
Le secteur aéronautique marocain ambitionne de franchir un nouveau cap dans les prochaines années. Le Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS) table sur des exportations annuelles d’environ 5 milliards de dollars, soit près de 46 milliards de dirhams, à l’horizon de trois ans, contre environ 3 milliards de dollars, près de 28 milliards de dirhams, l’année dernière.
L’objectif a été annoncé par le président du GIMAS, Mohammed Bellatig, dans une déclaration à Reuters jeudi 8 octobre, en marge du Marrakech Airshow.
Des fournisseurs à plus forte valeur ajoutée
Selon Mohammed Bellatig, cette progression devrait notamment être portée par l’arrivée de nouveaux fournisseurs spécialisés dans des pièces et composants à forte valeur ajoutée.
La filière aéronautique marocaine compte aujourd’hui environ 160 entreprises et emploie près de 25.000 salariés. Elle accueille notamment des sous-traitants de grands groupes internationaux tels qu’Airbus, Boeing et Safran.
Pour le secteur, l’enjeu est désormais de franchir une nouvelle étape dans l’intégration industrielle. Il ne s’agit plus seulement de produire des composants isolés, mais de développer progressivement des systèmes aéronautiques plus complexes et davantage de valeur ajoutée localement.
Vers l’assemblage de moteurs et de trains d’atterrissage
Le Maroc devrait ainsi prochainement se positionner sur l’assemblage de moteurs et de trains d’atterrissage, deux activités qui illustrent la montée en gamme recherchée par l’industrie aéronautique nationale.
« Apporter une valeur ajoutée bien supérieure à celle d’aujourd’hui » constitue, selon le président du GIMAS, l’un des objectifs de cette évolution.
Cette transformation s’appuie notamment sur les investissements déjà engagés par les grands donneurs d’ordre internationaux dans la zone de Nouaceur, près de Casablanca, qui concentre une partie importante de l’écosystème aéronautique marocain.
Safran renforce sa présence à Nouaceur
Le groupe français Safran constitue l’un des principaux acteurs de cette nouvelle phase industrielle.
Le groupe construit à Nouaceur une usine dédiée aux trains d’atterrissage, portée par sa filiale Safran Landing Systems. Présenté le 13 février devant le Roi Mohammed VI, le projet représente un investissement de plus de 280 millions d’euros, soit environ 3 milliards de dirhams.
Le site doit produire des trains d’atterrissage destinés aux avions court et moyen-courriers. Son entrée en service est prévue en 2029, avec à terme près de 500 salariés.
Cette implantation s’inscrit dans la stratégie de Safran visant à développer au Maroc des activités portant sur des systèmes aéronautiques particulièrement critiques.
Une ligne d’assemblage pour les moteurs LEAP
Quelques mois auparavant, le 13 octobre 2025, le Roi Mohammed VI avait lancé à Nouaceur le chantier d’un complexe consacré aux moteurs LEAP de CFM International, coentreprise de Safran Aircraft Engines et de l’américain GE Aerospace.
L’investissement consacré à la ligne d’assemblage s’élève à environ 200 millions d’euros, soit près de 2,1 milliards de dirhams. L’installation doit pouvoir produire jusqu’à 350 moteurs LEAP-1A par an, destinés notamment aux Airbus A320neo.
Un atelier consacré à la maintenance de ces moteurs complète le dispositif industriel.
Présent au Maroc depuis plus de 25 ans, Safran y emploie désormais plus de 5.500 personnes réparties sur dix sites, confirmant le poids du groupe dans l’écosystème aéronautique national.
Le Maroc élargit son ambition aux drones
La montée en gamme de l’industrie aéronautique marocaine concerne également le secteur des drones.
À l’occasion de la huitième édition du Marrakech Airshow, organisée du 7 au 10 octobre sur la base des Forces Royales Air de Marrakech, le Maroc a signé un protocole d’accord avec la jeune entreprise française de défense Harmattan AI pour la fabrication de drones autonomes au Royaume.
Selon les informations rapportées par Reuters, ces appareils seraient destinés à des missions de frappe en profondeur et pourraient disposer d’une portée maximale annoncée de 2.000 kilomètres. Le projet prévoit également que plusieurs technologies clés soient conçues et produites localement.
Fondée à Paris en avril 2024 par Mouad M’Ghari et Martin de Gourcuff, Harmattan AI a levé 200 millions de dollars, soit environ 1,85 milliard de dirhams, lors d’un tour de table mené par Dassault Aviation.
La société, valorisée à environ 1,4 milliard de dollars, est devenue la première entreprise française du secteur de la défense à atteindre le statut de licorne. Elle avait notamment remporté en 2025 un appel d’offres de la Direction générale de l’armement française portant sur 1.000 drones destinés à l’armée de Terre, avant de signer un contrat portant sur 3.000 appareils avec le ministère britannique de la Défense.
Baykar et l’émergence d’un écosystème marocain du drone
Pour les autorités marocaines, le développement des drones peut s’appuyer sur les compétences progressivement acquises dans l’industrie aéronautique, notamment dans les domaines des matériaux, de l’assemblage et de l’ingénierie.
Plusieurs projets de drones, portés par des acteurs marocains ou par des investisseurs étrangers, ont ainsi obtenu des autorisations ces dernières années.
Le constructeur turc Baykar, connu notamment pour son drone Bayraktar TB2, figure parmi les entreprises associées à cette dynamique. Sa filiale marocaine, Atlas Defence, développe à Benslimane, entre Casablanca et Rabat, une unité dédiée à la fabrication et à la maintenance de drones, conformément à un accord signé en décembre 2024.
Les Forces armées royales avaient acquis leurs premiers Bayraktar TB2 en 2021.
Une nouvelle étape pour l’industrie aéronautique marocaine
L’objectif de 5 milliards de dollars d’exportations annuelles traduit l’ambition du Maroc de poursuivre la transformation de son industrie aéronautique.
La progression attendue repose notamment sur l’arrivée de nouveaux fournisseurs, l’intégration de chaînes de production plus complexes et le développement d’activités à plus forte valeur ajoutée.
De l’assemblage de moteurs et de trains d’atterrissage à la production de systèmes aéronautiques et au développement des drones, le Maroc cherche ainsi à élargir progressivement son positionnement dans la chaîne de valeur mondiale.
Si cette trajectoire se confirme, l’enjeu ne sera plus uniquement de produire davantage, mais de produire des équipements plus complexes et de capter une part plus importante de la valeur créée par l’industrie aéronautique.






















