L’Union européenne a importé pour 137 millions d’euros de phosphate naturel marocain, soit environ 1,51 milliard de dirhams, entre janvier et septembre 2026. Selon une analyse publiée le mardi 27 octobre par le groupe suédois Ragn-Sells, spécialisé dans la gestion et le recyclage des déchets, le Maroc occupe la deuxième place des fournisseurs européens, derrière la Russie, dont les ventes ont atteint 170 millions d’euros sur la même période.
Ces chiffres mettent en évidence le poids du Maroc sur le marché européen du phosphate naturel, mais aussi la progression des exportations russes. Ils illustrent également la distinction entre les importations de minerai brut et celles des produits phosphatés transformés, un segment sur lequel le Royaume occupe une position majeure.
Le Maroc représente plus de 30 % des importations européennes
Avec 137 millions d’euros de ventes sur les neuf premiers mois de l’année, le Maroc représente environ 30,6 % des dépenses de l’Union européenne consacrées aux importations de phosphate naturel en provenance de pays extérieurs au bloc communautaire.
La Russie arrive en tête avec 170 millions d’euros, soit près de 1,87 milliard de dirhams, et une part estimée à 38 % du marché. L’écart entre les deux pays atteint ainsi 33 millions d’euros, les achats européens auprès des fournisseurs russes dépassant de près de 24 % ceux réalisés auprès du Maroc.
L’Afrique du Sud complète le podium avec 48 millions d’euros, soit environ 528 millions de dirhams, représentant 10,7 % des importations concernées. Les autres pays fournisseurs totalisent collectivement près de 92 millions d’euros.
Sur la base de ces proportions, le marché européen du phosphate naturel importé depuis des pays tiers peut être estimé à environ 447 millions d’euros sur la période étudiée.
Les exportations russes progressent au troisième trimestre
Les données disponibles montrent que la concurrence entre Moscou et Rabat s’est accentuée au fil de l’année. Au premier trimestre 2026, l’Union européenne avait acheté pour 53,8 millions d’euros de phosphate naturel russe, contre 47,7 millions d’euros de produit marocain. L’Égypte occupait alors la troisième place avec 11,6 millions d’euros.
À la fin du mois de juin, les importations européennes en provenance de Russie atteignaient 105 millions d’euros, soit 34 % du total en valeur. Le Maroc suivait de près avec 98 millions d’euros et une part de 32 %, tandis que l’Égypte totalisait 24 millions d’euros, soit 8 %.
La comparaison entre les chiffres du premier semestre et ceux arrêtés à fin septembre fait apparaître environ 65 millions d’euros d’achats russes au troisième trimestre, contre 39 millions d’euros pour le Maroc. Ces montants sont toutefois indicatifs, puisqu’ils résultent de la différence entre deux publications successives et que les données les plus récentes de la Commission européenne restent provisoires.
Sur l’ensemble des neuf premiers mois de 2026, les importations russes ont progressé de 17 % sur un an, selon Ragn-Sells, atteignant leur niveau le plus élevé pour cette période depuis 2016. Cette hausse représente environ 25 millions d’euros supplémentaires par rapport à la même période de 2025.
Phosphate naturel et engrais transformés : une distinction essentielle
Les 137 millions d’euros attribués au Maroc concernent exclusivement le phosphate naturel, c’est-à-dire la matière première extraite avant sa transformation industrielle. Ce montant ne comprend donc pas les exportations marocaines d’acide phosphorique, de phosphate diammonique, de phosphate monoammonique ou encore d’engrais composés NPK.
Cette distinction est essentielle pour apprécier la place réelle du Royaume dans les échanges européens. En 2025, lorsque l’analyse englobe un ensemble plus large de produits comprenant les phosphates, les engrais phosphatés et les engrais composés, le Maroc s’est classé premier fournisseur de l’Union européenne, avec 1,6 milliard d’euros de ventes, soit environ 17,61 milliards de dirhams.
La Russie arrivait alors en deuxième position avec 890 millions d’euros, devant Israël, la Norvège et la Tunisie. Les exportations marocaines de produits transformés représentent ainsi un volet important des approvisionnements européens, dont la valeur dépasse largement celle du seul minerai brut.
Le phosphore, une matière première stratégique pour l’agriculture européenne
La Commission européenne classe la roche phosphatée et le phosphore parmi les matières premières critiques. Ces ressources sont indispensables à la fabrication des engrais minéraux et interviennent également dans la production d’aliments pour animaux.
Dans le domaine agricole, le phosphore joue un rôle essentiel et ne dispose pas de substitut direct pour ses principales applications. Or, les capacités d’extraction au sein de l’Union restent limitées. Selon les données reprises par Ragn-Sells, l’unique mine de phosphate encore en activité dans l’UE, située en Finlande, couvre moins de 10 % des besoins agricoles des Vingt-Sept.
Cette dépendance à l’égard des importations explique l’attention portée à la diversification des fournisseurs et à la sécurisation des approvisionnements. Elle renforce également l’intérêt pour les solutions permettant de récupérer le phosphore contenu dans les déchets.
Ragn-Sells défend le développement du phosphore recyclé
L’analyse publiée par Ragn-Sells s’appuie sur le tableau de bord des échanges d’engrais de la direction générale de l’agriculture de la Commission européenne. Cet outil agrège notamment les données douanières d’Eurostat-Comext et les statistiques européennes de surveillance des importations.
Le groupe suédois défend parallèlement le développement du recyclage du phosphore à travers sa filiale EasyMining, qui a conçu le procédé Ash2Phos. Cette technologie permet de récupérer plus de 90 % du phosphore contenu dans les cendres issues de l’incinération des boues d’épuration.
Ragn-Sells construit en Allemagne une première usine industrielle destinée à produire du phosphate de calcium recyclé. Le groupe s’appuie notamment sur les chiffres des importations européennes de phosphate naturel russe et marocain pour plaider en faveur d’une évolution de la réglementation européenne.
Selon l’entreprise, les règles actuelles empêchent encore l’utilisation du phosphore récupéré dans l’alimentation animale. La société souhaite donc une révision de ce cadre afin de favoriser la valorisation de cette ressource secondaire.
Au-delà de la concurrence entre fournisseurs, le débat porte ainsi sur la capacité de l’Europe à réduire sa dépendance aux matières premières importées. Pour le Maroc, l’enjeu consiste à consolider sa place sur le marché européen, aussi bien dans le phosphate naturel que dans les produits phosphatés transformés, tout en évoluant dans un secteur où les questions de sécurité d’approvisionnement et d’économie circulaire prennent une importance croissante.
