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Maroc : un système européen teste l’alerte précoce contre la dégradation des terres

Le Maroc sert de terrain d’expérimentation à EWALD, un projet européen qui développe un système d’alerte précoce capable d’identifier, grâce aux données satellitaires, les signes annonciateurs de dégradation des terres avant que les dommages ne deviennent visibles ou difficiles à inverser. Le dispositif combine observation de la Terre, télédétection, analyse de données et modèles probabilistes afin d’anticiper l’évolution des sols soumis notamment à la sécheresse, à la désertification et à l’érosion.

Financé dans le cadre des actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA), le projet bénéficie d’une contribution européenne de 1,4168 million d’euros et doit s’achever le 30 novembre 2026.

Le Maroc devient un laboratoire à ciel ouvert

Le choix du Maroc s’est renforcé après les difficultés rencontrées pour mener l’ensemble des campagnes de terrain initialement prévues en Ukraine, en raison de la guerre. Selon Svitlana Lyubchyk, coordinatrice d’EWALD, le Maroc a permis de mettre en place un véritable terrain d’essai et de confronter différentes méthodes, technologies et compétences scientifiques.

Cette coopération associe notamment des chercheurs ukrainiens et marocains autour de l’observation des territoires soumis à différentes formes de pression environnementale.

Entre le 8 et le 10 février, les équipes ont travaillé dans les vallées du Drâa et du Dadès, notamment autour de Zagora et de Skoura. L’objectif était de comparer les informations obtenues depuis l’espace avec les observations effectuées directement sur le terrain.

70 points de contrôle dans les oasis marocaines

La campagne de terrain a permis de sélectionner 70 points de contrôle destinés à vérifier les cartes produites à partir des données satellitaires et à mesurer la correspondance entre les signaux détectés depuis l’espace et l’état réel des sols.

La région de Zagora présente un intérêt particulier pour les chercheurs en raison de la combinaison de plusieurs facteurs, notamment la sécheresse, la désertification et la vulnérabilité des écosystèmes oasiens.

Le dispositif est également conçu pour être confronté à des environnements présentant d’autres types de pressions. En Ukraine, la région de Kryvyï Rih constitue ainsi un terrain d’étude davantage marqué par les activités industrielles et minières. Cette diversité doit permettre aux chercheurs de vérifier si le modèle peut distinguer différentes causes de dégradation des terres.

De l’observation à la prévention

L’une des particularités d’EWALD réside dans son approche préventive. Au lieu de se limiter à cartographier des zones déjà dégradées, le système combine des données d’observation de la Terre provenant de différentes sources et échelles avec un modèle probabiliste destiné à estimer l’évolution future des phénomènes de dégradation.

Le chercheur en télédétection Sergey Stankevich souligne que la recherche européenne s’est longtemps concentrée davantage sur l’évaluation des dommages que sur leur prévention. EWALD cherche précisément à fournir une alerte suffisamment précoce pour donner davantage de temps aux gestionnaires des terres et aux autorités pour intervenir.

Le système a notamment été comparé à Trends.Earth, l’outil recommandé par les Nations unies pour le suivi climatique et la cartographie de la dégradation des terres. Les premiers résultats sont jugés encourageants par l’équipe du projet, tout en nécessitant encore des validations dans différents environnements.

Des applications pour l’agriculture et les risques climatiques

L’expérimentation marocaine a également permis de développer des applications directement liées à la gestion agricole et aux risques climatiques.

Les chercheurs ont notamment travaillé sur Google Earth Engine afin de développer une application consacrée à l’analyse des précipitations dans la région de Marrakech. Une cartographie du risque d’incendie dans les oasis a également été élaborée.

Ces outils peuvent contribuer à améliorer l’identification des zones prioritaires et à aider les équipes d’intervention à mieux cibler leurs actions durant les périodes de sécheresse ou face aux risques d’incendie.

Une coopération scientifique entre le Maroc et plusieurs pays européens

L’Université Cadi Ayyad de Marrakech et la société marocaine Ressources Ingénierie participent au consortium EWALD aux côtés de partenaires du Portugal, de l’Allemagne, de la Slovaquie et de l’Ukraine.

L’Université Cadi Ayyad apporte notamment son expertise dans l’étude de la désertification à travers l’observation de la Terre. La société Ressources Ingénierie contribue de son côté à l’utilisation du prototype, aux données et à l’appui nécessaire aux activités de terrain.

Le projet comprend également des actions de formation destinées aux chercheurs et aux utilisateurs locaux. Des représentants du ministère marocain de l’Agriculture ont notamment participé à des sessions consacrées à l’utilisation de la solution pour le suivi climatique et la réponse aux situations de crise.

Vers un outil utilisable par les gestionnaires des terres

La prochaine étape consiste à rapprocher le prototype de ses futurs utilisateurs. La plateforme doit permettre aux administrations, entreprises et organisations agricoles d’introduire leurs propres données sur l’occupation et l’utilisation des sols afin d’obtenir des prévisions adaptées à leurs territoires.

Selon l’équipe du projet, l’objectif est de faciliter l’utilisation autonome de ces outils et de transformer les résultats scientifiques en recommandations destinées aux autorités publiques et aux communautés agricoles au Maroc, en Ukraine et en Europe.

EWALD doit poursuivre ses travaux jusqu’au 30 novembre 2026. Ses concepteurs envisagent déjà d’aller plus loin, notamment en explorant davantage les possibilités offertes par l’intelligence artificielle pour améliorer la précision des prévisions de dégradation des terres.

Pour le Maroc, cette expérimentation représente ainsi un terrain d’application concret pour une technologie qui cherche à passer de la simple observation des sols à une logique d’anticipation, afin de détecter les risques avant qu’ils ne deviennent plus difficiles à maîtriser.

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