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Dessalement : la Banque mondiale alerte le Maroc sur les défis de son ambitieux programme hydrique

Le Maroc accélère le développement de ses capacités de dessalement pour faire face au stress hydrique, mais la Banque mondiale estime que cette stratégie ne pourra produire les résultats attendus sans une réforme plus globale de la gestion des ressources en eau. Dans un rapport consacré à l’avenir du dessalement dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, l’institution internationale souligne que cette technologie, à elle seule, ne permettra pas de résoudre durablement la crise de l’eau.

Selon le document, le Royaume prévoit de porter sa production annuelle d’eau dessalée de 377 millions de mètres cubes en 2025 à près de 1,7 milliard de mètres cubes à l’horizon 2050, soit une multiplication par plus de quatre de ses capacités actuelles. Cette montée en puissance s’explique par les effets persistants de la sécheresse, après six années consécutives de déficit pluviométrique entre 2018 et 2024.

Le dessalement ne peut remplacer une gestion efficace de l’eau

Pour la Banque mondiale, les nouvelles usines doivent s’inscrire dans une stratégie globale intégrant plusieurs leviers d’action. L’institution recommande notamment de réduire les pertes dans les réseaux de distribution, de mieux maîtriser la consommation d’eau, de développer la réutilisation des eaux usées traitées et de protéger les nappes phréatiques, fortement sollicitées dans plusieurs régions du Royaume.

Le rapport souligne que le dessalement représente une réponse importante au manque de ressources hydriques, mais qu’il ne saurait compenser à lui seul les faiblesses structurelles du secteur.

Des défis énergétiques à relever

L’étude met également en lumière les contraintes liées à l’alimentation des futures usines en électricité, en particulier à partir de sources renouvelables.

Si le cadre législatif marocain autorise désormais les contrats d’achat d’électricité entre producteurs privés et consommateurs, plusieurs textes d’application restent encore attendus pour permettre une intégration complète des énergies renouvelables dans les grands projets de dessalement.

Le rapport prend l’exemple de la future station de Casablanca-Settat, qui disposera d’une capacité de 822.000 mètres cubes par jour. Alimentée en partie par un parc éolien de 360 mégawatts, elle nécessitera également un important soutien du réseau électrique national en raison de sa consommation estimée à près d’un térawattheure par an.

L’expérience du Souss-Massa mise en avant

La Banque mondiale cite également le projet de dessalement du Souss-Massa comme une expérience emblématique de gestion intégrée de l’eau.

Mis en service en 2022, le complexe produit actuellement 125.000 mètres cubes d’eau par jour destinés à l’irrigation agricole et 150.000 mètres cubes pour l’alimentation en eau potable. Les autorités prévoient d’augmenter ces deux capacités à 200.000 mètres cubes par jour.

Le rapport rappelle également l’existence d’un mécanisme de partage des coûts avec les agriculteurs, fondé sur un volume minimum d’eau garanti, afin d’assurer la viabilité économique du projet tout en préservant la nappe de Chtouka.

Le coût du dessalement reste un enjeu majeur

Au-delà du cas marocain, la Banque mondiale souligne que le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord concentrent près de 46 % des capacités mondiales de dessalement et devraient accueillir près des deux tiers des nouvelles installations prévues entre 2026 et 2030.

Cependant, l’institution rappelle que cette technologie demeure fortement dépendante de l’énergie, qui représente la principale composante de son coût d’exploitation. À l’horizon 2040, les installations de dessalement pourraient absorber plus de 10 % de la consommation énergétique totale de la région.

Le rapport attire également l’attention sur les défis environnementaux liés au rejet des saumures et à l’utilisation de produits chimiques, plaidant pour une approche prudente afin de limiter les impacts sur les écosystèmes marins.

Une transition hydrique qui passe aussi par les réformes

Pour la Banque mondiale, la réussite du programme marocain dépendra autant des investissements dans les infrastructures que de la mise en œuvre de réformes permettant d’améliorer l’efficacité des réseaux, d’encourager les économies d’eau, de développer les énergies renouvelables et de garantir un modèle financier soutenable pour les ménages comme pour les finances publiques.

Le rapport conclut que le dessalement constitue un levier stratégique pour renforcer la sécurité hydrique du Royaume, mais qu’il doit impérativement être accompagné d’une gouvernance plus intégrée et d’une gestion durable des ressources en eau.

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