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Solaire flottant sur les barrages : une technologie qui pourrait produire de l’électricité et préserver l’eau au Maroc

Une étude publiée dans la revue internationale npj Clean Energy (groupe Nature) met en lumière le potentiel considérable du photovoltaïque flottant sur les barrages marocains. Selon les chercheurs, cette technologie pourrait permettre à la fois de produire de l’électricité à grande échelle et de réduire les pertes d’eau liées à l’évaporation.

L’analyse porte sur 58 barrages répartis à travers le Maroc et ouvre des perspectives inédites pour répondre simultanément aux défis énergétiques et hydriques du pays.

Un potentiel énergétique colossal sur les surfaces des barrages

Les résultats de l’étude sont particulièrement significatifs : la surface totale des retenues d’eau analysées atteint environ 433 km², bénéficiant d’un ensoleillement moyen parmi les plus élevés de la région.

Les chercheurs estiment que couvrir seulement 1 % de cette surface avec des panneaux solaires flottants permettrait déjà d’alimenter significativement le réseau électrique national.

À plus grande échelle, une couverture de 40 % des surfaces pourrait théoriquement couvrir l’intégralité de la demande électrique du pays, évaluée à 42,38 TWh en 2023.

L’évaporation de l’eau, un enjeu majeur pour les barrages marocains

L’un des principaux défis mis en évidence par l’étude est la perte massive d’eau par évaporation. Les 58 barrages étudiés perdent chaque année près de 909 millions de mètres cubes d’eau.

Certains barrages sont particulièrement touchés, comme Al Wahda, avec près de 184 millions de m³ perdus annuellement, ou encore Al Massira et Oued El Makhazine.

Ces pertes atteignent leur pic durant les mois d’été, précisément lorsque la demande en électricité est la plus élevée.

Le solaire flottant, une réponse à deux crises simultanées

Le photovoltaïque flottant (FPV) permet de couvrir partiellement la surface des barrages avec des panneaux solaires installés sur structures flottantes.

Cette solution présente un double avantage :

Production d’électricité renouvelable sans occupation de terres agricoles

Réduction de l’évaporation de l’eau grâce à l’ombrage des panneaux

Des expériences menées dans d’autres pays montrent des gains significatifs en matière de conservation de l’eau, allant jusqu’à plus de 30 % dans certains cas.

Un déploiement progressif déjà rentable dès 1 %

L’étude souligne qu’un impact énergétique notable peut être obtenu même avec une faible couverture. À seulement 1 % de surface équipée, certains barrages pourraient déjà générer des centaines de gigawattheures par an.

Par exemple, le barrage Al Wahda pourrait produire environ 136 GWh par an, tandis que celui d’Al Massira atteindrait près de 98 GWh.

Cette approche progressive rend la technologie particulièrement attractive, car elle ne nécessite pas de transformation massive immédiate.

Une technologie compatible avec les infrastructures existantes

L’un des principaux avantages du solaire flottant est son intégration facile aux infrastructures déjà en place. Les barrages disposent déjà de réseaux électriques et d’espaces exploitables, réduisant ainsi les coûts de déploiement.

L’étude compare plusieurs solutions techniques et souligne que certaines technologies offrent un meilleur rapport coût-efficacité pour des projets à grande échelle, avec un retour sur investissement estimé à moins de dix ans dans des conditions optimisées.

Un gain de performance grâce au refroidissement naturel

Les panneaux installés sur l’eau bénéficient d’un refroidissement naturel, ce qui améliore leur rendement de 1,5 à 2 % par rapport aux installations terrestres.

De plus, une inclinaison optimisée des panneaux permet de maximiser la production tout en renforçant l’effet de réduction de l’évaporation.

Un Maroc déjà engagé mais encore au stade expérimental

Le Maroc a déjà lancé plusieurs projets pilotes, notamment à Sidi Slimane et sur le barrage Oued Rmel près de Tanger.

Cependant, ces installations restent limitées par rapport au potentiel identifié par l’étude, alors que le pays dispose de plus de 150 grands barrages et d’objectifs ambitieux en matière d’énergies renouvelables.

Un potentiel stratégique pour l’énergie et l’eau

Au-delà de la production électrique, le solaire flottant pourrait devenir un outil stratégique de gestion de l’eau, dans un contexte marqué par des sécheresses récurrentes.

En combinant production d’énergie propre et réduction de l’évaporation, cette technologie apparaît comme une réponse intégrée aux deux grandes priorités du Maroc : sécurité énergétique et sécurité hydrique.

Une technologie encore en phase de structuration

Malgré son potentiel, plusieurs défis restent à relever, notamment en matière de coûts, d’ancrage des structures et de gestion des variations du niveau d’eau.

Les chercheurs évoquent également des solutions complémentaires comme le stockage hydraulique ou l’hydrogène vert pour optimiser l’intégration de cette énergie dans le réseau national.

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