La Commission européenne a autorisé, vendredi 30 octobre 2026, l’acquisition par le groupe américain Koch de 50 % du capital de Jorf Fertilizers Company I (JFC1), filiale d’OCP Nutricrops implantée dans le complexe industriel de Jorf Lasfar. Cette décision ouvre la voie à la création d’une deuxième société commune entre les deux groupes, dont les capacités industrielles cumulées devraient atteindre environ 2,5 millions de tonnes d’engrais phosphatés par an.
Enregistrée sous la référence M.12624, l’autorisation européenne permet à KAES Phosphate Holdings, société détenue par Koch Inc., de prendre le contrôle conjoint de JFC1 avec OCP Nutricrops. L’opération prévoit une répartition paritaire du capital et des droits de vote, chaque partenaire devant détenir 50 % de la société à l’issue de la transaction.
Un feu vert européen pour une usine de 1,2 million de tonnes
La Commission européenne a examiné le dossier dans le cadre de sa procédure simplifiée. Elle a estimé que le rapprochement ne soulevait pas de difficultés concurrentielles significatives, compte tenu de la présence négligeable de la future société commune dans l’Espace économique européen.
L’autorisation concerne une unité industrielle déjà opérationnelle à Jorf Lasfar, dotée d’une capacité annuelle annoncée de 1,2 million de tonnes d’engrais phosphatés. Elle ne prévoit donc pas, à ce stade, d’augmentation des capacités de production de l’usine.
Annoncé le 17 juillet 2026, l’accord restait soumis aux autorisations réglementaires et à la satisfaction des conditions contractuelles. Le montant de la participation acquise par Koch, la valorisation de JFC1 ainsi que les modalités financières de l’opération n’ont pas été rendus publics.
Le feu vert de Bruxelles constitue ainsi une nouvelle étape dans le processus de rapprochement, sans signifier à lui seul que le transfert des actions a été définitivement réalisé.
Les ventes de JFC1 ont fortement progressé en 2025
Créée le 9 décembre 2014 et entrée en activité en avril 2015, JFC1 dispose d’installations intégrées dédiées à la fabrication d’acide sulfurique, à la production d’acide phosphorique et à la transformation de ce dernier en engrais phosphatés.
L’usine produit notamment du phosphate diammonique (DAP) et du phosphate monoammonique (MAP), deux fertilisants largement utilisés dans l’agriculture. Le document de référence de l’OCP pour l’exercice 2025 mentionne également une capacité de 1,1 million de tonnes de DAP pour cette catégorie d’installations, un chiffre qui concerne un produit spécifique et non l’ensemble des engrais phosphatés fabriqués par JFC1.
Les données commerciales illustrent la progression de l’activité de l’entreprise. Ses ventes d’engrais ont atteint 857 600 tonnes en 2025, contre 291 000 tonnes en 2024, soit une hausse de près de 195 %. En 2023, les volumes déclarés ne dépassaient pas 14 000 tonnes.
Ces chiffres correspondent aux ventes attribuées à la société dans les comptes du groupe et ne doivent pas être confondus avec les volumes effectivement produits au cours de chaque exercice.
Une deuxième société commune après Kofert
L’opération s’inscrit dans la continuité du partenariat industriel noué entre OCP et Koch en 2022. Le 30 juin de cette année-là, le groupe américain avait finalisé l’acquisition de 50 % de Jorf Fertilizers Company III, une autre unité industrielle de Jorf Lasfar, devenue depuis Kofert.
Cette première société commune dispose d’une capacité annuelle annoncée d’environ 1,3 million de tonnes d’engrais phosphatés. Ses ventes ont atteint 1,16 million de tonnes en 2025, contre 950 000 tonnes en 2024 et 879 000 tonnes en 2023, selon les données de l’OCP.
En additionnant les ventes déclarées de Kofert et de JFC1, les deux unités ont commercialisé un peu plus de 2,02 millions de tonnes d’engrais en 2025. Une fois la nouvelle opération finalisée, les deux sociétés communes représenteront environ 2,5 millions de tonnes de capacités annuelles cumulées.
Cette alliance associe les capacités industrielles et les ressources phosphatées marocaines aux réseaux commerciaux et logistiques du groupe américain, notamment sur les marchés internationaux.
