Economie

Economie

Brésil-Maroc : Jorf Lasfar au cœur d’une mission agricole stratégique

Le Brésil prépare une nouvelle étape dans le renforcement de ses relations économiques avec le Maroc. Une délégation du ministère brésilien de l’Agriculture et de l’Élevage est attendue dans le Royaume du 14 au 20 septembre, avec des étapes programmées à Casablanca, Rabat et Jorf Lasfar, selon une décision administrative publiée le 4 septembre au Diário Oficial da União.

La mission sera conduite par le ministre brésilien de l’Agriculture et de l’Élevage, André de Paula, accompagné notamment de Rafael Guimarães Requião, secrétaire adjoint au commerce et aux relations internationales. La tournée comprendra également une étape à Luanda, en Angola.

Les échanges Maroc-Brésil accélèrent

Cette visite intervient alors que les échanges commerciaux entre les deux pays connaissent une nette progression. Sur les sept premiers mois de 2026, les importations brésiliennes en provenance du Maroc ont atteint 1,347 milliard de dollars, soit environ 12,46 milliards de dirhams.

Le montant était de 990,31 millions de dollars sur la même période de 2025. Les achats brésiliens de produits marocains ont ainsi progressé de 36 %, soit une hausse de 356,74 millions de dollars en un an.

Cette dynamique a également permis au Maroc de gagner du terrain parmi les fournisseurs du marché brésilien. Le Royaume est passé du 29e au 24e rang sur cette période.

La relation commerciale était déjà importante en 2025. Le Brésil avait alors importé 1,4299 milliard de dollars de marchandises marocaines, tandis que ses exportations vers le Royaume atteignaient 1,3656 milliard de dollars.

Le Maroc avait ainsi enregistré une position particulièrement forte sur le marché brésilien, devenant notamment le premier fournisseur africain du Brésil, devant l’Égypte, le Nigeria et l’Algérie.

Les fertilisants marocains au centre des échanges

L’étape de Jorf Lasfar revêt une importance particulière compte tenu de la structure des échanges bilatéraux.

Les statistiques brésiliennes relatives à l’agro-industrie ne comptabilisent pas directement les phosphates marocains utilisés comme fertilisants, alors même qu’ils constituent des intrants essentiels pour l’agriculture brésilienne.

En 2025, les produits officiellement classés dans la catégorie agroalimentaire ne représentaient ainsi que 33,09 millions de dollars sur les 1,4299 milliard de dollars de marchandises importées du Maroc.

Une part importante des achats marocains relève en réalité d’autres catégories douanières, notamment les intrants phosphatés et les engrais.

Les données disponibles pour 2024 illustrent cette dépendance : les engrais et fertilisants chimiques, hors fertilisants bruts, représentaient alors 83,8 % des importations brésiliennes en provenance du Maroc, pour une valeur proche de 1,2 milliard de dollars.

Le Maroc figurait ainsi parmi les principaux fournisseurs d’engrais chimiques du Brésil, aux côtés notamment de la Russie, de la Chine et du Canada.

Brasilia cherche à sécuriser ses approvisionnements

Cette relation s’inscrit dans un contexte plus large de dépendance de l’agriculture brésilienne aux importations de fertilisants.

Le Plan national des fertilisants du Brésil prévoit notamment le développement de partenariats avec plusieurs pays producteurs de phosphate, parmi lesquels le Maroc, les États-Unis, le Pérou et la Chine.

Brasilia souhaite également renforcer ses capacités nationales de production afin de réduire progressivement sa dépendance extérieure. À court terme, toutefois, les importations restent indispensables pour répondre aux besoins du secteur agricole.

Les chiffres de 2026 confirment d’ailleurs la vigueur de cette demande. Sur les sept premiers mois de l’année, les importations brésiliennes de fertilisants chimiques ont atteint 8,796 milliards de dollars, en hausse de 8,05 % sur un an.

Dans le même temps, les ventes marocaines vers le Brésil ont progressé de 356,74 millions de dollars, plaçant le Royaume parmi les fournisseurs ayant enregistré les plus fortes hausses.

Le Brésil renforce ses ventes agricoles au Maroc

La relation commerciale fonctionne également dans l’autre sens, mais avec une structure très différente.

En 2025, 96,2 % des exportations brésiliennes vers le Maroc relevaient de l’agriculture et de l’agro-industrie, pour une valeur de 1,3148 milliard de dollars sur un total de 1,3656 milliard de dollars.

Le Brésil fournit notamment au marché marocain du sucre, du maïs, des bovins vivants, du poivre noir, de la viande bovine congelée et du bois.

Le complexe sucre-alcool représentait 591,28 millions de dollars, contre 372,34 millions pour le maïs et 218,73 millions pour les bovins vivants.

À eux seuls, ces trois segments représentaient environ 85 % des exportations agricoles brésiliennes vers le Maroc.

Les bovins brésiliens connaissent une forte progression

Les exportations de bovins vivants constituent l’un des développements les plus spectaculaires de cette relation.

Les ventes brésiliennes au Maroc sont passées de 11,26 millions de dollars en 2023 à 47,33 millions en 2024, avant d’atteindre environ 217 millions de dollars en 2025.

Le Brésil est ainsi devenu cette année-là le premier fournisseur de bovins vivants du Maroc, avec 46,7 % des achats, devant l’Espagne et l’Uruguay.

L’ouverture de contingents tarifaires a également contribué à soutenir les exportations de viande bovine congelée. En 2025, le Brésil est devenu le premier fournisseur du Royaume en volume, avec 4 732 tonnes.

Jorf Lasfar, une étape à forte portée économique

Dans ce contexte, la présence de Jorf Lasfar dans l’itinéraire de la délégation brésilienne apparaît particulièrement significative.

La plateforme industrielle et portuaire concentre une partie essentielle des activités marocaines liées à la transformation et à l’exportation des phosphates et des fertilisants. Elle se trouve donc au cœur de l’un des principaux flux commerciaux entre le Maroc et le Brésil.

La mission ministérielle intervient ainsi à un moment où les deux pays cherchent à approfondir une relation fondée sur une complémentarité économique claire : le Maroc fournit au Brésil des fertilisants et des intrants essentiels à son agriculture, tandis que le Brésil exporte vers le Royaume d’importants volumes de produits agricoles et agroalimentaires.

Avec la progression de 36 % des importations brésiliennes en provenance du Maroc sur les sept premiers mois de 2026, la visite de septembre pourrait contribuer à donner une nouvelle dimension à cette coopération, notamment dans les domaines de l’agriculture, des fertilisants, de l’accès aux marchés et de la sécurité des approvisionnements.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

cinq + 8 =