
Le Maroc s’est hissé au premier rang des importateurs mondiaux de soufre en 2025, selon les données citées par la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepal) dans son Étude économique de l’Amérique latine et des Caraïbes 2026, publiée en août.
Le Royaume représentait 24,2 % des importations mondiales de soufre, devant la Chine avec 19,6 % et l’Indonésie avec 9,5 %. La part marocaine dépasse ainsi de 4,6 points celle de la Chine et de 14,7 points celle de l’Indonésie.
Cette position s’explique en grande partie par le poids de l’industrie phosphatière marocaine, qui utilise le soufre comme matière première essentielle dans la fabrication des engrais.
Pourquoi le Maroc importe-t-il autant de soufre ?
Le soufre joue un rôle central dans la chaîne de transformation des phosphates.
Il est notamment utilisé pour produire de l’acide sulfurique, lequel intervient ensuite dans la transformation du minerai phosphaté en acide phosphorique. Ce dernier constitue une matière intermédiaire essentielle à la production de nombreux engrais phosphatés.
Le niveau élevé des importations marocaines reflète donc la puissance de l’industrie des phosphates du Royaume et son intégration dans les chaînes mondiales de production d’engrais.
Mais cette situation traduit également une forte dépendance à l’égard des approvisionnements internationaux en soufre.
Le Golfe concentre une grande partie de l’offre mondiale
L’approvisionnement international en soufre reste fortement concentré autour du golfe Persique.
Selon les données reprises par la Cepal pour 2025, les Émirats arabes unis représentaient 23,5 % des exportations mondiales de soufre, devant le Qatar avec 12,1 % et l’Arabie saoudite avec 10,8 %.
La concentration est également importante du côté de la production. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Iran, le Koweït et le Qatar représentaient ensemble près du quart de la production mondiale de soufre, selon l’étude.
Cette configuration donne au Golfe un rôle stratégique dans l’approvisionnement des grands consommateurs mondiaux, dont le Maroc.
Le détroit d’Ormuz, un point de vigilance pour l’industrie marocaine
Cette dépendance géographique expose indirectement les approvisionnements marocains aux risques liés à la navigation dans le détroit d’Ormuz.
Cette voie maritime constitue l’un des passages stratégiques du commerce mondial. Les tensions militaires autour de l’Iran ont déjà contribué en 2026 à perturber le trafic maritime dans la région, tout en augmentant les coûts d’assurance et la prudence des opérateurs.
Pour le Maroc, les conséquences potentielles ne concernent donc pas uniquement le secteur maritime.
Une perturbation durable des flux de soufre pourrait se répercuter sur les coûts d’approvisionnement des industriels et, par conséquent, sur toute la chaîne de production allant de l’acide sulfurique à l’acide phosphorique puis aux engrais phosphatés.
Le Golfe est aussi un acteur majeur du marché des engrais
L’importance du golfe Persique dépasse largement le seul marché du soufre.
La région constitue également un important centre mondial de production et d’exportation de plusieurs matières premières et produits chimiques utilisés dans l’industrie des fertilisants.
Sur la période 2023-2025, le Golfe représentait notamment 29 % des exportations mondiales d’ammoniac, 36 % de celles d’urée, 26 % des expéditions de phosphate diammonique et 13 % de celles de phosphate monoammonique.
La région concentre ainsi une partie importante des ressources nécessaires à la fabrication des engrais, tout en accueillant plusieurs producteurs majeurs de fertilisants.
Une exposition stratégique pour le Maroc
La situation particulière du Maroc tient à la combinaison de deux facteurs : son poids considérable dans les importations mondiales de soufre et l’importance de cette matière première pour son industrie phosphatière.
Avec 24,2 % des importations mondiales en 2025, le Royaume apparaît comme un acteur majeur de la demande internationale.
Cette position permet de sécuriser l’approvisionnement d’une industrie stratégique pour l’économie marocaine, mais elle rend également la continuité des flux maritimes particulièrement importante.
Toute fermeture, restriction de navigation ou hausse durable des primes d’assurance dans le détroit d’Ormuz pourrait ainsi augmenter le coût du soufre importé au Maroc.
À terme, la diversification des sources d’approvisionnement et la sécurisation des chaînes logistiques pourraient donc constituer des enjeux importants pour maintenir la compétitivité de l’industrie marocaine des phosphates et des engrais.





















