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Hydrogène vert : H2 Global Energy mise sur Béni Mellal

Le paysage marocain de l’hydrogène vert continue de s’élargir avec l’arrivée d’un projet porté par le développeur suisse H2 Global Energy à Béni Mellal. L’initiative se distingue par son implantation à l’intérieur du Royaume, alors que la plupart des grands projets annoncés jusqu’ici privilégient les régions côtières bénéficiant à la fois d’un important potentiel renouvelable et d’un accès aux infrastructures portuaires.

Le projet est présenté comme une installation entièrement nouvelle, conçue en configuration hors réseau (« off-grid ») et alimentée par de l’énergie solaire. L’hydrogène serait produit par électrolyse de l’eau avant d’être utilisé pour fabriquer de l’ammoniac renouvelable.

Selon les données disponibles, la capacité d’électrolyse pourrait atteindre 1.300 MW, pour une production annoncée de 220.000 tonnes d’ammoniac par an, avec une mise en service envisagée en 2029.

Jusqu’à 281.000 tonnes d’ammoniac renouvelable

Les chiffres disponibles sur le projet ne sont toutefois pas totalement homogènes. La base internationale LEAD de l’ONUDI retient une capacité de production de 220.000 tonnes d’ammoniac et 1.300 MW d’électrolyse.

Une publication spécialisée d’Ammonia Energy consacrée au portefeuille de H2 Global Energy en Afrique du Nord fournit, de son côté, un dimensionnement différent. Le développeur y présente pour Béni Mellal une capacité de 281.000 tonnes d’ammoniac renouvelable par an, avec environ 1,5 GW de capacités solaires et de stockage par batteries.

Le coût d’investissement, ou Capex, y est estimé à 2,5 milliards de dollars, pour une mise en service toujours envisagée en 2029. Le projet était alors présenté au stade pre-FEED, c’est-à-dire une phase d’ingénierie précédant les études détaillées.

Ces chiffres doivent donc être considérés comme des estimations évolutives. Le montant de 2,5 milliards de dollars correspond à un Capex potentiel au stade du développement et non à un investissement déjà engagé.

Béni Mellal, un choix différent des grands hubs de l’hydrogène

L’implantation à Béni Mellal constitue l’une des principales particularités du projet. Les grands programmes marocains d’hydrogène vert se sont jusqu’à présent concentrés dans des territoires disposant de ressources solaires et éoliennes importantes, mais aussi d’un accès direct aux ports et aux infrastructures industrielles.

Béni Mellal introduit une autre configuration : celle d’une production d’ammoniac située au cœur du territoire marocain, à distance des principaux pôles portuaires destinés à l’exportation.

Cette localisation soulève donc la question de la logistique. H2 Global Energy n’a pas encore détaillé le schéma qui permettrait d’acheminer la production vers les marchés extérieurs ou vers d’éventuels clients industriels au Maroc.

Le choix du modèle hors réseau constitue également un élément important. L’électricité destinée à l’électrolyse doit provenir d’installations renouvelables dédiées, ce qui permet de mieux contrôler l’origine de l’énergie utilisée, mais impose en contrepartie de dimensionner les capacités de production et de stockage afin de gérer l’intermittence du solaire.

H2 Global Energy prépare aussi un projet à Tanger

Le projet de Béni Mellal n’est pas la seule initiative marocaine identifiée dans le portefeuille de H2 Global Energy.

Le développeur travaille également sur un projet de peroxyde d’hydrogène renouvelable à Tanger, actuellement présenté au stade pre-FEED. L’unité viserait une production de 28.000 tonnes par an et serait alimentée par environ 700 MW de capacités éoliennes et solaires.

Le mix énergétique envisagé serait composé de 60 % d’éolien et 40 % de solaire. Le Capex de cette seconde initiative est estimé à environ 1,1 milliard de dollars, avec une mise en service envisagée en 2028.

Les deux projets représenteraient ainsi un portefeuille potentiel d’environ 3,6 milliards de dollars de Capex au Maroc, sur la base des estimations actuellement disponibles. Il ne s’agit toutefois pas de financements mobilisés, mais de dépenses d’investissement prévisionnelles pour deux projets encore en développement.

Un développeur déjà engagé dans l’hydrogène marocain

H2 Global Energy n’est par ailleurs pas un nouvel acteur dans le secteur marocain de l’hydrogène renouvelable.

En février 2025, le groupe avait annoncé l’achèvement des premières études relatives à un projet d’hydrogène et d’ammoniac vert dans le Sud du Maroc, avec une capacité annoncée à l’époque de 1 million de tonnes d’ammoniac par an.

Cette initiative s’inscrit dans un portefeuille régional comprenant également des projets en Jordanie, en Tunisie et en Égypte.

Le projet de Béni Mellal apparaît comme une initiative distincte et de taille plus réduite. Son intérêt réside notamment dans la possibilité d’explorer un modèle de production différent, davantage réparti sur le territoire et reposant sur des unités spécialisées.

Le coût de production sera déterminant

Au-delà des capacités annoncées, la principale question reste celle de la compétitivité économique de l’ammoniac renouvelable.

Dans ses travaux consacrés aux projets d’hydrogène et d’ammoniac au Maroc, l’ONUDI estime le coût de production de l’ammoniac renouvelable à environ 743 dollars par tonne avec un électrolyseur alcalin, contre 787 dollars avec une technologie PEM.

Ces niveaux restent soumis à plusieurs paramètres, notamment le coût des électrolyseurs, celui des installations renouvelables et surtout les conditions de financement.

Pour H2 Global Energy, le passage d’un projet au stade pre-FEED à une décision d’investissement nécessitera donc de franchir plusieurs étapes : conception détaillée, sécurisation des débouchés, financement, autorisations et validation de la rentabilité économique.

Une nouvelle géographie pour l’hydrogène vert marocain

Le projet de Béni Mellal apporte une nouvelle dimension à la stratégie marocaine dans l’hydrogène vert.

Jusqu’ici, les grands projets annoncés se sont surtout développés autour de territoires combinant ressources solaires et éoliennes, foncier disponible, infrastructures industrielles et accès maritime, notamment dans le Sud du Royaume.

L’initiative de H2 Global Energy ouvre la perspective d’une production de molécules vertes davantage répartie sur le territoire marocain. Cette approche devra toutefois répondre à plusieurs défis : disponibilité de l’eau, stockage de l’électricité, transport de l’ammoniac, infrastructures logistiques et accès aux marchés.

L’ammoniac constitue par ailleurs l’un des débouchés les plus importants envisagés pour l’hydrogène renouvelable marocain. Le Royaume dispose déjà d’une importante industrie des engrais et d’un acteur majeur comme l’OCP, ce qui pourrait offrir des débouchés industriels à une partie de la production locale.

Pour les projets destinés à l’export, l’équation sera différente. Leur compétitivité dépendra notamment du coût de production, du transport, des exigences de certification et de la capacité des acheteurs internationaux à valoriser les produits bas carbone.

À ce stade, Béni Mellal reste donc un projet en développement et non un investissement définitivement engagé. Mais son apparition dans les bases internationales spécialisées et son positionnement au stade pre-FEED témoignent de l’élargissement progressif de la carte marocaine de l’hydrogène vert.

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