Les importations d’électricité du Maroc en provenance d’Espagne ont fortement progressé en septembre 2026. Selon les données du gestionnaire espagnol du réseau de transport, Red Eléctrica, le royaume a reçu 508,44 gigawattheures (GWh), contre 348,93 GWh un an auparavant, soit une hausse de 45,7 %. Cette évolution intervient dans un contexte de progression de la consommation électrique au Maroc, alors que la production nationale affiche une croissance plus modérée.
D’après le bulletin mensuel de l’énergie électrique publié le 19 octobre par Red Eléctrica, les échanges entre les deux pays confirment le poids croissant de l’interconnexion électrique dans l’approvisionnement du marché marocain.
Le Maroc renforce ses achats d’électricité à l’Espagne
En septembre, les flux d’électricité du Maroc vers l’Espagne ont, à l’inverse, fortement diminué. Les livraisons marocaines sont passées de 9,32 GWh en septembre 2025 à moins de 1 GWh un an plus tard.
Le solde net des échanges s’est ainsi établi à 507,44 GWh en faveur du Maroc, contre 339,61 GWh en septembre 2025. Cela représente une augmentation de 167,84 GWh sur un an. Par rapport au mois d’août 2026, où le solde atteignait 502,12 GWh, la progression reste toutefois limitée à environ 1,1 %.
Sur les neuf premiers mois de l’année 2026, les importations nettes marocaines d’électricité depuis l’Espagne ont atteint 3 611,19 GWh, contre 2 683,33 GWh sur la même période de 2025. La hausse s’élève à 34,6 %, soit 927,86 GWh supplémentaires.
Ces chiffres illustrent l’importance croissante des échanges transfrontaliers dans l’équilibre électrique du royaume.
L’Espagne, deuxième débouché de son électricité vers l’étranger
Le Maroc occupe également une place importante parmi les destinations de l’électricité exportée par l’Espagne. En septembre, le royaume a absorbé 19,2 % des 2 642,45 GWh exportés par le pays à travers l’ensemble de ses frontières.
Il se classe ainsi au deuxième rang des destinations de l’électricité espagnole, derrière le Portugal, qui a reçu 1 676,80 GWh, et devant la France, avec 432,14 GWh, ainsi que l’Andorre, avec 25,07 GWh.
Cette position s’inscrit dans une tendance plus large. Selon le rapport annuel de Red Eléctrica présenté le 11 mars 2026 à Madrid, l’Espagne a terminé l’année 2025 avec un solde exportateur de 12 794 GWh. Le système électrique péninsulaire espagnol enregistrait alors un solde exportateur mensuel depuis novembre 2021, soit plusieurs années consécutives d’excédent.
Une demande électrique marocaine en progression
L’augmentation des importations intervient dans un contexte de croissance de la demande d’électricité au Maroc. Selon la note de conjoncture de septembre 2026 de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), relevant du ministère de l’Économie et des Finances, le volume des importations électriques du royaume a progressé de 31,7 % au cours des sept premiers mois de 2026, après une hausse de 23,1 % un an auparavant.
Dans le même temps, les exportations marocaines d’électricité ont reculé de 44,2 % sur cette période.
La consommation d’énergie électrique a augmenté de 9,4 % à fin juillet 2026, tandis que l’énergie nette appelée a progressé de 5,4 %. La production nationale, pour sa part, n’a avancé que de 2,5 %.
Les performances des différentes sources de production restent contrastées. La production de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) a reculé de 2,6 %, alors que les installations renouvelables relevant de la loi 13-09 ont enregistré une progression de 19,8 %. La production privée a, quant à elle, augmenté de 1,1 %.
Les achats d’électricité à l’étranger avaient connu une hausse de 63,5 % au premier trimestre 2026, avant de ralentir à 34,6 % sur l’ensemble du premier semestre, selon les précédentes notes de conjoncture de la DEPF.
Ces évolutions soulignent les défis auxquels le système électrique marocain est confronté pour accompagner la hausse de la demande, tout en développant ses capacités nationales de production.
Sept câbles sous-marins relient le Maroc à l’Espagne
Les échanges d’électricité entre les deux pays reposent sur une interconnexion sous-marine traversant le détroit de Gibraltar. Celle-ci relie le poste de Tarifa, sur la rive espagnole, à celui de Fardioua, dans le nord du Maroc.
L’infrastructure est détenue à parts égales par Red Eléctrica et l’ONEE. Elle comprend deux lignes de 400 kilovolts, mises en service respectivement en 1997 et en 2006. L’ensemble repose sur sept câbles sous-marins : trois pour chaque ligne et un câble de réserve commun aux deux circuits.
Dans ses prévisions de capacité commerciale pour octobre, Red Eléctrica indique une capacité de 900 mégawatts (MW) dans le sens Espagne-Maroc et de 600 MW dans le sens Maroc-Espagne. La capacité technique est donnée à 700 MW par ligne.
Cette interconnexion constitue un élément stratégique des échanges énergétiques entre les deux rives, en permettant des transferts d’électricité dans les deux sens selon les besoins des systèmes concernés.
Une troisième liaison électrique envisagée
Le renforcement des échanges entre le Maroc et l’Espagne passe également par le projet d’une troisième interconnexion. En février 2019, lors de la visite d’État du roi Felipe VI au Maroc, Rabat et Madrid avaient signé un protocole d’accord confiant à Red Eléctrica et à l’ONEE l’étude de cette nouvelle liaison.
Sa mise en service était alors envisagée avant 2026. Les études du gestionnaire espagnol décrivent un ouvrage de 400 kilovolts en courant alternatif, doté d’une capacité technique de 700 MW.
Une fois cette liaison ajoutée aux installations existantes, la capacité commerciale globale pourrait atteindre 1 500 MW, après prise en compte d’une marge d’environ 600 MW destinée à assurer la sécurité et le secours des deux systèmes électriques.
L’investissement avait été estimé à 150 millions d’euros, soit environ 1,65 milliard de dirhams, répartis à parts égales entre les deux pays. Red Eléctrica anticipait également près de 140 millions d’euros de recettes supplémentaires pour le système électrique espagnol, provenant notamment des péages de transport et des rentes de congestion.
Les énergies renouvelables au cœur des enjeux
Au-delà de l’augmentation des échanges d’électricité, le projet de troisième liaison présente un intérêt pour l’intégration des énergies renouvelables. Selon Red Eléctrica, cette infrastructure pourrait faciliter l’intégration au système européen d’électricité renouvelable produite au Maroc, notamment à partir du solaire photovoltaïque.
Pour le royaume, l’enjeu consiste à concilier la progression de la demande, le développement de nouvelles capacités nationales et l’exploitation des interconnexions régionales. La montée en puissance des énergies renouvelables pourrait contribuer à cette stratégie, à condition que les infrastructures de transport et les capacités d’équilibrage suivent le rythme des investissements.
La progression des importations depuis l’Espagne témoigne ainsi du rôle croissant de cette interconnexion dans les échanges énergétiques maroco-espagnols. Elle met également en évidence l’importance de renforcer la production nationale et les infrastructures électriques pour répondre durablement aux besoins du Maroc.
