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Des architectes dénoncent l’injustice juridique et appellent à sauver la profession de la marginalisation

Le Syndicat des Architectes appelle à une réforme globale du secteur et alerte sur le désordre ambiant

La ville de Casablanca a accueilli, vendredi 17 avril, un colloque scientifique organisé par le Syndicat National des Architectes Privés (SNAP), sous le thème : « L’urbanisme et son impact sur l’environnement ». Cette rencontre a constitué une tribune pour les architectes afin de débattre des contraintes de la profession, des dysfonctionnements du secteur de l’urbanisme et de l’aménagement urbain, et d’exprimer la profondeur de la crise que traverse la profession d’architecte au Maroc. Les travaux ont abouti à un appel fort en faveur d’une réforme urgente, mettant fin à ce que les professionnels qualifient « d’injustice juridique » et réhabilitant le rôle de l’architecte.

À travers les interventions de professionnels et d’experts, le colloque a mis en lumière l’accumulation de déséquilibres structurels affectant le secteur, notamment la faiblesse du cadre juridique encadrant la profession, l’absence de conditions de concurrence loyale, ainsi que le recul du rôle de l’architecte dans le processus d’urbanisme. Cette situation a, dans de nombreux cas, réduit sa mission à une simple signature de plans, sans implication effective dans le suivi et l’exécution des projets.

Dans ce contexte, Hassan El Menjra, président du Syndicat National des Architectes, a souligné que la profession fait face à des défis sans précédent menaçant sa position et son rôle central dans le développement urbain. Il a précisé que l’absence d’une protection juridique efficace ouvre la voie à des pratiques qui portent atteinte à la profession et la vident de sa substance, insistant sur le fait que la dignité de l’architecte est aujourd’hui mise à l’épreuve dans un contexte marqué par le désordre et l’imbrication non régulée des compétences.

Il a également ajouté que le fait de se limiter à la signature des plans, sans permettre à l’architecte d’assurer le suivi des chantiers, constitue l’une des formes les plus manifestes d’injustice professionnelle. Une situation qui ne se répercute pas uniquement sur la condition de l’architecte, mais menace également la qualité des projets et la sécurité des constructions, consacrant ainsi une marginalisation systématique de son rôle.

De son côté, Ali Gassous, vice-président du syndicat, a mis en avant l’état de désordre que connaît le secteur, en raison de la faiblesse des mécanismes de contrôle et du manque de rigueur dans l’application des lois. Il a indiqué que de nombreux projets sont réalisés en dehors des normes techniques et des standards requis, ce qui impacte négativement le paysage urbain et pose de réels risques pour la sécurité des citoyens.

Gassous a également présenté des exemples concrets tirés de la pratique professionnelle, illustrant l’ampleur des contraintes auxquelles font face les architectes, que ce soit au sein des administrations publiques ou dans le secteur privé. Il a insisté sur le fait que l’absence d’égalité des chances et la persistance de formes de discrimination professionnelle soulèvent de sérieuses interrogations quant à l’avenir de la profession au Maroc.

Au-delà du diagnostic, le colloque a débouché sur une série de recommandations pratiques, en tête desquelles figure l’appel à une révision globale du cadre juridique régissant la profession d’architecte, afin de garantir la protection des droits des professionnels et de renforcer leur position dans le processus d’urbanisme. Les participants ont également insisté sur la nécessité d’instaurer l’obligation du suivi des chantiers par l’architecte, en tant que condition essentielle pour assurer la qualité des constructions et la sécurité des projets.

Les intervenants ont par ailleurs appelé à renforcer les mécanismes de contrôle et de reddition des comptes, à mettre fin à l’état de laxisme qui prévaut dans le secteur, et à lutter contre toutes les pratiques qui marginalisent les compétences nationales au profit de solutions rapides au détriment de la qualité et des normes professionnelles.

Le colloque a également été l’occasion d’alerter sur les conséquences graves du statu quo, qui ne nuit pas seulement à la profession d’architecte, mais impacte directement la qualité de vie en milieu urbain, ainsi que l’équilibre environnemental et territorial. Les participants ont unanimement affirmé que la réhabilitation de l’architecte constitue un levier fondamental pour instaurer un développement urbain durable, fondé sur la qualité, l’innovation et le respect des normes.

En conclusion, les architectes ont exprimé leur espoir de voir le gouvernement et le Parlement réagir favorablement à ces revendications, soulignant que la conjoncture actuelle exige des décisions courageuses capables de restaurer la confiance et de mettre fin aux dysfonctionnements existants. Ils ont averti que la poursuite de l’inaction ne ferait qu’aggraver la crise et ouvrir la voie à davantage de dérives dans un secteur vital directement lié à la sécurité et au bien-être des citoyens.

Le message issu de ce colloque est sans équivoque : il ne peut y avoir de développement urbain équilibré sans un architecte pleinement habilité, juridiquement protégé et en mesure d’exercer pleinement ses missions de conception, de suivi et de contrôle. Toute réforme réelle du secteur de l’urbanisme passe inévitablement par la réhabilitation de cette profession et la mise à terme des injustices dont elle souffre depuis des années.

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