Le rapport sur les dépenses fiscales annexé au PLF 2027 chiffre à 18,5 milliards de dirhams le manque à gagner de l’État lié aux mesures en faveur des ménages. La TVA réduite sur les produits pétroliers pèse quatre fois plus que l’exonération de TVA sur le logement social. Mais le coût d’une niche ne dit rien, à lui seul, de son efficacité.
Combien l’État renonce-t-il à percevoir pour alléger la facture fiscale des Marocains ? Quels dispositifs coûtent le plus cher ? Et surtout, atteignent-ils leur cible ? Le rapport sur les dépenses fiscales évalue à 38 milliards de dirhams le coût des mesures recensées en 2026, en hausse de 13,7% sur un an. Les ménages en concentrent 48,8%, soit 18,5 milliards de dirhams. Trois mesures éclairent cette politique, et leur poids est très inégal.
1. 7,9 milliards de dirhams : la TVA réduite sur les produits pétroliers
C’est la première dépense fiscale évaluée du rapport, et la plus dynamique. Le taux réduit de 10%, avec droit à déduction, appliqué aux huiles de pétrole ou de schiste coûte 7,9 milliards de dirhams en 2026, contre 5,8 milliards en 2025, soit une hausse d’environ 36%. Cette progression ne résulte pas d’un nouveau geste fiscal : la dépense mesure l’écart entre ce taux réduit et le taux normal de référence de 20%, sur une assiette sensible notamment aux volumes et aux prix.
Ce n’est donc pas, en soi, un bouclier anti-crise. Face à la flambée de 2026, le gouvernement a privilégié une aide ciblée aux transporteurs. Reste l’inconnue principale, le rapport chiffre le coût fiscal, mais ne permet pas de déterminer la part réellement répercutée sur le prix payé par l’automobiliste.
2. 1,96 milliard de dirhams : le logement social, vers l’aide directe
L’exonération de TVA sur les logements sociaux à usage d’habitation principale, d’une superficie couverte de 50 à 80 m² et vendus au plus 250.000 dirhams hors taxes, coûte 1,96 milliard de dirhams en 2026, contre 2,12 milliards en 2025, soit une baisse d’environ 8%. Ce recul traduit un changement d’instrument puisque l’État soutient désormais l’accès au logement moins par la dérogation fiscale que par l’aide budgétaire directe, notamment via le programme d’aide directe à l’accès au logement, Daam Sakane.
Le relais est graduel, mais il change la lecture du chiffre. Le coût fiscal ne mesure plus, à lui seul, l’effort public en faveur du logement, qui passe aussi par une dépense budgétaire que le rapport sur les dépenses fiscales ne retrace pas. L’aide directe a un avantage dans la mesure où elle peut être suivie en bénéficiaires et en montants versés. La niche, elle, ne dit ni combien de ménages en profitent réellement ni si l’avantage est absorbé par les promoteurs.
3. 753 millions de dirhams : la vente de la résidence principale, une niche maintenue
L’exonération d’impôt sur le revenu du profit réalisé lors de la cession d’un immeuble occupé comme habitation principale depuis au moins cinq ans coûte 753 millions de dirhams en 2026, contre 627 millions en 2025, soit une hausse de 20%. Elle fait partie des niches immobilières qui demeurent actives, aux côtés notamment de l’abattement de 75% sur la taxe d’habitation et de la déductibilité des intérêts d’emprunt de l’assiette de l’IR. L’État réoriente vers l’aide directe l’accès au logement des primo-accédants, mais maintient des avantages fiscaux au profit des propriétaires.
Un coût n’est pas une efficacité
Ces trois mesures coûtent ensemble 10,6 milliards de dirhams, soit près de 28% de l’enveloppe totale des dépenses fiscales. On sait ce qu’elles coûtent, rarement ce qu’elles produisent.
Le décrypteur
