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Anas Sefrioui cède son dernier ciment en France et accélère son virage stratégique vers l’Afrique avec CIMAF

Le milliardaire marocain Anas Sefrioui poursuit un repositionnement majeur de ses investissements industriels en cédant sa dernière cimenterie située en France. Cette opération marque la fin de son exposition directe au marché européen du ciment et confirme un recentrage stratégique vers le continent africain, où son groupe Ciments de l’Afrique (CIMAF) connaît une expansion rapide et continue.

Selon des sources spécialisées du secteur, cette usine constituait le dernier actif industriel européen de Sefrioui dans le ciment. Cette décision s’inscrit dans une logique d’arbitrage économique visant à privilégier des marchés à forte croissance, notamment en Afrique subsaharienne, où les besoins en infrastructures restent structurellement élevés.

Une industrie européenne sous fortes contraintes économiques et environnementales

Le désengagement intervient dans un contexte particulièrement difficile pour l’industrie cimentière européenne. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la production de ciment représente environ 7 % à 8 % des émissions mondiales de CO₂, ce qui en fait l’un des secteurs industriels les plus exposés aux politiques climatiques.

Dans l’Union européenne, les entreprises du secteur font face à un double choc : la hausse des coûts énergétiques et le durcissement des réglementations environnementales. Depuis 2022, les prix de l’énergie ont connu des pics dépassant parfois +50 % par rapport aux niveaux pré-crise, impactant fortement les coûts de production.

Par ailleurs, la Commission européenne a renforcé ses exigences de réduction des émissions dans le cadre du Green Deal, imposant des investissements lourds dans la décarbonation des sites industriels, estimés dans certains cas à plusieurs dizaines de millions d’euros par usine pour moderniser les installations.

En parallèle, le marché européen du bâtiment a ralenti, avec une baisse estimée entre -8 % et -12 % des permis de construire dans plusieurs pays au cours des cycles récents, entraînant une contraction de la demande en ciment et une pression supplémentaire sur les marges des producteurs.

CIMAF : une expansion africaine dans plus de 12 pays

À l’inverse, Ciments de l’Afrique (CIMAF) poursuit une dynamique de croissance soutenue sur le continent africain depuis sa création en 2011 par Anas Sefrioui.

Le groupe est aujourd’hui implanté dans plus de 12 pays africains, notamment la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la Guinée, le Gabon, le Burkina Faso, le Tchad, le Congo et le Mali. Cette stratégie repose sur une logique d’implantation locale visant à produire au plus près des marchés de consommation afin de réduire les coûts logistiques et de capter la croissance des infrastructures.

Une demande africaine portée par des fondamentaux démographiques solides

L’Afrique constitue aujourd’hui l’un des marchés les plus dynamiques au monde pour les matériaux de construction. Selon la Banque africaine de développement (BAD), le continent nécessite entre 130 et 170 milliards de dollars d’investissements annuels en infrastructures pour combler son déficit structurel.

Les perspectives de demande en ciment sont particulièrement élevées : les estimations sectorielles tablent sur une consommation pouvant atteindre 250 à 300 millions de tonnes par an d’ici 2030, soutenue par l’urbanisation rapide et la croissance démographique.

Les projections des Nations unies indiquent par ailleurs que la population africaine pourrait dépasser 2,5 milliards d’habitants à l’horizon 2050, ce qui entraînera une demande massive en logements, routes, équipements publics et infrastructures urbaines.

De l’immobilier à l’industrie : une intégration verticale maîtrisée

Le parcours de Anas Sefrioui s’appuie initialement sur le succès du Groupe Addoha, leader marocain de la promotion immobilière, notamment dans le logement social. Cette expérience a permis la mise en place d’une stratégie d’intégration verticale, reliant la production de matériaux de construction à la réalisation de projets immobiliers.

Ce modèle industriel permet une meilleure maîtrise des coûts et des chaînes d’approvisionnement, tout en sécurisant les débouchés du ciment dans les marchés immobiliers et d’infrastructures.

Une fortune estimée à plus d’un milliard de dollars

Selon les estimations du magazine Forbes, la fortune de Anas Sefrioui est évaluée à environ 1,3 milliard de dollars en 2026. Cette richesse reflète la solidité de son empire industriel, malgré les cycles difficiles du secteur immobilier marocain marqué par la hausse des taux d’intérêt et le ralentissement de la demande.

Une stratégie tournée vers la croissance africaine

La vente de l’actif français illustre ainsi un choix stratégique clair : réduire l’exposition à un marché européen mature, coûteux et fortement régulé, pour se concentrer sur l’Afrique, où la croissance démographique, l’urbanisation et les besoins en infrastructures continuent de soutenir une demande structurelle forte en ciment.

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