La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a relevé de 105 à 135 millions de dollars le plafond du financement envisagé pour la construction d’une usine de carburant d’aviation durable à Nador West Med. Cette augmentation de 30 millions de dollars porte le montant potentiel du prêt à environ 1,25 milliard de dirhams et renforce les perspectives de développement de ce projet industriel stratégique pour le Maroc.
La décision, publiée jeudi 29 octobre, intervient deux semaines après la première présentation du dossier par la banque multilatérale, dont le siège est établi à Londres. Le financement envisagé passe ainsi de 971,47 millions à près de 1,25 milliard de dirhams, soit une progression de 28,6 %.
Une enveloppe de financement revue à la hausse
Selon la nouvelle fiche du projet, la tranche présentée comme engagée demeure fixée à 85 millions de dollars, tandis que la composante sans engagement passe de 20 à 50 millions de dollars. Cette dernière représente donc l’intégralité de l’augmentation annoncée par la BERD.
Le coût global de l’usine est estimé à 239 millions de dollars, soit environ 2,21 milliards de dirhams. Si le prêt atteint son nouveau plafond de 135 millions de dollars, il pourrait couvrir près de 56,5 % de l’investissement total. La tranche de 85 millions de dollars inscrite au récapitulatif financier représente, quant à elle, environ 35,6 % du coût du projet.
Le promoteur devra mobiliser les financements complémentaires auprès de ses actionnaires ou d’autres prêteurs associés afin de boucler le plan de financement.
Une décision attendue au conseil d’administration de la BERD
Le dossier demeure à un stade exploratoire. Il doit être soumis au conseil d’administration de la BERD le 2 décembre 2026. Cette échéance constitue une étape déterminante avant une éventuelle signature de l’accord de prêt et le lancement des premiers décaissements.
Le plafond de 135 millions de dollars ne constitue donc pas encore un financement définitivement accordé. Le montant final dépendra de la décision des administrateurs de la banque.
Le montage financier pourrait également bénéficier d’une contribution pouvant atteindre 20 millions de dollars du Fonds vert pour le climat (FVC), mécanisme créé dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et destiné notamment à soutenir les investissements climatiques du secteur privé.
L’Union européenne devrait, de son côté, intervenir à travers une garantie du Fonds européen pour le développement durable plus (EFSD+), rattaché à l’initiative Global Gateway. Ce dispositif prévoit une couverture d’une partie du risque de première perte, renforçant ainsi la protection des autres créanciers.
La société de projet, Green Sky Capital Manara, réunit plusieurs investisseurs internationaux. Son actionnariat comprend Green Sky Capital Management, le conglomérat qatari Al Mana Holding et la société saoudienne Vision Invest. La BERD est appelée à intervenir comme prêteur de premier rang, avec des garanties assorties de sûretés.
Une usine de 200 000 tonnes de carburant durable par an
Implantée sur une superficie d’environ 88 000 mètres carrés dans la zone industrielle et logistique de Betoya, près de Nador, la future installation devrait disposer d’une capacité de production pouvant atteindre 200 000 tonnes de carburant d’aviation durable par an.
Le projet reposera sur la technologie HEFA, acronyme anglais désignant l’hydrotraitement des esters et des acides gras. Ce procédé, utilisé pour transformer des matières premières d’origine biologique en carburants, sera déployé sous licence du groupe français Axens, filiale d’IFP Énergies nouvelles spécialisée dans les technologies de raffinage.
Outre le carburant destiné à l’aviation, l’usine produira également du gazole renouvelable, du bionaphta et du biopropane. Ces coproduits pourront être valorisés dans différents secteurs, notamment le transport routier, la pétrochimie et les usages gaziers.
Des matières premières locales et un marché européen stratégique
L’approvisionnement de l’installation reposera principalement sur des huiles de cuisson usagées, des graisses et d’autres résidus collectés au Maroc. Des importations pourront compléter les ressources nationales lorsque les volumes disponibles seront insuffisants.
Le projet dispose par ailleurs d’un contrat d’achat de longue durée conclu avec un client privé, élément important pour sécuriser une partie des débouchés commerciaux de la future production.
Le marché européen constitue une cible majeure pour cette filière. Depuis 2025, le règlement ReFuelEU Aviation impose progressivement l’intégration de carburants d’aviation durables dans les approvisionnements des aéroports de l’Union européenne. La part minimale exigée est fixée à 2 % depuis 2025, avant de passer à 6 % en 2030, 20 % en 2035 et 70 % à l’horizon 2050.
Dans ce contexte réglementaire, le projet de Nador West Med pourrait contribuer au développement d’une nouvelle filière industrielle marocaine tournée vers les carburants bas carbone. La révision à la hausse du financement envisagé par la BERD constitue un signal favorable, même si la concrétisation du prêt reste conditionnée à l’approbation de son conseil d’administration.
