L’endettement des ménages marocains progresse à son rythme le plus soutenu depuis 2012. Derrière le chiffre global, le nouveau rapport sur la stabilité financière dévoile une réalité moins confortable : 38% des nouveaux emprunteurs consacrent plus de 40% de leurs revenus au remboursement de leurs dettes.
Alors que le crédit à l’habitat et à la consommation continue de gagner du terrain, l’encours de la dette des ménages atteignait 456 milliards de dirhams à fin 2025, soit une hausse de 6,9% en un an et l’équivalent de 27% du PIB. Du jamais-vu depuis 2012.
Sur le papier, le tableau n’a rien d’alarmant. Les ménages détiennent un patrimoine financier de 1.192 milliards de dirhams, constitué pour l’essentiel de dépôts bancaires (935 milliards). Mais cette apparente aisance ne dit rien de l’essentiel : ceux qui épargnent ne sont pas forcément ceux qui s’endettent, et tous ne disposent pas des mêmes marges de manœuvre.
Des budgets déjà sous tension
C’est du côté des nouveaux emprunteurs que le signal est le plus net. Leur taux d’endettement moyen est passé de 34% à 36% en un an et, surtout, 38% d’entre eux dépassent le seuil des 40% de charge de remboursement.
Le seuil n’est certes pas une frontière stricte entre solvabilité et défaut. Revenu disponible, composition du foyer et autres dépenses pèsent aussi dans la balance. Il n’en révèle pas moins une vulnérabilité que les moyennes nationales font disparaître.
L’endettement rapporté au PIB mesure le poids de la dette dans l’économie, pas la capacité des ménages les plus contraints à absorber une hausse de leurs dépenses ou une interruption de revenus. Quant au taux de défaut, établi à 10,3% en 2025, il confirme que les difficultés de remboursement restent sous surveillance, sans toutefois permettre d’établir un lien direct avec le franchissement des 40%.
Crédit immobilier, crédit conso : deux logiques
Autre point de vigilance, tous les crédits ne se valent pas. Le crédit immobilier finance un actif sur une durée généralement longue alors que le crédit conso peut servir à régler des achats courants ou des dépenses ponctuelles. Échéances, garanties et marges des emprunteurs diffèrent.
Pour les banques, l’évolution de l’encours ne suffit donc plus à jauger le risque. C’est la répartition des charges de remboursement par niveau de revenu, catégorie socioprofessionnelle et type de crédit qui devient déterminante, et c’est à cette échelle que se mesurera la capacité du système à financer de nouveaux projets sans fragiliser les budgets les plus exposés.
Reste à savoir si la hausse de l’effort d’endettement se concentre sur certaines tranches de revenus ou si elle touche l’ensemble des nouveaux emprunteurs. La réponse changera la lecture du phénomène : une dette portée par des ménages aux revenus stables n’a pas les mêmes implications qu’une progression alimentée par des emprunteurs déjà au bord de leurs limites.
Ecrit par : Le Décrypteur
