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Une nouvelle façon de dessaler l’eau au Maroc ?

Un consortium néerlandais s’apprête à tester au Maroc une solution capable de transformer l’eau de mer en eau potable embouteillée, sans dépendre d’un réseau électrique ni de carburant fossile. Le projet SEA Water Morocco, actualisé le 10 septembre dans la base publique de l’Agence néerlandaise pour l’entreprise (RVO), associe le dessalement solaire d’Elemental Water Makers aux technologies de traitement et de conditionnement de l’eau développées par Hatenboer Water.

Le projet marque une approche différente de celle privilégiée jusqu’ici par le Maroc. Alors que le Royaume mise largement sur de grandes stations de dessalement destinées à alimenter les réseaux publics, les deux entreprises néerlandaises cherchent à expérimenter un modèle plus décentralisé : de petites unités installées à proximité du littoral et capables de fournir directement un produit fini.

Un projet soutenu par les Pays-Bas

Le projet figure dans le dispositif DHI de l’Agence néerlandaise pour l’entreprise, qui accompagne les entreprises du pays dans leurs démarches internationales à travers des aides consacrées à la démonstration, à la faisabilité et à la préparation d’investissements.

L’objectif est notamment de réduire le risque lié à la première installation. Pour les entreprises, le démonstrateur doit permettre de convaincre de futurs clients et de transformer l’expérimentation en commandes commerciales. Les dossiers publiés par la RVO sont régulièrement actualisés au fur et à mesure de leur évolution.

Dans le cas marocain, les montants associés à des projets comparables restent relativement limités, généralement autour de 150.000 euros, voire moins. Il ne s’agit donc pas du financement d’une usine industrielle de grande capacité, mais plutôt d’un investissement initial destiné à valider un modèle commercial et technologique.

Du dessalement solaire à l’eau embouteillée

La particularité du projet réside dans l’association des compétences des deux partenaires. Installée près de Delft, Elemental Water Makers développe des systèmes d’osmose inverse alimentés par l’énergie solaire. Son dispositif de récupération d’énergie permettrait de réduire fortement la consommation électrique nécessaire au dessalement et, selon l’entreprise, de diminuer également le nombre de panneaux solaires requis.

La société néerlandaise dispose déjà de références dans plusieurs régions du monde, notamment auprès d’hôtels, d’industries, de communautés isolées et d’administrations. Ses solutions peuvent prendre la forme d’unités conteneurisées fonctionnant directement à l’énergie solaire, de systèmes exploitant un dénivelé naturel ou encore d’installations connectées à une source d’énergie existante.

Hatenboer Water intervient sur l’étape suivante. Basée à Schiedam et active depuis 1906 dans le domaine de l’eau potable, l’entreprise développe notamment des systèmes de traitement en conteneurs destinés à différents usages terrestres et maritimes. Son savoir-faire couvre la filtration, la désinfection, le contrôle sanitaire ainsi que les équipements nécessaires au remplissage des bouteilles.

Une solution pensée pour les sites isolés

C’est précisément cette complémentarité qui donne son intérêt au projet. Le dessalement produit à lui seul une eau qui doit encore subir plusieurs traitements avant de pouvoir être destinée à la consommation humaine et commercialisée sous forme embouteillée.

Il faut notamment assurer la reminéralisation, la désinfection, le contrôle de la qualité, la traçabilité et le conditionnement. L’association entre Elemental Water Makers et Hatenboer Water vise ainsi à couvrir l’ensemble de la chaîne, depuis le prélèvement de l’eau de mer jusqu’au produit final.

Le modèle pourrait particulièrement intéresser des zones côtières éloignées des grands réseaux d’eau potable. Dans ces territoires, une petite unité autonome pourrait constituer une alternative à l’acheminement de l’eau par camion ou à la construction d’infrastructures lourdes.

