Le nouveau gouvernement table sur une croissance de 3,7% l’an prochain, quand Bank Al-Maghrib en attend 2,9% et le HCP 3%. Il promet aussi un déficit de 3%, que la banque centrale voit à 3,5%.
Le premier budget du gouvernement El Mansouri tient en un écart : 3,7% de croissance pour Rabat, 2,9% pour Bank Al-Maghrib, 3% pour le HCP.
La nouvelle équipe a hérité d’un cadrage du gouvernement sortant, qui tablait encore sur 4,1%. Elle l’a raboté, pas assez pour rejoindre les autres institutions.
Le piège de la récolte
Officiellement, le recul vient de l’agriculture. Après une récolte exceptionnelle de 93 millions de quintaux, le texte en retient 70 pour 2027. Cette année, l’activité agricole a bénéficié du retour des pluies. Bank Al-Maghrib table sur une hausse de 16%. L’an prochain, en revanche, le gouvernement n’attend plus qu’un progrès de 0,5%. Le HCP va plus loin et anticipe un repli de 6,8%, Bank Al-Maghrib de 7,6%. Une bonne partie du désaccord tient là.
Mais la pluie ne dit pas tout. Bank Al-Maghrib a revu à la baisse ses activités non agricoles pour 2026. Elles ne progresseraient plus que de 3,1%, après une prévision plus favorable en début d’année. La banque centrale pointe des mines et une industrie moins bien orientées que prévu.
Un rebond à prouver
Tous parient pourtant sur le même rebond. En 2027, le gouvernement comme Bank Al-Maghrib attendent autour de 4% de croissance hors agriculture, quand le HCP table sur 4,2%. C’est le vrai pari du budget. Car ce moteur a marqué le pas : il n’avait progressé que de 3,9% en 2025, contre 5,1% en 2024.
Dix ans de dépendance
Le constat n’est pas neuf. Avant le Covid, le Maroc croissait en moyenne de 2,9% par an ; entre 2022 et 2024, de 3,3%. Rien qui ressemble aux 5% de croissance moyenne que promet le nouveau gouvernement. Certes, les performances passées n’augurent pas mécaniquement de celles à venir. Mais elles rappellent que l’économie marocaine avance surtout au rythme des pluies, plus qu’à celui de l’industrie. Les comptes publics, eux, se sont nettement améliorés : le déficit est tombé de 7,1% du PIB en 2020 à 3,5% l’an dernier, sous son niveau d’avant-crise, et la dette a reculé de plus de cinq points.
Un programme à financer
C’est sur ce socle que le gouvernement empile ses promesses notamment 62 milliards de dirhams de mesures sociales, une baisse de l’impôt sur le revenu étalée jusqu’en 2031, l’ambition d’une croissance moyenne de 5%. Le tout avec un déficit tenu à 3%.
Au Conseil de politique monétaire de fin d’année, on verra si les positions se rapprochent ou si le gouvernement reste seul avec son chiffre.
