Le groupe marocain OCP étudie l’ouverture du capital de son futur complexe industriel de Mzinda à des investisseurs marocains et étrangers, dans un contexte marqué par la hausse du coût du soufre et le recul de ses résultats financiers au premier semestre 2026. Selon Bloomberg, cette démarche vise notamment à mobiliser des financements supplémentaires pour accompagner le développement du projet, dont le démarrage est annoncé à partir de 2027.
OCP explore de nouvelles sources de financement
Le groupe phosphatier marocain OCP a engagé des discussions avec des investisseurs potentiels en vue d’une éventuelle prise de participation dans le complexe industriel de Mzinda, situé dans la province de Youssoufia. L’information a été rapportée mercredi 14 octobre par Bloomberg, qui cite une personne proche des négociations.
Cette démarche intervient alors que la progression des prix du soufre, une matière première essentielle à la fabrication des engrais phosphatés, pèse sur les coûts industriels du groupe et ralentit l’avancement des travaux. OCP chercherait ainsi à obtenir des ressources financières supplémentaires pour honorer ses engagements auprès des entreprises chargées de la construction et de ses fournisseurs.
À ce stade, ni le montant du financement recherché ni la part du capital susceptible d’être cédée n’ont été précisés. L’identité des investisseurs approchés reste également inconnue et aucune transaction n’a été officiellement annoncée.
Le complexe de Mzinda au cœur du programme industriel d’OCP
Le projet s’appuie sur trois sociétés, Mzinda Fertilizers Company I, II et III, créées en décembre 2025 et détenues à 100 % par OCP Nutricrops. D’après le document de référence enregistré auprès de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) en juin 2026, des actifs évalués à 3,2 milliards de dirhams leur ont été transférés.
La possibilité de nouer des partenariats pour financer le complexe avait également été prévue par un décret publié en août 2025. L’ouverture éventuelle du capital s’inscrirait donc dans un cadre déjà envisagé pour accompagner le financement du projet.
Le programme Mzinda-Safi constitue l’un des volets du développement industriel du groupe. À l’horizon 2030, il prévoit des capacités annuelles de 15 millions de tonnes de roche phosphatée, de 3 millions de tonnes d’acide phosphorique et de 8,4 millions de tonnes d’engrais.
Les installations doivent être reliées à la plateforme industrielle et portuaire de Safi par un corridor d’environ 100 kilomètres. Selon le document de référence d’OCP, une première mise en service des capacités minières du programme est prévue en 2028, tandis que le démarrage du complexe industriel de Mzinda est annoncé à partir de 2027.
La flambée du soufre fragilise les résultats financiers
Les discussions avec des investisseurs interviennent après une dégradation significative des performances financières d’OCP au premier semestre 2026. Sur cette période, le groupe a enregistré une perte nette de 2,84 milliards de dirhams, contre un bénéfice de 8,25 milliards de dirhams durant les six premiers mois de 2025.
Le chiffre d’affaires a reculé de 7,3 %, pour s’établir à 48,37 milliards de dirhams, tandis que l’excédent brut d’exploitation (EBITDA) a diminué de 28,5 %, à 13,31 milliards de dirhams.
Cette évolution s’explique notamment par l’augmentation du coût du soufre, dont les prix ont approximativement triplé au premier semestre, selon les informations rapportées. La guerre en Iran et les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz ont contribué à cette hausse, en compliquant les approvisionnements et en renchérissant les coûts.
Face à ces contraintes, OCP a réduit sa production en mai et en juin, tout en avançant certains travaux de maintenance initialement programmés pour la fin de l’année.
Le groupe a également renforcé la fabrication de triple superphosphate (TSP), un engrais qui nécessite moins de soufre et dont la production ne requiert pas d’ammoniac. Cette adaptation vise à limiter l’exposition de ses activités aux tensions sur les matières premières.
OCP envisage d’ouvrir le capital de SPS et d’Uranext
Les discussions sur de nouvelles sources de financement ne concerneraient pas uniquement le complexe de Mzinda. Selon Bloomberg, OCP étudie également la possibilité d’accueillir des investisseurs au capital de Specialty Products & Solutions (SPS) et d’Uranext.
SPS est spécialisée dans les produits chimiques de spécialité. Ses activités comprennent notamment la production d’acide phosphorique purifié, utilisé entre autres dans l’industrie des batteries électriques, ainsi que la fabrication de dérivés fluorés.
D’après les informations rapportées, cette filiale aurait réalisé un chiffre d’affaires d’environ un milliard de dollars en 2025, soit près de 9,25 milliards de dirhams. Une éventuelle ouverture de son capital pourrait permettre au groupe de mobiliser des ressources auprès d’investisseurs disposant d’une expertise dans les activités chimiques spécialisées.
Uranext, de son côté, est consacrée à l’extraction d’uranium à partir des phosphates. L’examen d’une éventuelle participation d’investisseurs dans cette entité élargirait les possibilités de financement des activités développées autour de la valorisation des ressources phosphatières.
À ce stade, aucune opération concernant ces deux entités n’a été annoncée comme finalisée.
De nouvelles pistes pour sécuriser l’approvisionnement en soufre
Parallèlement à ses recherches de financement, OCP explore plusieurs solutions pour diversifier ses sources d’approvisionnement en soufre. Le groupe s’intéresse notamment à des fournisseurs situés en Espagne, au Canada, au Kazakhstan et sur la côte américaine du golfe du Mexique.
L’entreprise envisage également l’acquisition d’équipements chinois permettant de récupérer le soufre contenu dans les pyrites extraites au Maroc. Selon la source citée par Bloomberg, les volumes envisagés pourraient atteindre un million de tonnes en 2027, puis quatre millions de tonnes à l’horizon 2030.
Cette orientation vise à réduire la dépendance aux circuits d’approvisionnement traditionnels et à renforcer la disponibilité d’une matière première essentielle à la production d’engrais phosphatés.
Le transport maritime fait également l’objet d’une réflexion. OCP étudie la conclusion de contrats de fret à long terme qui pourraient générer jusqu’à deux milliards de dirhams d’économies annuelles, selon les informations rapportées.
OCP ne prévoit pas de nouvel apport en capital de l’État
Malgré les besoins de financement liés à ses projets industriels, OCP ne prévoirait pas, selon Bloomberg, de solliciter un nouvel apport en capital de l’État marocain, qui détient près de 95 % des actions du groupe.
La recherche de partenaires privés, au Maroc comme à l’international, constituerait ainsi l’une des pistes envisagées pour soutenir les investissements et accompagner le développement de nouvelles activités.
Les discussions en cours restent toutefois à un stade préliminaire. Les éventuelles prises de participation, leur montant et leur calendrier n’ont pas été communiqués.
L’évolution de ces négociations sera déterminante pour apprécier les modalités de financement du complexe de Mzinda et des autres projets concernés, dans un contexte où la sécurisation des matières premières et la maîtrise des coûts représentent des enjeux importants pour l’industrie phosphatière marocaine.
