Le scientifique marocain Rachid Yazami, fondateur à Singapour de l’entreprise KVI, annonce une avancée prometteuse dans le domaine de la recharge rapide des batteries lithium-ion. Selon les résultats présentés par la société, une cellule lithium-fer-phosphate (LFP) aurait pu passer de 10 à 70 % de charge en seulement 3 minutes et 42 secondes, tandis qu’une recharge complète, de 0 à 100 %, aurait été réalisée en sept minutes.
Une performance qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour la mobilité électrique, même si plusieurs étapes restent à franchir avant une éventuelle application à grande échelle dans les véhicules.
Une recharge complète réalisée en sept minutes
Les résultats annoncés par KVI ont été obtenus sur une seule cellule LFP achetée dans le commerce. Une précision importante, puisque la batterie d’une voiture électrique est constituée de dizaines, voire de plusieurs centaines de cellules assemblées.
Autrement dit, cette performance ne signifie pas encore qu’un véhicule électrique pourra récupérer l’intégralité de son autonomie en sept minutes. Elle démontre néanmoins le potentiel d’une méthode de recharge rapide testée sur un composant disponible sur le marché.
La voltamétrie non linéaire au cœur de l’innovation
La technologie développée par KVI repose sur une méthode baptisée « voltamétrie non linéaire » (NLV). Contrairement aux chargeurs classiques, qui contrôlent principalement l’intensité du courant envoyé à la batterie, cette approche ajuste progressivement la tension en fonction des réactions électrochimiques observées à l’intérieur de la cellule.
L’objectif est d’adapter la recharge au comportement réel de la batterie plutôt que de lui imposer un apport énergétique uniforme. Selon l’entreprise, l’analyse de l’évolution de la tension permettrait ainsi de mieux surveiller l’état de la cellule pendant la recharge et de repérer certaines anomalies, notamment les premiers signes d’un court-circuit interne.
La température, un enjeu déterminant pour la sécurité
La rapidité de recharge ne constitue pas le seul défi technologique. L’élévation de la température représente également un facteur essentiel, puisqu’une chaleur excessive peut accélérer le vieillissement des batteries et augmenter les risques de défaillance.
Lors de l’essai présenté par KVI, la température serait restée inférieure à 50 °C. Ce résultat devra toutefois être confirmé par des expérimentations supplémentaires, notamment sur des batteries de différentes capacités, dans des conditions d’utilisation variées et avec des assemblages de plusieurs cellules.
La technologie pourrait, selon ses concepteurs, être adaptée à différentes catégories de batteries lithium-ion, indépendamment de leur composition chimique, de leur format ou de leur capacité.
L’automobile et l’aviation électrique dans le viseur
Les applications envisagées dépassent le seul secteur automobile. Les solutions développées par KVI pourraient également concerner les téléphones, les outils électriques et les systèmes de stockage stationnaire de l’énergie.
L’industrie automobile demeure néanmoins la priorité d’Electro Mobility Holding Singapore, chargée de préparer la commercialisation de ces technologies. L’entreprise souhaite également explorer leur utilisation dans l’aviation électrique.
Dans cette perspective, un accord conclu avec le constructeur japonais SkyDrive prévoit d’étudier l’intégration de cette technologie dans des appareils à décollage et atterrissage verticaux. Une réduction du temps de recharge pourrait contribuer à limiter l’immobilisation au sol et à augmenter la fréquence des vols.
Un défi industriel avant la commercialisation
La prochaine étape consistera à dépasser les essais réalisés sur une cellule unique pour développer des dispositifs capables de recharger des batteries complètes. Cette transition nécessitera de nouvelles validations concernant la sécurité, la durée de vie, les coûts de production et la capacité à industrialiser la technologie.
Pour Rachid Yazami et ses équipes, les résultats annoncés constituent une avancée encourageante. Mais le véritable enjeu sera désormais de transformer cette performance expérimentale en une solution fiable, durable et adaptée aux exigences de la mobilité électrique.
