
Le salaire moyen des salariés déclarés à la CNSS atteint 6.149 DH. Le salaire médian plafonne à 3.363 DH. L’écart entre les deux dit l’essentiel d’un marché du travail où l’on crée des emplois plus vite que des carrières.
En 2025, le salaire mensuel moyen des salariés déclarés à la CNSS s’établissait à 6.149 DH. Le salaire médian, lui, n’atteignait que 3.363 DH, la moitié des salariés gagnait donc moins. Cet écart n’a rien d’une subtilité statistique. Lorsque les rémunérations sont très dispersées, la moyenne est mécaniquement tirée vers le haut par les salaires les plus élevés. La médiane, qui désigne le salarié placé exactement au milieu de la distribution, décrit mieux la condition du plus grand nombre.
Le salarié moyen n’est pas le salarié typique
La distribution confirme cette lecture. En 2025, 57% des salariés déclarés percevaient 4.000 DH ou moins ; seuls 8% dépassaient 10.000 DH. La moyenne reste un indicateur indispensable, mais elle masque la situation du salarié « central », pour qui quelques centaines de dirhams déterminent la capacité à absorber une dépense imprévue, à épargner, à financer un logement ou à supporter le coût du transport.
Tout commence avec le premier salaire
Les données sur les nouveaux déclarés éclairent ce point. En 2025, 724.599 salariés ont été déclarés pour la première fois ou à nouveau, dont 433.896 primo-déclarés, pour un salaire mensuel moyen d’environ 3.657 DH. Le premier salaire est bien plus qu’un point de départ : il conditionne les premières capacités d’épargne, la capacité d’emprunt, l’accès au logement et le niveau des cotisations qui nourriront, à terme, les droits sociaux.
Mais sa portée dépend de ce qui suit. Un marché du travail peut créer des centaines de milliers de postes sans offrir assez de trajectoires menant d’un premier emploi à une rémunération plus élevée, à davantage de stabilité et à une meilleure protection sociale.
Créer des emplois ne suffit plus
Selon le Haut-Commissariat au Plan, le Maroc a créé 193.000 emplois nets en 2025, et le taux de chômage reste à 13%. Ces chiffres dessinent un marché à plusieurs vitesses : une économie qui crée des postes, mais où une large part de la population peine à transformer son entrée dans l’emploi en parcours durable.
La question n’est donc plus seulement de savoir combien d’emplois sont créés, mais ce qu’ils valent : leur durée, leur rémunération, leur degré de formalisation, la progression qu’ils permettent.
Pris isolément, les 3.363 DH situent le salarié du milieu de la distribution. Rapprochés des données sur les primo-déclarés et sur l’emploi, ils mesurent la distance qui sépare un premier emploi d’une réelle autonomie financière. Le défi du marché du travail marocain n’est donc pas seulement de créer davantage d’emplois, mais d’en faire des leviers de progression : de revenus, de stabilité, de droits sociaux et, à terme, d’épargne.






















