Economie

Economie

Marsa Maroc s’implante dans les ports espagnols, la prise de participation dans Boluda sous surveillance aux Canaries

Marsa Maroc franchit une nouvelle étape dans son expansion internationale avec une prise de participation directe dans le réseau portuaire espagnol, de l’archipel des Canaries au sud et au nord de la péninsule Ibérique. Cette opération marque une évolution du groupe marocain, qui élargit progressivement son activité au-delà de l’exploitation des infrastructures portuaires nationales pour investir dans des réseaux logistiques internationaux.

À travers sa filiale Marsa Maroc International Logistics, le groupe a conclu avec Boluda Corporación Marítima, le 15 décembre 2025, un accord portant sur l’acquisition de 45 % du capital et des droits de vote de Boluda Maritime Terminals (BMT), pour un montant de 80 millions d’euros.

L’opération concerne un réseau de terminaux répartis dans plusieurs régions espagnoles, notamment aux Canaries. Cette implantation lui confère une dimension stratégique, tout en suscitant un intérêt politique et réglementaire en Espagne.

Au Maroc, l’opération a obtenu son autorisation juridique en avril dernier avec la publication du décret n°2.26.265, autorisant Marsa Maroc, via sa filiale internationale, à prendre une participation de 45 % dans la société espagnole.

Au-delà de l’investissement financier, cette opération s’inscrit dans la volonté de Marsa Maroc d’accéder au marché portuaire européen, de développer ses activités internationales et de renforcer les corridors logistiques reliant l’Europe à l’Afrique.

BMT exploite neuf terminaux portuaires situés notamment à Las Palmas, La Palma, Tenerife, Lanzarote, Fuerteventura, Séville, Vilagarcía, Cadix et Santander. En 2024, ces installations ont traité plus d’un million d’EVP et sont intégrées à 11 lignes maritimes reliant la péninsule Ibérique aux Canaries, aux Baléares, à l’Europe du Nord, à l’Italie, à la côte ouest-africaine et au Cap-Vert.

Pour Marsa Maroc, cette participation permet ainsi de passer d’une présence principalement concentrée sur les ports marocains à une implantation directe dans un réseau opérationnel espagnol desservant plusieurs marchés européens et africains.

Les deux groupes présentent leur partenariat comme un moyen de renforcer l’axe logistique et commercial entre le Maroc et l’Espagne, de part et d’autre du détroit de Gibraltar. En combinant leurs réseaux, la plateforme commune couvre désormais 34 terminaux dans 20 ports.

La participation de 45 % permet également à Marsa Maroc de bénéficier directement de l’évolution des activités de BMT et de participer aux décisions concernant la société et ses futurs investissements, conformément aux mécanismes de gouvernance prévus entre les deux partenaires.

L’opération fait toutefois l’objet d’un suivi politique et réglementaire en Espagne, notamment en raison de la présence de plusieurs terminaux de BMT aux îles Canaries.

Depuis le début de 2026, des parlementaires espagnols ont interrogé le gouvernement sur les conséquences de l’entrée de Marsa Maroc au capital de BMT pour la compétitivité des ports canariens et le système portuaire espagnol. Des élus de Vox ont également demandé des précisions sur l’opération et sur les mécanismes de contrôle des investissements étrangers.

Le gouvernement espagnol a indiqué, dans ses réponses parlementaires, que l’opération était soumise aux règles encadrant le contrôle des investissements étrangers. Les données publiées par Invest in Spain indiquent par ailleurs que la transaction restait liée à l’obtention des autorisations des autorités compétentes.

Les documents financiers annuels de Marsa Maroc précisent également que le transfert de la participation de 45 % deviendra effectif après la satisfaction des conditions préalables prévues dans l’accord.

La situation demeure particulièrement suivie aux Canaries. Le président du Cabildo de Grande Canarie, Antonio Morales, a appelé le gouvernement central espagnol à examiner l’opération et à étudier la possibilité de la limiter ou de la rejeter, en invoquant la nécessité d’évaluer les implications de l’entrée d’une entreprise liée à l’État marocain au capital d’un opérateur de terminaux portuaires dans l’archipel.

Ces positions alimentent le débat sur les investissements étrangers dans les infrastructures portuaires, notamment lorsqu’ils concernent des installations considérées comme importantes pour l’économie et l’activité des territoires concernés.

Elles ne constituent toutefois pas, à elles seules, une décision officielle des autorités espagnoles qualifiant l’opération de menace pour la sécurité nationale ou décidant de son rejet. En août, la plateforme Canary Maritime indiquait que le gouvernement central maintenait encore l’opération à l’étude, sans annonce publique d’une décision définitive du Conseil des ministres espagnol.

La prise de participation de Marsa Maroc dans BMT reste donc soumise au processus de contrôle réglementaire en Espagne, dans l’attente de la position finale des autorités compétentes.

Au Maroc, cette opération s’inscrit dans la stratégie d’expansion internationale du groupe, notamment dans le cadre de sa stratégie Marsa 2030, qui vise à faire évoluer Marsa Maroc d’un opérateur portuaire national vers un acteur régional et international.

Cette stratégie prend également en compte la structure actionnariale du groupe : l’État marocain détient directement 25 % du capital de Marsa Maroc, tandis que Tanger Med détient 35 %.

La transaction avec BMT illustre ainsi une évolution du modèle d’expansion de Marsa Maroc, qui ne se limite plus au développement et à l’exploitation d’infrastructures portuaires au Maroc, mais s’étend désormais à la prise de participations dans des entreprises exploitant des actifs portuaires à l’étranger.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 × 1 =