Koch renforce son positionnement sur les engrais phosphatés
À travers Koch Ag & Energy Solutions, le groupe américain intervient dans les secteurs des engrais, de l’énergie, de la chimie et du négoce de matières premières. Sa filiale Koch Fertilizer est notamment spécialisée dans la production, l’approvisionnement et la distribution de fertilisants.
Le partenariat avec OCP repose également sur des relations commerciales portant sur la distribution d’engrais et l’approvisionnement en matières premières nécessaires à leur fabrication, notamment l’ammoniac et le soufre.
Lors de l’annonce de l’accord en juillet, le président de Koch Fertilizer, Scott McGinn, avait mis en avant la coopération développée avec OCP dans le cadre de Kofert et exprimé la volonté du groupe américain d’élargir son offre d’engrais phosphatés.
De son côté, le président-directeur général d’OCP Nutricrops, Faris Derrij, avait souligné l’intérêt de ce partenariat pour renforcer l’accès aux marchés, en particulier nord-américains, et contribuer à l’approvisionnement des agriculteurs.
Le marché américain au centre des enjeux commerciaux
Le développement de cette coopération intervient dans un contexte particulier pour les exportations marocaines d’engrais phosphatés vers les États-Unis.
Le 29 juin 2026, le président américain Donald Trump avait proclamé une situation d’urgence concernant l’approvisionnement du marché américain en engrais phosphatés. Cette décision avait ouvert la voie à une suspension temporaire de certains droits compensateurs appliqués aux importations en provenance du Maroc, pour une durée maximale de huit mois, susceptible de prendre fin plus tôt en cas de levée de l’état d’urgence.
Les droits instaurés en 2021 n’ont pas été supprimés : leur perception a simplement été suspendue dans le cadre de cette mesure exceptionnelle.
La Maison-Blanche avait justifié cette décision par les difficultés d’approvisionnement du marché agricole américain et les limites de la production nationale face aux besoins intérieurs. Les engrais phosphatés marocains figuraient parmi les produits susceptibles de contribuer à cet approvisionnement.
Cette évolution réglementaire américaine est intervenue quelques semaines avant l’annonce de la nouvelle opération entre Koch et OCP. Les deux groupes avaient d’ailleurs explicitement évoqué la suspension temporaire des droits compensateurs comme un facteur favorable aux échanges commerciaux avec les États-Unis.
En 2025, OCP avait commercialisé environ 858 000 tonnes d’engrais en Amérique du Nord, contre 1,02 million de tonnes en 2024. La région représentait alors 6,6 % des volumes d’engrais vendus par le groupe, contre 8,3 % un an auparavant.
Une première illustration de la reprise des expéditions vers le marché américain avait été annoncée le 17 août par OCP North America, avec l’arrivée au port de La Nouvelle-Orléans d’une cargaison d’environ 54 000 tonnes de superphosphate triple en provenance du Maroc.
Les autorisations réglementaires se succèdent
L’opération a également fait l’objet d’un examen par les autorités de concurrence d’autres juridictions. Le Comité antimonopole d’Ukraine a autorisé le rapprochement le 29 octobre, après examen d’une demande enregistrée le 18 septembre sous la référence 15-01/790-ЕКк.
Cette décision est intervenue la veille de l’autorisation européenne. Elle s’ajoute aux étapes réglementaires nécessaires à la finalisation de l’opération.
Le dossier ukrainien a également été marqué par une procédure distincte concernant la première acquisition de Koch dans le complexe de Jorf Lasfar. Le 20 octobre, l’autorité ukrainienne avait infligé deux amendes de 51 000 hryvnias chacune à KAES Phosphate Holdings et Koch Ag & Energy Solutions, pour une opération de concentration liée à Kofert réalisée sans l’autorisation requise. Cette sanction concerne la transaction antérieure de 2022 et non le projet d’acquisition de JFC1.
Avec le feu vert de Bruxelles, OCP et Koch franchissent donc une nouvelle étape dans le renforcement de leur coopération industrielle. La finalisation de cette deuxième société commune permettrait de consolider leur présence dans le secteur des engrais phosphatés et de renforcer les perspectives commerciales du groupe marocain sur les marchés internationaux, notamment en Amérique du Nord.
