Le britannique Quadrise a franchi une nouvelle étape dans son partenariat avec le groupe marocain OCP. Le spécialiste des combustibles en émulsion a annoncé, lundi 26 octobre 2026, avoir obtenu l’approbation du fabricant d’origine pour le nouveau dispositif de son essai commercial de 30 jours sur le complexe industriel de Jorf Lasfar. Le programme doit désormais faire l’objet d’une convention avec OCP avant le démarrage des opérations, qui pourraient ouvrir la voie à un futur contrat d’approvisionnement en combustible.
Un feu vert technique pour relancer l’essai chez OCP
L’autorisation obtenue concerne une configuration révisée de l’essai, transféré vers une autre ligne de production et un autre four du complexe phosphatier de Jorf Lasfar, situé sur la côte atlantique marocaine. Cette modification fait suite à la décision d’OCP, au premier trimestre 2025, de déplacer le programme vers une installation plus récente, nécessitant l’accord et l’assistance technique du constructeur concerné.
Quadrise a précisé que ses équipements étaient déjà présents sur le site. La société britannique doit toutefois encore finaliser avec OCP la convention destinée à encadrer l’essai avant toute mise en service.
Cette validation lève ainsi un obstacle technique qui retardait la poursuite du projet. Le calendrier dépend désormais de la conclusion de l’accord entre les deux partenaires et de l’achèvement des préparatifs nécessaires au lancement de l’essai industriel.
Un partenariat engagé depuis 2022
La coopération entre Quadrise et OCP remonte à juin 2022, avec la signature d’un accord de transfert de matériaux et de coopération. Elle a conduit, en novembre 2023, à une démonstration industrielle des combustibles MSAR et bioMSAR développés par la société britannique.
Lors de cet essai, le brûleur installé sur le site d’OCP a fonctionné à différents niveaux de charge, jusqu’à atteindre sa puissance maximale de 33 mégawatts. Quadrise avait alors présenté cette opération comme une première démonstration de son combustible bioMSAR dans une application industrielle commerciale.
Le partenariat a franchi une nouvelle étape le 28 mai 2024 avec la signature d’un accord-cadre commercial. Celui-ci prévoyait notamment un essai rémunéré de 30 jours sur un four de Jorf Lasfar, l’actualisation de l’étude technico-économique réalisée en 2022 et l’identification de fournisseurs capables d’assurer une production durable du combustible destiné au groupe marocain.
Le programme initial reposait sur l’installation d’une unité de fabrication de MSAR d’une capacité de cinq tonnes par heure, conçue pour émulsionner le fioul lourd disponible localement. L’objectif est de vérifier le comportement du combustible sur une période prolongée, dans les conditions réelles d’exploitation du complexe phosphatier.
MSAR et bioMSAR : des combustibles alternatifs au fioul classique
La technologie MSAR repose sur une émulsion associant des résidus pétroliers, de l’eau et des additifs. Ce procédé vise notamment à réduire le recours à certains distillats plus coûteux utilisés pour ajuster la viscosité du fioul lourd.
La variante bioMSAR intègre des matières d’origine biologique en remplacement d’une partie des hydrocarbures fossiles. Ces solutions sont destinées à plusieurs secteurs, notamment les installations industrielles, la production d’électricité et le transport maritime.
Quadrise estime que le MSAR pourrait présenter un coût inférieur d’environ 10 % à celui du fioul conventionnel, tout en permettant de réduire certaines émissions polluantes. Ces estimations concernent toutefois les marchés visés par l’entreprise et ne constituent pas une évaluation spécifique des économies ou des gains environnementaux qui pourraient être obtenus sur les installations d’OCP.
Pour le groupe marocain, l’essai doit permettre de déterminer la pertinence technique et économique de cette solution dans un environnement industriel exigeant, avant toute décision relative à un approvisionnement régulier.
Un contrat d’approvisionnement reste à négocier
La réussite de l’essai de 30 jours constitue une étape déterminante, mais elle ne garantit pas automatiquement la conclusion d’un contrat commercial. L’accord-cadre de 2024 prévoyait la recherche de partenaires parmi les raffineurs, les exploitants de terminaux et les négociants en produits pétroliers afin de mettre en place une chaîne d’approvisionnement adaptée.
OCP avait exprimé, dans une lettre d’intention, sa disposition à conclure à terme un contrat d’achat avec un fournisseur titulaire d’une licence de la technologie Quadrise. Cet engagement de principe reste distinct d’un contrat ferme de fourniture.
En septembre 2025, Quadrise avait indiqué avoir déjà encaissé le paiement relatif à l’essai commercial, sans en divulguer le montant. À cette date, le matériel était également présent sur le site, mais le lancement demeurait conditionné à l’autorisation du fabricant d’origine.
Après avoir envisagé en mars 2026 le recours à une autre installation, la société avait fait état, en juillet, de négociations toujours en cours sur le programme. L’annonce du 26 octobre marque donc une avancée dans la validation de la nouvelle configuration technique, sans pour autant signifier que l’essai a commencé.
À plus long terme, Quadrise souhaite faire de la demande potentielle d’OCP un premier débouché pour une production régulière de MSAR au Maroc. La société envisage également d’autres débouchés industriels dans le Royaume et, à terme, un accès au marché méditerranéen des combustibles marins.
Quadrise enregistre une perte nette de 4,2 millions de livres
L’annonce de l’avancée du projet intervient le jour de la publication des résultats annuels de Quadrise, pour l’exercice clos le 30 juin 2026. La société a enregistré une perte nette de 4,2 millions de livres sterling, soit environ 55,11 millions de dirhams, contre 3,1 millions de livres, ou 40,68 millions de dirhams, un an auparavant.
Sa trésorerie a également diminué, passant de 5,9 millions de livres sterling, soit près de 77,41 millions de dirhams, à 2,1 millions de livres, environ 27,55 millions de dirhams, sur la même période. Une augmentation de capital réalisée en juillet 2026 lui a permis de lever 1,6 million de livres brutes, soit près de 20,99 millions de dirhams.
Quadrise estime que ses ressources peuvent couvrir ses besoins jusqu’au 30 septembre 2027, sous réserve que ses projets et ses dépenses évoluent conformément à ses prévisions. Ses comptes signalent néanmoins une incertitude significative concernant la continuité de son exploitation, en raison de la nécessité d’obtenir des financements supplémentaires avant d’atteindre des flux de trésorerie durablement positifs.
La société étudie plusieurs options de financement
Parallèlement au développement de ses projets industriels, le conseil d’administration de Quadrise examine plusieurs options financières et commerciales. Parmi les pistes envisagées figurent l’octroi de licences technologiques, la création de coentreprises, l’entrée d’un investisseur minoritaire au capital ou encore un rapprochement avec d’autres entreprises du secteur.
La société prévoit de communiquer sur les conclusions de cet examen au plus tard à la mi-février 2027. Elle a également précisé qu’aucune procédure d’offre d’acquisition la visant n’était en cours.
Pour Quadrise, la prochaine étape décisive reste donc la finalisation de la convention avec OCP, suivie de l’essai industriel et de l’évaluation de ses résultats. Au-delà de la validation technique du MSAR, l’enjeu sera de transformer ce partenariat en débouché commercial durable, tout en assurant les financements nécessaires à la poursuite de ses activités.
