
Le Maroc dispose d’une épargne financière qui change d’échelle. À fin 2025, le patrimoine financier des ménages atteignait 1.192 milliards de dirhams. L’enjeu, désormais, est de mieux connecter cette masse de capitaux aux entreprises qui investissent, innovent et cherchent à changer d’échelle. C’est précisément le chantier ouvert par l’AMMC avec la CGEM.
Il y a, dans les chiffres du marché marocain des capitaux, un paradoxe qui mérite attention. L’argent est là. Les investisseurs sont là. Les instruments se diversifient. Mais l’accès des PME à ces ressources reste encore limité.
À fin 2025, le patrimoine financier des ménages marocains s’élevait à 1.192 milliards de dirhams, dont 935 milliards sous forme de dépôts bancaires et 114 milliards placés en valeurs mobilières. À cette épargne s’ajoutent plus de 600 milliards de dirhams d’actifs mobiliers détenus par les compagnies d’assurances et les régimes de retraite. La base des investisseurs s’élargit également : le nombre de comptes-titres a dépassé 430.000 au premier trimestre 2026, près de trois fois son niveau de 2020.
Le potentiel est donc considérable. Reste à organiser sa circulation vers l’économie productive.
Un marché qui a changé de dimension
Le marché des capitaux marocain n’est plus seulement un marché boursier. Il s’est progressivement transformé en une plateforme de financement beaucoup plus large.
La capitalisation de la Bourse de Casablanca a atteint « 1.040,7 milliards de dirhams en 2025 » , tandis que l’encours de la dette privée s’est établi à « 331,8 milliards » . Les OPCVM représentaient, à eux seuls, « 785,1 milliards de dirhams d’actifs nets », auxquels s’ajoutaient 134 milliards pour les OPCI.
Cette profondeur constitue un atout. Mais elle pose une nouvelle question : comment faire en sorte que davantage de PME puissent accéder à cette puissance financière ?
C’est tout le sens de la rencontre organisée le 28 septembre à Casablanca par l’AMMC et la CGEM autour du thème « Marché de capitaux et financement de la PME ». Le message de Tarik Senhaji, président de l’AMMC, est clair : le marché a gagné en profondeur, il doit désormais gagner en proximité.
Changer de logique
Le changement ne consiste pas uniquement à multiplier les produits financiers. Il s’agit surtout de partir des besoins de l’entreprise.
Une PME industrielle qui veut construire une nouvelle unité, une entreprise exportatrice qui doit financer son développement ou une société technologique qui cherche à accélérer sa croissance n’ont ni les mêmes besoins, ni la même maturité financière.
Pour l’AMMC, les acteurs du marché doivent donc intervenir plus en amont, comprendre les trajectoires des entreprises et construire les solutions autour des projets à financer. Une évolution importante : passer d’une logique où l’entreprise cherche l’instrument financier disponible à une logique où le financement se construit à partir de son besoin.
Le sujet est d’autant plus stratégique que les PME ne manquent pas seulement de capitaux. Elles doivent aussi se préparer à les recevoir.
La PME doit aussi changer d’échelle
Accéder au marché impose des exigences. Gouvernance, transparence, qualité de l’information financière, structuration du management : une entreprise ne peut pas entrer dans l’univers des marchés de capitaux sans avoir renforcé ses fondamentaux.
La CGEM insiste sur cette préparation. Une introduction en Bourse, par exemple, ne se décide pas au dernier moment. Elle se construit plusieurs années en amont, avec un travail sur la gouvernance, le management et la fiabilité de l’information financière.
L’enjeu est donc double : rendre le marché plus accessible aux PME, mais aussi rendre davantage de PME compatibles avec les exigences du marché.
L’AMMC prévoit notamment de favoriser des mécanismes permettant d’agréger les besoins de financement des PME afin de constituer des portefeuilles diversifiés et plus attractifs pour les investisseurs. Cette approche figure déjà dans son plan stratégique 2024-2028.
De l’épargne au financement productif
Le véritable enjeu dépasse finalement la seule Bourse. Il concerne la capacité du système financier marocain à transformer une épargne abondante en capital productif.
Pour les ménages et les investisseurs institutionnels, cela signifie davantage de possibilités de financer indirectement les entreprises. Pour les PME, cela peut ouvrir une alternative ou un complément au crédit bancaire traditionnel. Pour l’économie marocaine, l’objectif est de rapprocher les ressources longues des besoins longs : investissement industriel, innovation, exportation, digitalisation ou expansion internationale.
Le Maroc dispose désormais d’un marché des capitaux qui a atteint une masse critique. La prochaine étape sera plus exigeante : faire en sorte que cette profondeur financière se traduise par davantage d’entreprises capables de grandir grâce au marché.
Les 1.200 milliards de dirhams d’épargne des ménages ne constituent donc pas seulement un chiffre. Ils posent une question de transformation économique : comment faire passer davantage de cette épargne du patrimoine au financement de la croissance ?






















