Le Maroc franchit une nouvelle étape dans le développement de son industrie de l’hydrogène vert. Les six projets sélectionnés dans les régions de Guelmim-Oued Noun, Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab entrent dans les phases d’études préliminaires d’ingénierie (pré-FEED), puis d’ingénierie de base (FEED), selon le ministère de l’Économie et des Finances (MEF).
L’ensemble représente une enveloppe annoncée de 34 milliards de dollars, soit environ 334 milliards de dirhams. Les projets sont dimensionnés pour mobiliser 17,3 gigawatts de capacités électriques renouvelables, installer 6,5 gigawatts d’électrolyse et produire jusqu’à un million de tonnes d’hydrogène par an.
Cette évolution marque une avancée dans la structuration de l’Offre Maroc de l’hydrogène vert. Elle ne signifie toutefois pas que les investissements sont définitivement engagés : les études techniques, les conditions de financement et les décisions finales d’investissement restent déterminantes pour la concrétisation de chaque projet.
Trois régions du Sud au cœur des investissements
Le portefeuille retenu par les autorités marocaines prévoit deux projets dans la région de Guelmim-Oued Noun, un à Laâyoune-Sakia El Hamra et trois à Dakhla-Oued Eddahab. Les futures installations industrielles seront principalement consacrées à la production d’ammoniac. Elles pourront également produire du méthanol, des carburants de synthèse et de l’acier vert.
La réalisation de ces projets repose sur la participation de plusieurs groupes internationaux et nationaux issus des secteurs de l’énergie, des infrastructures et des équipements industriels.
Le consortium ORNX associe l’américain Ortus Power Resources, le groupe espagnol d’infrastructures Acciona et le fabricant allemand d’éoliennes Nordex. Parmi les autres investisseurs figurent Taqa, groupe public émirati, associé à l’énergéticien espagnol Moeve, anciennement Cepsa, ainsi que Nareva Holding, groupe énergétique marocain, et Acwa Power, société saoudienne cotée.
Le dernier projet est porté par les groupes chinois United Energy Group et China Three Gorges.
Initialement annoncé en mars 2025 à hauteur de 319 milliards de dirhams, le portefeuille est désormais évalué à 34 milliards de dollars dans les documents budgétaires. Les consortiums sélectionnés avaient reçu des contrats de réservation de terrain d’une durée de six mois, selon le Partenariat énergétique maroco-allemand.
Des études techniques avant les décisions d’investissement
Le passage aux études pré-FEED et FEED constitue une étape essentielle dans la préparation des installations industrielles. Les premières études doivent préciser les procédés envisagés, les besoins en électricité et en eau, l’implantation des unités de production, les raccordements nécessaires ainsi qu’une première estimation des coûts.
Les études FEED permettront ensuite de définir la configuration technique de référence, le calendrier de réalisation et le budget prévisionnel. Ces travaux constituent des jalons importants avant la décision finale d’investissement.
Le lancement effectif des chantiers dépendra toutefois des conclusions de ces études, mais également de la mobilisation des financements, de la conclusion des contrats de vente, de l’obtention des autorisations et des conditions propres à chaque projet. Les six dossiers pourraient donc avancer selon des calendriers différents.
Masen chargée d’accompagner les investisseurs
L’Agence marocaine pour l’énergie durable (Masen) joue un rôle central dans le suivi de cette nouvelle phase. Selon le rapport consacré aux entreprises publiques annexé aux documents budgétaires, elle est chargée d’accompagner les investisseurs sélectionnés et de suivre les études pré-FEED et FEED des projets retenus.
L’expérience du projet Chbika illustre l’avancement progressif de ce type d’initiative. Le 17 septembre 2025, Masen avait annoncé la clôture réussie des études pré-FEED de ce projet porté par TotalEnergies H2, filiale du groupe français TotalEnergies. Chbika reste néanmoins distinct des six projets sélectionnés en mars 2025.
Pour 2027, les investissements de Masen devraient atteindre 7,01 milliards de dirhams à l’échelle de l’ensemble de son portefeuille, selon les documents budgétaires.
Des capacités renouvelables considérables pour le Maroc
Les six projets d’hydrogène vert affichent une puissance renouvelable cumulée de 17,3 gigawatts. Cette capacité représente environ 42 % de plus que la puissance électrique installée au Maroc à la fin de 2025, estimée à 12 214 mégawatts.
Au-delà des installations solaires et éoliennes, leur développement nécessitera des électrolyseurs, des systèmes d’approvisionnement en eau, des unités de conversion industrielle et des infrastructures destinées à l’expédition des produits finis.
L’ampleur des équipements à déployer souligne l’importance des investissements nécessaires pour faire émerger une filière intégrée, depuis la production d’électricité renouvelable jusqu’à la fabrication de produits industriels destinés notamment aux marchés de l’ammoniac, du méthanol et des carburants de synthèse.
La concrétisation de ces ambitions dépendra de la capacité à transformer les études en décisions d’investissement, puis à réunir les financements et les débouchés commerciaux indispensables à la rentabilité des installations.
Nador West Med au centre de la future infrastructure gazière
En parallèle du développement de l’hydrogène vert, le Maroc prépare le renforcement de ses infrastructures gazières. Les documents budgétaires prévoient notamment un terminal à Nador West Med, dans le nord-est du Royaume, destiné à recevoir, stocker et regazéifier du gaz naturel liquéfié.
Sa capacité maximale est fixée à cinq milliards de mètres cubes par an. Le dispositif doit également comprendre une centrale électrique à cycle combiné de 1 200 mégawatts et un gazoduc d’environ 130 kilomètres reliant le terminal au gazoduc Maghreb-Europe.
Le réseau projeté inclut aussi une conduite d’environ 220 kilomètres en direction de Mohammedia, ainsi que deux embranchements de treize et dix-neuf kilomètres destinés à desservir Kénitra et Mohammedia.
Un avis publié le 23 avril 2025 avait permis au ministère de consulter les entreprises au sujet de ces ouvrages, avec une mise en service alors envisagée en 2027. Les documents budgétaires pour 2027 prévoient désormais une exécution progressive des différentes composantes.
Une capacité gazière appelée à atteindre dix milliards de mètres cubes
À moyen terme, la capacité du dispositif gazier marocain devrait atteindre dix milliards de mètres cubes par an, à l’horizon de cinq à six ans, selon la feuille de route présentée par le ministère. Cette capacité serait répartie à parts égales entre le terminal de Nador et un futur terminal atlantique.
Après 2030, les projets envisagés comprennent notamment ce second terminal, une unité de regazéification au port de Dakhla Atlantique et de nouvelles conduites destinées à compléter le réseau national.
Le ministère anticipe également une connexion future avec les réseaux mauritanien et sénégalais, dans la perspective du développement du gazoduc africain atlantique. Les infrastructures projetées sont par ailleurs présentées comme potentiellement compatibles, à terme, avec le transport d’hydrogène et d’autres gaz.
Entre le lancement des études de ses grands projets d’hydrogène vert et la préparation de nouvelles infrastructures gazières, le Maroc poursuit ainsi la structuration de son système énergétique. La prochaine étape consistera à concrétiser ces projets sur les plans technique, financier et industriel, tout en confirmant leur calendrier de réalisation.
