Le groupe Renault prépare une nouvelle étape industrielle au Maroc avec l’industrialisation d’un futur véhicule stratégique pour Dacia. L’usine de Tanger, située à Melloussa, accueille déjà les travaux préparatoires de ce programme, en étroite collaboration avec les ingénieurs de Renault Technologie Maroc (RTMA). Cette nouvelle phase confirme le rôle croissant du Royaume dans l’organisation industrielle du constructeur français, notamment dans le passage de la conception des véhicules à leur production.
Thierry Charvet, directeur de l’industrie, de la qualité et des approvisionnements de Renault, et Philippe Brunet, directeur de la technologie du groupe, se sont rendus récemment sur le site tangérois afin d’évaluer son niveau de préparation. Leur visite a porté sur les prochaines étapes industrielles et sur les moyens techniques nécessaires au lancement de ce nouveau programme automobile, présenté comme important pour Dacia et pour l’ensemble du groupe.
L’usine de Tanger prépare un nouveau programme industriel
Lors de cette visite, Thierry Charvet a indiqué que le groupe posait à Tanger les bases de l’industrialisation d’un futur véhicule. Sans dévoiler l’identité du modèle ni son calendrier de lancement, les responsables ont mis l’accent sur la préparation des installations, la coordination des équipes et l’adaptation des moyens de production.
L’usine de Melloussa dispose actuellement de deux chaînes d’assemblage, avec une production quotidienne supérieure à 1 000 véhicules. Le site s’appuie également sur des outils numériques destinés à améliorer le suivi des opérations industrielles.
Parmi ces dispositifs figure Plant Connect, récemment déployé au cœur de l’atelier d’assemblage. La solution permet de suivre les deux lignes de production en temps réel et d’accompagner les équipes dans l’amélioration continue des performances. Pour Renault, cette digitalisation doit contribuer à renforcer la maîtrise des opérations et à préparer le site aux exigences d’un nouveau programme automobile.
Renault Technologie Maroc au cœur de l’industrialisation
Le centre Renault Technologie Maroc joue un rôle important dans cette préparation. Créé en mars 2025, il dispose de deux implantations complémentaires : un siège au parc d’activités Tétouan Shore, consacré aux métiers technologiques, et une antenne directement installée dans l’usine de Melloussa.
Cette proximité avec les chaînes d’assemblage permet aux ingénieurs de travailler au contact des équipes de fabrication. Elle facilite la coordination entre l’ingénierie des produits, la conception des procédés industriels et les opérations d’industrialisation.
Selon Philippe Brunet, le centre intervient notamment dans la recherche de solutions compétitives, la maîtrise des coûts, l’amélioration de la qualité et la transition entre la conception et la fabrication. Ses équipes participent également aux choix industriels du futur véhicule et aux relations avec les fournisseurs locaux.
La préparation du nouveau programme renforce ainsi les interactions entre les services techniques et les ateliers. Elle mobilise également le réseau de fournisseurs implantés dans la région de Tanger, dont la contribution sera déterminante pour répondre aux exigences industrielles du constructeur.
Le Maroc gagne en importance dans l’organisation de Renault
Cette évolution intervient dans un contexte de réorganisation mondiale des activités d’ingénierie du groupe. En avril 2026, Renault a annoncé un projet de réduction de 15 à 20 % de ses effectifs d’ingénierie sur deux ans, soit entre 1 600 et 2 400 postes sur un total estimé de 11 000 à 12 000 ingénieurs.
Dans cette nouvelle organisation, les centres français, indien et roumain du groupe conservent la conception complète des modèles, tandis que le pôle marocain est appelé à jouer un rôle dans leur industrialisation et leur passage à la production.
Le développement des compétences locales et le rapprochement entre les équipes d’ingénierie et les unités industrielles constituent donc des leviers importants pour préparer les futurs programmes. Pour le Maroc, cette évolution représente une opportunité de consolider sa place dans la chaîne de valeur automobile, au-delà des seules opérations d’assemblage.
Elle s’inscrit également dans une stratégie visant à améliorer la compétitivité industrielle, à optimiser les coûts de production et à renforcer l’intégration des fournisseurs nationaux.
Tanger a produit près de 300 000 véhicules en 2025
Inaugurée en février 2012, l’usine Renault de Tanger a produit 299 395 véhicules en 2025. Sur ce volume, 282 498 unités ont été exportées, soit environ 95 % de la production.
La deuxième unité du groupe au Maroc, la Société marocaine de construction automobile (Somaca), située à Casablanca, a assemblé 95 079 véhicules durant la même année. Au total, les deux sites ont produit 394 474 unités, un volume en recul de près de 5 % par rapport à 2024.
L’usine de Melloussa fabrique notamment la Dacia Sandero, qui figure parmi les modèles les plus vendus aux particuliers en Europe depuis 2017, ainsi que le Dacia Jogger, dont la version hybride est produite au Maroc depuis juillet 2024. Le site assemble également l’utilitaire Renault Express et les quadricycles électriques Mobilize Duo et Bento.
Cette diversité de modèles illustre la capacité du site à accueillir différentes catégories de véhicules et à adapter ses lignes aux évolutions de la demande et des technologies automobiles.
Renault vise 80 % d’intégration locale en 2030
À la fin de 2025, Renault a porté sa capacité industrielle installée au Maroc à plus de 500 000 véhicules par an. Le groupe ambitionne également d’atteindre un taux d’intégration locale de 80 % à l’horizon 2030.
Pour soutenir cet objectif, le constructeur prévoit un volume d’achats auprès des fournisseurs marocains de trois milliards d’euros, soit environ 32,3 milliards de dirhams.
La préparation du futur modèle à Tanger s’inscrit dans cette trajectoire. Le renforcement des compétences en ingénierie, la coopération entre les équipes techniques et les ateliers de fabrication, ainsi que l’implication du tissu industriel local pourraient contribuer à accroître la valeur ajoutée produite au Maroc.
L’identité du véhicule et les modalités précises de son lancement restent toutefois à confirmer. En attendant, les travaux engagés à Melloussa témoignent de la volonté de Renault de préparer ses prochaines étapes industrielles en s’appuyant sur les capacités de production et les compétences techniques développées dans le Royaume.
