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Le Maroc parie sur le dessalement pour ne plus jamais manquer d’eau

Revue de presse — D'après L'Économiste, édition du 12 mai 2026

Face à des sécheresses qui s’allongent et des nappes phréatiques qui s’épuisent, le Royaume vient de signer un accord historique pour bâtir sa propre industrie du dessalement. Un tournant dans la manière dont il envisage sa souveraineté sur l’eau.

C’est ce que révèle L’Économiste dans son édition du 12 mai 2026 : le Maroc ne dessale aujourd’hui que 320 millions de mètres cubes d’eau de mer par an. D’ici 2030, il vise 1,7 milliard. Soit plus de cinq fois sa capacité actuelle, en moins d’une décennie. Ce n’est pas une promesse de campagne. C’est un chantier déjà lancé, porté par un accord-cadre officiel signé avec les principaux acteurs du secteur, et dont les premières usines doivent entrer en service avant 2027.

Le signal est clair : pour le Maroc, l’eau ne peut plus dépendre du ciel seul.

Quand la pluie ne suffit plus

Le changement climatique a modifié la donne de façon durable. Les hivers sont plus courts, les précipitations plus erratiques, et les barrages — longtemps colonne vertébrale de la politique hydrique nationale — voient leurs niveaux osciller dangereusement. Dans ce contexte, continuer à miser uniquement sur les ressources naturelles relève de la imprudence.

Le gouvernement a donc opté pour une stratégie d’anticipation. L’accord signé cette semaine avec les industriels du secteur ne se contente pas de commander de nouvelles usines : il ambitionne de construire une filière nationale du dessalement, de bout en bout, avec des composants fabriqués au Maroc, par des entreprises marocaines ou implantées au Maroc.

« Cette stratégie permettra non seulement de garantir notre sécurité hydrique, mais aussi de créer de la valeur ajoutée locale et de renforcer notre autonomie industrielle », a déclaré un responsable du ministère de l’Équipement et de l’Eau.

De 35 % à 70 % : l’enjeu industriel

Aujourd’hui, rappelle L’Économiste, le taux d’intégration locale dans le secteur du dessalement plafonne entre 30 et 35 %. Autrement dit, les deux tiers des équipements, technologies et composants utilisés dans les stations marocaines viennent de l’étranger. L’objectif affiché est de porter ce ratio à 70 % d’ici 2030 — un bond qui implique innovation, formation, transferts de technologies et partenariats industriels à grande échelle.

C’est là que l’accord-cadre prend tout son sens. Il ne s’agit pas seulement de construire des usines, mais de faire émerger une filière compétitive, capable demain d’exporter son savoir-faire sur les marchés africain et moyen-oriental. Le dessalement comme levier d’indépendance, mais aussi comme vecteur de rayonnement économique.

Des chantiers concrets, des délais serrés

Sur le terrain, les projets sont déjà en cours. Quatre nouvelles stations de dessalement sont en construction à Nador, Tanger, Rabat et Casablanca, pour une capacité cumulée de 540 millions de mètres cubes par an. Leur mise en service est attendue avant 2027 — ce qui représente un calendrier serré, mais réaliste au regard des investissements engagés.

L’objectif final est ambitieux : faire passer la part du dessalement dans l’alimentation en eau potable nationale de 25 % aujourd’hui à 60 % en 2030. Une inversion de logique profonde : l’eau de mer, autrefois ressource de dernier recours, deviendrait la source principale d’approvisionnement des ménages marocains.

Le solaire pour alimenter les stations

Une question se pose immédiatement : dessaler l’eau est énergivore. Très énergivore. Le Maroc a anticipé la critique. Les nouvelles stations seront alimentées par les énergies renouvelables — solaire en tête — conformément aux engagements de la stratégie nationale de transition énergétique.

Cette cohérence n’est pas anodine. Elle traduit une vision intégrée où la politique de l’eau et la politique énergétique ne s’opposent plus, mais se renforcent mutuellement. Le futur port de Tan-Tan, dédié à l’exportation d’hydrogène vert et d’ammoniac, s’inscrit dans cette même logique de convergence.

Nappes phréatiques, bassins interconnectés : une stratégie à plusieurs bras

Le dessalement n’est qu’un pilier d’un dispositif plus large. Le Maroc déploie en parallèle plusieurs chantiers complémentaires pour sécuriser ses ressources en eau sur le long terme.

Des contrats de gestion des nappes phréatiques doivent encadrer et limiter les extractions excessives, notamment les puits non déclarés qui saignent les aquifères depuis des décennies. Des interconnexions hydrauliques entre bassins versants sont accélérées — à commencer par la liaison entre le Sebou et le Bouregreg, deux des principaux fleuves du nord et du centre du pays. Et un renforcement institutionnel est à l’œuvre pour anticiper des scénarios climatiques plus sévères que ceux déjà vécus.

Un pari sur l’avenir

Ce qui frappe dans cette stratégie, c’est son refus de la résignation. Face à un climat qui change, le Maroc ne subit pas : il investit, il industrialise, il planifie. Le pari est risqué — les délais sont ambitieux, les financements considérables, les défis techniques réels. Mais l’alternative — attendre la prochaine sécheresse en espérant qu’elle sera moins sévère — n’en est pas une.

L’eau, pour longtemps encore, sera au cœur des tensions du XXIe siècle. Le Maroc a choisi de ne pas en manquer.

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