Le ministre délégué chargé de la Pêche maritime, Ahmed Mehdi Mezouari, a procédé, le 30 octobre 2026 à Sidi Ifni, au lancement officiel d’un projet pilote d’aquaculture en haute mer, en présence du gouverneur de la province, d’élus et de plusieurs acteurs du secteur.
Réalisé par l’Institut national de recherche halieutique (INRH), avec un investissement global de 50 millions de dirhams, ce projet constitue une première sur la façade atlantique du Royaume et à l’échelle du continent africain. Il vise à évaluer la faisabilité technique et économique de l’élevage de poissons en milieu marin ouvert, caractérisé par des conditions météorologiques et hydrodynamiques particulièrement difficiles.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la cartographie nationale des zones propices à l’aquaculture, qui a identifié un potentiel de production dépassant 300.000 tonnes sur une superficie de 24.000 hectares. Sur les 8.000 hectares dédiés spécifiquement à l’élevage de poissons, 75% se situent au large de la façade atlantique.
Le financement du projet repose sur plusieurs contributions. Le département chargé de la Pêche maritime a mobilisé 40 millions de dirhams dans le cadre du soutien sectoriel lié à l’accord de pêche entre le Maroc et l’Union européenne. L’INRH a apporté 4 millions de dirhams sur ses ressources propres, tandis que les 6 millions restants devraient provenir des recettes attendues de la commercialisation de la production expérimentale.
Implantée à environ sept milles nautiques du port de Sidi Ifni, l’installation couvre une concession maritime de 25 hectares, à des profondeurs comprises entre 40 et 45 mètres. Elle comprend quatre cages flottantes de 29 mètres de diamètre, pour une capacité de production annuelle totale estimée à 280 tonnes, soit 70 tonnes par cage.
Le dispositif est également doté d’un navire spécialisé de type catamaran, baptisé « Aman », destiné aux opérations de maintenance et d’alimentation des poissons. Une base logistique terrestre de 800 m², aménagée au port de Sidi Ifni, complète l’installation avec des espaces de stockage, un laboratoire scientifique et des bureaux administratifs.
Des résultats encourageants après cinq années d’expérimentation
La mise en exploitation de cette ferme aquacole intervient après une phase expérimentale menée entre 2021 et 2026. Celle-ci a notamment porté sur la résistance des cages flottantes aux tempêtes, des études océanographiques approfondies du site et un cycle complet d’élevage de la sériole royale, depuis le stade larvaire jusqu’à la taille commerciale.
Après 16 mois de grossissement, les poissons ont atteint un poids moyen de 400 grammes, correspondant au calibre commercial recherché. L’expérimentation a également enregistré un taux de survie particulièrement élevé, confirmant les performances du dispositif dans des conditions maritimes difficiles.
La commercialisation de la première production sera assurée par une entreprise privée, sélectionnée à l’issue d’un appel à manifestation d’intérêt lancé par l’INRH. Le partenariat prévoit également la gestion et l’exploitation de la ferme pendant les cinq prochaines années, tout en préservant sa vocation expérimentale et scientifique.
À travers cette initiative, le Maroc entend renforcer les liens entre la recherche publique et le secteur privé, favoriser le transfert des acquis scientifiques vers le secteur productif et ouvrir de nouvelles perspectives pour le développement de l’aquaculture et de l’économie bleue.
