Economie

Economie

Le Maroc renforce sa position sur le marché des myrtilles, avec une production attendue en hausse de 70 %

Le secteur marocain de la myrtille s’apprête à franchir une nouvelle étape de croissance, avec une forte progression de la production attendue dans les prochaines années, portée par l’extension des superficies cultivées et l’entrée en production de nouvelles plantations.

Cette dynamique représente toutefois un défi croissant pour les exportateurs, qui devront trouver de nouveaux débouchés afin d’absorber les volumes supplémentaires et de réduire leur dépendance à un nombre limité de marchés européens.

Selon les dernières données du rapport « Global Blueberry Report 2026 » du Bureau des industries internationales, la production marocaine de myrtilles devrait augmenter d’environ 70 % à l’horizon 2029, contre 84 940 tonnes en 2025.

Le Maroc figure ainsi parmi les principaux pays appelés à contribuer à la croissance de l’offre mondiale de myrtilles destinée aux marchés européens, moyen-orientaux et africains.

La culture de la myrtille a connu une expansion importante au Maroc ces dernières années. En 2025, le Royaume a intégré le top 5 mondial des producteurs, après avoir dépassé plusieurs pays disposant d’une longue tradition dans cette filière.

La superficie consacrée à la culture des myrtilles a atteint environ 6 800 hectares en 2025, dont près de 5 800 hectares effectivement entrés en production, soit une progression de 18,4 % sur un an.

Le rapport souligne que l’augmentation de la production marocaine ne résulte pas principalement d’une amélioration des rendements à l’hectare, mais surtout de l’extension des superficies productives.

Les nouvelles surfaces ont ainsi contribué à une hausse de la production d’environ 14 940 tonnes en 2025, tandis que l’évolution du rendement a entraîné une baisse estimée à 1 740 tonnes. Le rendement moyen s’est établi à environ 14 645 kilogrammes par hectare.

Parallèlement à l’augmentation de la production, les exportations marocaines ont enregistré une progression spectaculaire. Les expéditions de myrtilles sont passées d’environ 636 tonnes en 2009 à près de 83 000 tonnes en 2024.

Cette évolution a permis au Maroc de figurer parmi les quatre principaux exportateurs mondiaux de myrtilles en 2024, aux côtés du Pérou, du Chili et de l’Espagne.

Le Royaume représentait alors environ 8 % des expéditions mondiales, estimées à près d’un million de tonnes pour une valeur totale avoisinant 6,7 milliards de dollars.

Cette progression illustre la transformation de la filière marocaine, passée d’une activité principalement destinée au marché intérieur à une industrie agricole fortement orientée vers l’export, soutenue par les investissements dans l’agriculture destinée aux marchés internationaux et par la proximité géographique de l’Europe.

Les marchés européens restent les principales destinations des myrtilles marocaines, bénéficiant de la proximité du Royaume qui permet d’acheminer les fruits frais dans des délais relativement courts par rapport à certains concurrents éloignés.

L’Espagne, le Royaume-Uni et l’Allemagne figurent parmi les principaux marchés destinataires. En 2025, l’Espagne a importé environ 43 110 tonnes de myrtilles marocaines, contre 20 180 tonnes pour le Royaume-Uni, sur un total d’exportations de 82 590 tonnes.

À eux seuls, les marchés espagnol et britannique ont ainsi représenté environ 77 % des exportations marocaines. Le rapport précise toutefois que les données des partenaires commerciaux ne signifient pas nécessairement que l’ensemble des volumes importés a été consommé sur leurs marchés intérieurs.

La campagne 2025/2026 a également été marquée par plusieurs contraintes climatiques. Les fortes précipitations et la baisse des températures ont notamment perturbé le rythme de production et de récolte.

Entre novembre 2025 et janvier 2026, les conditions météorologiques ont entraîné un retard d’environ trois semaines dans les récoltes dans les régions du Nord, contre près de dix jours dans la région d’Agadir.

Les approvisionnements marocains ont ainsi enregistré une baisse estimée entre 15 % et 25 % au cours de la neuvième semaine de la campagne, avec des pertes plus importantes dans certaines zones de production.

Cette baisse est intervenue alors que la saison de production chilienne était plus courte et que les récoltes espagnoles et portugaises accusaient également des retards, accentuant la sensibilité du marché international à l’évolution de l’offre marocaine.

Malgré ces perturbations en début de campagne, les exportations marocaines ont conservé un rythme relativement soutenu avant de ralentir en février et mars. Les expéditions ont ensuite repris leur progression et dépassé leurs niveaux habituels en avril et mai.

La campagne s’est finalement achevée avec environ 102 141 tonnes exportées, tandis que les recettes ont progressé d’environ 7 % par rapport à la saison précédente. Cette évolution traduit la capacité de la filière à compenser une partie des pertes liées au démarrage tardif de la campagne, grâce notamment à la diversité des zones de production et à l’étalement des périodes de récolte.

Avec l’entrée en production de nouvelles superficies, le principal défi du secteur évolue progressivement. Après avoir reposé essentiellement sur l’augmentation des surfaces cultivées et des volumes produits, la croissance dépendra davantage de la capacité des producteurs et exportateurs à commercialiser les volumes supplémentaires et à diversifier leurs débouchés.

La hausse attendue de la production au cours des prochaines années soulève ainsi des enjeux qui dépassent la seule capacité productive, notamment en matière de calendrier des expéditions et de recherche de marchés capables d’absorber l’offre additionnelle.

La compétitivité future de la filière dépendra donc également de sa capacité à mieux planifier ses exportations, à diversifier ses destinations et à répondre aux exigences des acheteurs internationaux.

Dans un contexte marqué par l’augmentation de l’offre mondiale et le chevauchement des saisons de production, la régularité des approvisionnements, la qualité des fruits, l’efficacité productive, ainsi que l’accès à l’eau et à la main-d’œuvre seront des facteurs déterminants.

L’introduction de nouvelles variétés et l’amélioration de l’accès aux marchés internationaux devraient également jouer un rôle important dans la prochaine phase de développement de la filière.

Le développement des myrtilles marocaines ne reposera ainsi plus uniquement sur l’extension des superficies agricoles, mais aussi sur la capacité du secteur à gérer plus efficacement sa production, ses exportations et la diversification de ses marchés.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

cinq − 2 =