Le coût de l’énergie au cœur du modèle

Dans une installation de dessalement, la consommation énergétique constitue l’un des principaux paramètres économiques. La réduction annoncée par Elemental Water Makers pourrait donc améliorer la compétitivité d’une petite unité, tandis que le recours au solaire limite l’exposition au prix des carburants et réduit la dépendance à un raccordement électrique.

Le calcul économique est particulièrement intéressant dans les zones mal desservies. Le coût d’une unité autonome doit alors être comparé non seulement au prix de l’eau distribuée par réseau, mais également aux dépenses liées à son transport depuis des zones plus éloignées.

Le consortium cible par ailleurs plusieurs catégories d’acheteurs potentiels au Maroc, notamment des groupes de grande consommation, des enseignes de distribution et des acteurs publics. Cette combinaison pourrait permettre de tester différents débouchés pour une production à petite échelle.

Un modèle complémentaire aux méga-stations marocaines

Le projet intervient dans un marché marocain du dessalement en pleine expansion. Selon les données citées par le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, le Royaume comptait 17 unités de dessalement en service, représentant une capacité annuelle cumulée de 350,3 millions de mètres cubes, tandis que 15 autres installations étaient en cours de réalisation.

Le Maroc ambitionne de porter la part de l’eau potable issue du dessalement à 60 % à l’horizon 2030. Les grands projets structurants illustrent cette stratégie. La future station confiée à Veolia sur la côte atlantique, près de Rabat, doit notamment atteindre une capacité de 822.000 mètres cubes par jour et contribuer à l’alimentation de plusieurs régions.

À Sidi Rahal, le projet de dessalement destiné à la région Casablanca-Settat doit pour sa part atteindre environ 300 millions de mètres cubes par an, dont une partie sera consacrée aux besoins agricoles.

À cette échelle, une petite unité solaire ne peut évidemment pas rivaliser en volume avec les grands complexes. Son intérêt se situe ailleurs : elle pourrait répondre à des besoins ponctuels ou locaux sur des portions du littoral où une grande infrastructure ne serait pas économiquement pertinente.

Une coopération maroco-néerlandaise déjà engagée

Le projet s’inscrit également dans une coopération plus large entre le Maroc et les Pays-Bas dans le domaine de l’eau. Les deux pays ont signé en 2023 un mémorandum d’entente portant notamment sur l’approvisionnement en eau potable, la collecte des eaux pluviales, le dessalement, la réutilisation des eaux usées, l’efficacité des usages et la gestion des ressources hydriques.

Cette coopération a été accompagnée de plusieurs initiatives destinées à rapprocher les entreprises néerlandaises des besoins du marché marocain. Une mission économique néerlandaise s’était notamment rendue à Casablanca et Agadir en octobre 2023 autour des secteurs de l’eau et de l’agroalimentaire.

Le rapprochement entre les deux pays offre ainsi un cadre favorable au développement de solutions technologiques destinées à répondre à la pression croissante exercée sur les ressources hydriques marocaines.

Les principaux tests restent encore à franchir

Malgré les perspectives affichées, plusieurs éléments essentiels du projet restent encore inconnus. La fiche ne précise notamment ni le site d’implantation, ni la capacité quotidienne de la future unité, ni le calendrier précis du démonstrateur, ni l’identité du partenaire marocain.

Le traitement de la saumure constitue également un enjeu important pour une installation implantée sur le littoral. À cela s’ajoute la question du cadre réglementaire applicable à une eau de mer dessalée puis commercialisée directement sous forme embouteillée.

La véritable réussite du projet se mesurera donc à sa capacité à dépasser le stade de la démonstration. La signature d’une première commande, le choix d’un site marocain et l’identification d’un modèle de commercialisation viable permettront de déterminer si cette technologie peut devenir une solution commerciale reproductible.

Au-delà de son volume limité, SEA Water Morocco constitue ainsi un test intéressant pour un segment encore peu développé au Maroc : celui du dessalement privé, décentralisé et alimenté par le solaire, destiné directement à des consommateurs, entreprises ou collectivités situés dans des zones côtières éloignées des grandes infrastructures.

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