Le groupe public chinois China Energy Engineering Corporation (CEEC) a mené, du 13 au 18 octobre 2026, une mission d’inspection sur ses deux principaux chantiers au Maroc : la centrale électrique à gaz d’Al Wahda, d’une puissance de 990 mégawatts, et le lot 9 de la ligne à grande vitesse (LGV) Kénitra-Marrakech. Cette opération visait à contrôler la conformité des activités, la gestion des projets et le respect des engagements contractuels, dans un contexte marqué par l’importance stratégique des investissements énergétiques et ferroviaires du Royaume.
Une mission axée sur la conformité et la gestion des risques
La délégation était conduite par Zhao Jianchang, secrétaire de la commission de contrôle disciplinaire de CEEC et membre du comité permanent du Parti communiste chinois au sein du groupe. Selon le communiqué de l’entreprise, les inspections ont porté sur les procédures internes, la maîtrise des risques, les pratiques d’intégrité dans les activités internationales et l’application des mesures correctives décidées par la direction.
La mission a mobilisé des représentants des services d’inspection du comité du Parti, de la commission disciplinaire, du département des affaires internationales et de la branche internationale de CEEC.
Sur les deux chantiers marocains, Zhao Jianchang a examiné le respect des contrats, les méthodes de gestion et les perspectives commerciales. Il a appelé les responsables à concilier le respect des délais avec la sécurité des travaux, la qualité des prestations et l’application rigoureuse des règles de probité.
Cette démarche s’inscrit dans une politique de contrôle des activités internationales du groupe, qui cherche à renforcer la conformité de ses opérations et à prévenir les risques liés à l’exécution de contrats à l’étranger.
Centrale d’Al Wahda : un projet énergétique de 990 MW
Située à proximité du barrage Al Wahda, dans la région d’Ouazzane, la centrale électrique à gaz d’Al Wahda constitue l’un des principaux projets énergétiques confiés à CEEC au Maroc. Le groupe chinois réalise le chantier pour le compte de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), en partenariat avec le constructeur japonais Mitsubishi Power.
Le contrat couvre les études, la fourniture des équipements, la construction et la mise en service de l’installation. Le projet comprend également un poste électrique de 400 kilovolts destiné à assurer le raccordement au réseau.
L’équipement principal repose sur deux turbines à gaz M701JAC fournies par Mitsubishi Heavy Industries, d’une puissance annoncée de 495 mégawatts chacune, associées à des alternateurs de Mitsubishi Generator. Fonctionnant en cycle simple, ces machines sont conçues pour atteindre rapidement leur régime de production et contribuer à répondre aux variations de la demande électrique.
Le constructeur japonais a également conçu ces turbines pour fonctionner avec un mélange de gaz naturel et d’hydrogène. Cette caractéristique ouvre des possibilités d’évolution vers des combustibles moins carbonés, sous réserve des conditions techniques et de l’approvisionnement nécessaires.
Lors de l’annonce du contrat, Mitsubishi avait indiqué que la puissance de la centrale représenterait environ 7 % de la capacité du réseau électrique marocain prise comme référence à cette époque. La mise en service avait alors été annoncée pour 2027. Le groupe japonais a par ailleurs conclu avec l’ONEE un accord de maintenance de longue durée portant sur les équipements fournis.
Des étapes importantes franchies sur le chantier énergétique
Les publications techniques des filiales chinoises chargées de la construction permettent de retracer plusieurs avancées enregistrées sur le site d’Al Wahda.
Le 23 novembre 2025, les équipes ont achevé le radier de fondation de la première turbine après dix-neuf heures de bétonnage, avec un volume de 1 875 mètres cubes. Le radier de la seconde turbine a été réalisé le 10 janvier 2026, au terme de quinze heures de travaux et avec 1 759 mètres cubes de béton coulés.
Le 4 août 2026, les ouvriers ont ensuite installé la première colonne métallique de la charpente destinée aux équipements de levage. Ces opérations illustrent la progression des travaux de génie civil et de préparation des structures nécessaires à l’installation des équipements industriels.
L’inspection d’octobre intervient ainsi dans une phase importante du projet, où la coordination des travaux, le respect des exigences de sécurité et la maîtrise des délais demeurent essentiels pour préparer la future mise en service.
LGV Kénitra-Marrakech : six ponts sur le lot 9
Le second chantier visité par la délégation chinoise concerne le lot 9 de la ligne à grande vitesse Kénitra-Marrakech. Le marché a été attribué le 22 novembre 2024 à China Gezhouba Group, filiale de CEEC spécialisée dans les travaux publics.
Le contrat porte sur un tronçon de 6,23 kilomètres entre Rabat et Casablanca, comprenant notamment la construction de six ponts, pour une durée contractuelle de trente-trois mois. Les travaux doivent respecter les normes techniques françaises et marocaines.
Ce lot s’inscrit dans un programme ferroviaire de 430 kilomètres conçu pour permettre des vitesses d’exploitation allant jusqu’à 320 kilomètres par heure. Lors de l’attribution du marché, CEEC avait présenté ce contrat comme sa première opération de construction de ligne à grande vitesse à l’étranger.
Le projet représente donc une étape importante pour le groupe chinois sur le marché ferroviaire international, tout en s’inscrivant dans le développement des infrastructures de transport au Maroc.
Le pont de Nfifikh, un ouvrage technique majeur
Parmi les ouvrages du lot 9, le pont de Nfifikh figure parmi les principales difficultés techniques du chantier. Long de 810 mètres, il doit franchir une vallée présentant des dénivelés supérieurs à 71 mètres.
Selon China Gezhouba, certaines piles atteignent 51 mètres de hauteur, tandis que la portée principale est de 70 mètres. La configuration du terrain et les caractéristiques géologiques imposent des exigences élevées en matière de fondations, de stabilité des structures et de contrôle de la qualité.
Le 19 juin 2026, les équipes ont coulé la première semelle de fondation après quinze heures de travail continu. À cette date, treize semelles restaient à réaliser, selon les informations publiées par l’entreprise.
Le chantier nécessite notamment une surveillance de la température du béton, des contrôles géométriques des armatures et une coordination étroite entre les équipes chinoises, l’Office national des chemins de fer (ONCF), maître d’ouvrage, et la maîtrise d’œuvre française.
Ces contraintes techniques expliquent l’importance accordée au suivi des procédures, à la sécurité et à la gestion des risques lors de l’inspection menée par CEEC.
Un suivi renforcé des projets marocains
La mission d’octobre n’est pas la première visite de contrôle organisée par la direction de CEEC sur ces deux chantiers. Du 20 au 29 mai 2026, Yin Qiang, vice-président du groupe chargé de la sécurité, avait déjà inspecté la centrale d’Al Wahda et le lot 9 de la LGV.
Cette précédente visite portait notamment sur les risques techniques, les procédures de gestion et le respect des engagements pris envers les maîtres d’ouvrage.
La répétition de ces missions témoigne de l’importance accordée par le groupe chinois à ses projets marocains, qui couvrent deux secteurs stratégiques : la production d’électricité et les infrastructures ferroviaires à grande vitesse.
Pour CEEC, l’enjeu consiste désormais à poursuivre l’exécution de ces contrats dans le respect des exigences de sécurité, de qualité et de conformité, tout en maîtrisant les délais et les risques opérationnels. Pour le Maroc, ces chantiers participent au développement des capacités énergétiques et à la modernisation du réseau de transport ferroviaire.
