitation du potentiel croissant du Maroc dans les énergies solaire et éolienne, avec l’objectif d’acheminer directement une partie de cette production vers le marché allemand.
La capacité totale envisagée pour cette interconnexion atteindrait 3,6 gigawatts (GW), répartie à parts égales entre les deux câbles, soit 1,8 GW chacun.
Selon les données rapportées par le média espagnol, l’infrastructure pourrait permettre de transporter jusqu’à 26 térawattheures (TWh) d’électricité par an, soit l’équivalent d’environ 5% de la demande électrique allemande, selon les estimations associées au projet.
Un investissement pouvant atteindre 40 milliards d’euros
L’ampleur du projet s’accompagne toutefois d’un coût particulièrement élevé. Son investissement global est estimé entre 30 et 40 milliards d’euros, ce qui nécessiterait la mobilisation d’importants financements ainsi qu’une coordination complexe entre plusieurs acteurs et pays.
À cela s’ajoutent des défis techniques et réglementaires considérables, notamment en raison de la longueur exceptionnelle des câbles et de la nécessité d’obtenir les différentes autorisations avant un éventuel lancement des travaux.
Un tracé qui contournerait le réseau espagnol
L’un des aspects les plus stratégiques du projet réside dans le tracé envisagé. Contrairement aux interconnexions existantes entre le Maroc et l’Europe via le détroit de Gibraltar, les câbles de Sila Atlantic ne devraient pas être raccordés au réseau électrique espagnol.
Le tracé maritime envisagé longerait les eaux situées au large du Portugal, de l’Espagne, de la France, de la Belgique et des Pays-Bas, avant de rejoindre l’Allemagne par la mer du Nord.
Cette configuration permettrait ainsi à l’électricité marocaine d’atteindre directement le marché allemand sans transiter par le réseau électrique espagnol. Le projet prend dès lors une dimension stratégique, en s’inscrivant potentiellement dans une nouvelle organisation des flux d’électricité renouvelable entre l’Afrique du Nord et l’Europe.
Un enjeu stratégique pour l’Espagne
Cette perspective suscite un intérêt particulier en Espagne, compte tenu de sa proximité géographique avec le Maroc et de son rôle actuel de principale porte d’entrée des échanges énergétiques entre l’Afrique du Nord et l’Europe.
La mise en place de liaisons directes entre le Maroc et d’autres marchés européens pourrait, à terme, réduire la dépendance à l’égard du réseau espagnol pour l’acheminement de l’électricité vers les marchés d’Europe du Nord et du Centre.
Le projet intervient par ailleurs dans un contexte européen marqué par un intérêt croissant pour le développement des interconnexions électriques avec les pays voisins, afin de diversifier les sources d’approvisionnement, intégrer davantage d’énergies renouvelables et réduire la dépendance aux énergies fossiles.
Le Maroc diversifie ses interconnexions avec l’Europe
Le Maroc est actuellement relié à l’Espagne par deux interconnexions électriques via le détroit de Gibraltar. Des projets visant à renforcer cette capacité sont également envisagés.
Parallèlement, le projet « Xlinks Morocco-UK Power Project » vise à établir une liaison électrique sous-marine entre le Maroc et le Royaume-Uni, tandis que d’autres initiatives explorent le développement de nouvelles connexions avec différents marchés européens.
Cette stratégie de diversification permettrait au Maroc de disposer de plusieurs débouchés pour son électricité renouvelable et de mieux tirer parti de la demande européenne croissante en énergie bas carbone.
Une mise en œuvre encore lointaine
Malgré son potentiel, le projet Sila Atlantic reste confronté à d’importants défis avant de pouvoir se concrétiser. La mobilisation des financements, l’obtention des autorisations et la coordination technique et réglementaire avec les différents pays concernés figureront parmi les principaux obstacles à surmonter.
La longueur exceptionnelle des câbles constitue également un défi majeur en matière d’ingénierie et d’installation sous-marine.
Selon les estimations rapportées par le média espagnol, une première partie du projet pourrait être mise à contribution à partir de 2033 ou 2034, tandis que l’atteinte de la pleine capacité visée nécessiterait davantage de temps, potentiellement jusqu’à la décennie 2040.
Si elle se concrétise, cette infrastructure pourrait ainsi constituer un nouveau levier pour le Maroc afin de valoriser son potentiel en énergies renouvelables et de renforcer son intégration énergétique avec les marchés européens.




















