La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) envisage d’accorder un prêt pouvant atteindre 105 millions de dollars à Green Sky Capital Holdings Ltd pour financer la construction d’une usine de carburants aéronautiques durables dans le complexe portuaire de Nador West Med. Le projet, dont le coût total est estimé à 239 millions de dollars, prévoit une capacité de production annuelle pouvant atteindre 200 000 tonnes.
Rendu public le mercredi 14 octobre 2026, le projet de financement s’inscrit dans la dynamique de développement des carburants alternatifs destinés à réduire l’empreinte carbone du transport aérien. Le financement reste toutefois soumis aux procédures d’approbation prévues, avec une prochaine échéance fixée au 18 novembre 2026.
Un financement de la BERD pouvant atteindre 105 millions de dollars
Le concours financier envisagé par la BERD se compose d’une première tranche de 85 millions de dollars, intégrée au montage financier, et d’une seconde enveloppe facultative de 20 millions de dollars. Jusqu’à 20 millions de dollars pourraient être mobilisés auprès du Fonds vert pour le climat dans le cadre de cette enveloppe.
L’institution justifie son intervention par la nécessité de proposer un financement à long terme adapté aux besoins d’un projet industriel de cette ampleur, dont la montée en puissance et l’amortissement des investissements nécessitent plusieurs années.
Le montage prévoit également une garantie de l’Union européenne couvrant une partie des premières pertes éventuelles. Il repose par ailleurs sur un contrat d’achat à long terme conclu avec un partenaire privé, dont l’identité et les engagements financiers n’ont pas été précisés dans les informations publiées.
Green Sky Capital Holdings compte notamment parmi ses actionnaires Green Sky Capital Management, Al Mana Holding et Vision Invest.
Une usine de 88 000 m² dans la zone industrielle de Bétoya
La future installation devrait s’étendre sur environ 88 000 mètres carrés dans la zone industrielle et logistique de Bétoya, au sein du complexe portuaire de Nador West Med.
Pour produire du carburant aéronautique durable, le site devrait utiliser la technologie Vegan développée par le groupe industriel français Axens. Ce procédé repose sur l’hydrotraitement des huiles et des graisses afin de transformer des matières premières lipidiques en carburants adaptés à l’aviation.
Le complexe comprendra plusieurs unités dédiées au prétraitement des matières premières, à leur transformation chimique et à la production d’hydrogène, ainsi que des infrastructures de stockage. La capacité annoncée pourrait atteindre 200 000 tonnes de production par an.
Au-delà du carburant aéronautique durable, l’installation devrait également produire du gazole renouvelable, du bionaphta et du biopropane. Les carburants issus du procédé sont destinés à être compatibles avec les moteurs d’avion et les infrastructures aéroportuaires existantes, sous réserve du respect des exigences techniques et réglementaires applicables.
Les huiles alimentaires usagées au cœur de l’approvisionnement
L’approvisionnement de l’usine reposerait principalement sur la collecte au Maroc d’huiles alimentaires usagées, de graisses et d’autres résidus lipidiques. Des importations pourraient compléter les volumes disponibles lorsque la collecte nationale ne permettrait pas de répondre aux besoins industriels.
Ce modèle vise à valoriser des matières résiduelles pour produire des carburants alternatifs, tout en structurant progressivement une filière locale de collecte et de traitement.
Le projet prévoit ainsi la mise en place d’un réseau d’approvisionnement associant notamment les entreprises spécialisées dans la collecte des huiles usagées et des coopératives féminines. Cette organisation doit contribuer à sécuriser les matières premières nécessaires au fonctionnement de l’usine.
La disponibilité effective des volumes collectés au Maroc constituera néanmoins un élément déterminant pour l’approvisionnement du site et son fonctionnement à pleine capacité.
Des études environnementales toujours en cours
La BERD a classé le projet dans la catégorie environnementale B. Les études relatives aux émissions atmosphériques, aux nuisances sonores, au trafic et aux effets cumulés avec les autres installations industrielles se poursuivent.
Une évaluation environnementale est également requise conformément à la législation marocaine. Les mesures prévues comprennent notamment le traitement des eaux usées, la surveillance des rejets, la détection des fuites et l’installation d’équipements de protection contre les incendies.
À ce stade, aucun calendrier définitif de mise en service n’a été communiqué dans le dossier rendu public par la BERD. La concrétisation du projet dépendra notamment de l’aboutissement des procédures d’approbation et de la poursuite des étapes techniques et environnementales.
Des formations et des emplois locaux annoncés
Le programme prévoit également un volet consacré au développement des compétences dans la région de l’Oriental. Green Sky Capital envisage de mettre en place des formations destinées aux techniciens de maintenance, aux conducteurs d’installations et aux ingénieurs, en partenariat avec des établissements de formation régionaux.
L’entreprise prévoit par ailleurs de porter la proportion de femmes dans ses effectifs à 10 % d’ici à 2032. Le dispositif d’approvisionnement devrait également intégrer des coopératives féminines et des opérateurs locaux chargés de la collecte des huiles alimentaires usagées.
Ces initiatives visent à accompagner le développement industriel par la formation professionnelle et la structuration de nouvelles activités économiques autour de Nador West Med.
Nador West Med poursuit le développement de ses infrastructures
Le projet de carburants aéronautiques durables s’inscrit dans le développement industriel et logistique de Nador West Med, appelé à accueillir des activités de production et de transformation en complément de ses infrastructures portuaires.
La BERD avait déjà approuvé, en décembre 2024, un financement pouvant atteindre 110 millions d’euros destiné aux infrastructures des zones industrielles et logistiques du complexe.
Si le nouveau projet aboutit, l’usine de Green Sky Capital pourrait contribuer à l’émergence d’une filière marocaine de carburants alternatifs pour l’aviation. Sa portée industrielle dépendra toutefois de la concrétisation du financement, de la sécurisation des approvisionnements et de la validation des exigences environnementales et techniques.
