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L’Horloger du Sahara.. Comment le Maroc a appris à maîtriser le temps?

Certaines victoires diplomatiques se gagnent en quelques jours. D’autres prennent des décennies.

La Résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations Unies doit être regardée à cette échelle. Derrière un vote qui peut sembler ponctuel se trouve une stratégie construite sur le temps long, faite de constance, de patience, mais aussi de décisions prises au moment où elles pouvaient produire le plus d’effet.

C’est l’idée développée par M. Abdelhak Bassou, dans son analyse publiée par le Policy Center for the New South, « Chronos » et « Kairos » dans la gestion du dossier du Sahara marocain : la maîtrise du temps dans la Stratégie royale.

Deux mots de la Grèce antique résument cette approche.

Chronos, c’est le temps qui s’écoule, celui des années et des décennies.

Kairos, c’est le moment opportun, celui qu’il faut savoir reconnaître et saisir.

L’histoire du dossier du Sahara Marocain permet justement de comprendre comment ces deux dimensions peuvent se compléter.

Le temps long

Depuis la Marche Verte de 1975, le Maroc a traversé des périodes particulièrement mouvementées.

Le monde a changé. La guerre froide s’est terminée. Les alliances se sont déplacées. Les gouvernements ont changé dans les grandes capitales. De nouvelles puissances sont apparues.

Mais Rabat a conservé une même ligne stratégique sur le dossier du Sahara.

Cette continuité n’a pas empêché les crises.

Il y a eu les hésitations de certaines administrations américaines, les différentes propositions onusiennes, le Plan Baker et, plus récemment, les débats sur l’évolution du rôle des Nations Unies.

À chaque étape, le Maroc a choisi de maintenir son cap.

Mais attendre ne signifiait pas rester immobile.

Pendant que les négociations se poursuivaient, le terrain se transformait.

Construire pendant que le monde débat

Routes, infrastructures, développement urbain, investissements, énergie, activités économiques : les provinces du Sud ont connu une profonde transformation.

Dakhla et Laâyoune ont progressivement changé de visage.

Le futur port de Dakhla Atlantique, les voies express et les projets énergétiques témoignent de cette volonté de connecter davantage le Sud marocain à son environnement régional et notamment à l’Afrique de l’Ouest.

Le choix était clair : ne pas attendre une solution politique pour commencer à construire l’avenir.

C’est peut-être là que le temps devient véritablement une stratégie.

Une négociation peut durer dix ans.

Une infrastructure construite pendant ces dix années reste, elle, une réalité.

Puis arrive le moment d’agir

Mais le temps long ne suffit pas.

Il faut également savoir reconnaître le moment où l’attente doit céder la place à l’action.

Guergarat, en novembre 2020, en fournit une illustration majeure.

Après plusieurs semaines de blocage de la circulation dans cette zone stratégique, le Maroc est intervenu pour rétablir le passage.

L’intervention fut rapide.

Le message était clair : la patience ne signifie pas renoncer à agir lorsqu’une situation devient intenable.

C’est là que le Kairos entre en scène.

Le bon moment n’est pas nécessairement le premier moment.

C’est celui où l’action devient plus efficace que l’attente.

Transformer une ouverture en dynamique

Quelques semaines plus tard, en décembre 2020, la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara ouvrait une nouvelle séquence diplomatique.

Le Maroc ne s’est pas contenté de célébrer cette décision.

Il a cherché à la transformer en dynamique.

Des pays africains, arabes et latino-américains ont renforcé leur présence diplomatique dans les provinces du Sud. Des consulats ont ouvert à Laâyoune et à Dakhla.

Puis l’Europe a commencé à faire évoluer sa position.

L’Espagne en 2022.

La France en 2024.

D’autres capitales ont ensuite exprimé des positions convergentes ou plus favorables à la proposition marocaine d’autonomie.

Pris séparément, chacun de ces changements peut sembler limité.

Pris ensemble, ils racontent une évolution profonde.

Quand la patience devient une force

La diplomatie n’est pas toujours une course.

Elle ressemble parfois davantage à une partie d’échecs.

Il faut savoir avancer.

Il faut parfois reculer.

Il faut surtout savoir attendre.

Mais attendre ne signifie jamais abandonner l’initiative.

Le Chronos prépare le terrain.

Le Kairos permet de saisir l’occasion.

L’un construit la force.

L’autre permet de l’utiliser.

La leçon du temps

C’est peut-être ce qui donne aujourd’hui son relief particulier à la Résolution 2797.

Elle n’est pas apparue dans le vide.

Elle s’inscrit dans une histoire commencée il y a de cinquante ans, marquée par des crises, des investissements, des repositionnements diplomatiques et une évolution progressive des rapports de force.

Le temps, qui pouvait sembler être l’ennemi, est progressivement devenu un allié.

Le Maroc n’a pas simplement attendu que les années passent.

Il les a utilisées pour construire.

Et c’est peut-être cela, au fond, l’image de l’horloger.

Il ne commande pas au temps.

Il ne peut pas l’arrêter.

Il observe son mouvement, règle son mécanisme et attend le moment précis où l’aiguille arrive à la bonne position.

Puis il agit.

Dans les relations internationales, la puissance ne consiste donc pas seulement à savoir quoi faire.

Elle consiste aussi à savoir quand le faire.

Et parfois, la meilleure façon de gagner une bataille est de faire du temps lui-même son allié.

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