
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et la flambée des prix de l’énergie, le gouvernement marocain veut afficher sa sérénité. Devant la Chambre des conseillers, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a dressé un tableau résolument optimiste de la situation économique du Royaume, mettant en avant la résistance des grands équilibres macroéconomiques malgré les turbulences mondiales.
Premier signal mis en avant : la progression des réserves de change. À fin avril 2026, les avoirs officiels du Maroc ont atteint 469,8 milliards de dirhams, en hausse de plus de 23% sur un an. Un niveau qui permet désormais de couvrir près de six mois d’importations, seuil souvent considéré comme un indicateur de stabilité financière.
Pour Fouzi Lekjaa, cette évolution traduit la capacité du Maroc à maintenir ses équilibres externes dans un environnement mondial fortement dégradé. Depuis plusieurs mois, les marchés énergétiques restent sous pression, notamment en raison des tensions au Moyen-Orient et des perturbations persistantes des chaînes logistiques internationales.
Une facture énergétique sous tension
Le ministre a détaillé l’ampleur de la hausse des prix internationaux observée depuis le début de l’année. Le pétrole s’est établi à une moyenne de 102 dollars le baril sur les quatre premiers mois de 2026, contre environ 70 dollars auparavant, avec des pointes à 119 dollars.
Même tendance pour le gasoil, le gaz naturel, le fuel industriel et le gaz butane, dont les prix ont fortement augmenté. Pour l’Exécutif, ces tensions exercent une pression directe sur les finances publiques et sur le pouvoir d’achat des ménages.
Malgré cette conjoncture, Rabat affirme avoir contenu les effets inflationnistes. L’inflation est restée sous la barre de 1% au premier trimestre, atteignant 0,9% en mars, un niveau particulièrement bas au regard des tendances observées dans plusieurs économies émergentes.
Des recettes fiscales en progression
Sur le plan budgétaire, le gouvernement revendique également des performances solides. Les recettes fiscales ont progressé de 10,4 milliards de dirhams à fin avril, soit une hausse de 8,5% par rapport à la même période en 2025.
Cette dynamique est principalement portée par l’impôt sur les sociétés, dont les recettes ont bondi de 25%, signe, selon le ministère, d’une activité économique qui continue de résister. Les recettes issues de la TVA, de l’impôt sur le revenu et des droits d’enregistrement sont également orientées à la hausse.
Pour Fouzi Lekjaa, ces indicateurs témoignent du maintien d’une consommation intérieure soutenue et d’une amélioration progressive des finances publiques.
Soutien massif au pouvoir d’achat
Afin d’amortir l’impact de la hausse des prix internationaux, l’État continue de mobiliser d’importants moyens budgétaires. Chaque mois, plusieurs centaines de millions de dirhams sont consacrés au soutien du gaz butane, du transport et de l’électricité.
Le gouvernement affirme également avoir engagé plus de 11 milliards de dirhams pour soutenir les éleveurs et préserver le cheptel national, dans un contexte marqué par les tensions sur les prix alimentaires.
Fouzi Lekjaa a par ailleurs cherché à relativiser les critiques liées aux recettes fiscales générées par les carburants, estimant que l’effet budgétaire de la hausse des prix reste limité au regard du coût global supporté par l’État pour contenir les impacts sociaux de la crise énergétique.
Rabat maintient son pari sur la croissance
Malgré les prévisions prudentes des institutions internationales, le gouvernement marocain continue de tabler sur une croissance supérieure à 5% en 2026. L’Exécutif mise notamment sur une bonne campagne agricole, avec une récolte céréalière attendue autour de 90 millions de quintaux.
Dans le même temps, Rabat met en avant les signaux favorables envoyés par les marchés financiers et les agences de notation. Le FMI a confirmé l’accès du Maroc à sa ligne de crédit modulable, tandis que Standard & Poor’s a maintenu la note souveraine du Royaume dans la catégorie « investment grade ». Moody’s, de son côté, a relevé la perspective du Maroc de « stable » à « positive ».
Pour le gouvernement, ces indicateurs confortent l’idée d’une économie marocaine capable de préserver ses équilibres tout en absorbant les chocs d’un environnement mondial de plus en plus instable.





















