
Les exportations françaises de blé tendre vers le Maroc devraient connaître un net ralentissement au cours de la campagne 2026-2027. Entre septembre 2026 et mai 2027, les expéditions françaises sont attendues autour de 2,5 millions de tonnes, contre 3,5 millions de tonnes lors de la campagne précédente.
Cette prévision a été annoncée mardi 6 octobre à Casablanca par Quentin Bellet, représentant du Syndicat national du commerce extérieur des céréales (Synacomex). Elle s’explique principalement par l’amélioration de la récolte marocaine après deux campagnes marquées par la sécheresse.
Une récolte marocaine en forte hausse
La situation céréalière du Maroc a nettement évolué en l’espace d’une campagne. La sécheresse avait fortement réduit la production nationale et affecté la qualité des grains, contraignant le Royaume à accroître ses achats à l’étranger.
Cette année, les précipitations ont permis à la production marocaine de blé tendre d’atteindre 4,4 millions de tonnes. Cette amélioration réduit mécaniquement les besoins d’importation et explique en partie le recul attendu des achats auprès de la France.
Rabat avait d’ailleurs suspendu les importations de blé tendre à partir du 1er juin afin de favoriser l’écoulement de la récolte nationale. Les importations ont repris en septembre, dans un contexte où les besoins du marché restent néanmoins importants.
La France dispose de volumes suffisants
Malgré la baisse anticipée des ventes au Maroc, la France conserve une capacité d’approvisionnement importante. Sa récolte de blé tendre atteint cette année environ 32 millions de tonnes.
Les premières expéditions ont déjà commencé. Quelque 600.000 tonnes de blé français ont été écoulées sur le marché marocain au cours du mois d’octobre.
La filière française estime disposer des volumes nécessaires pour répondre aux besoins du Royaume. Cette disponibilité constitue un élément important pour les importateurs marocains, alors que les conditions de marché restent sensibles aux évolutions des cours internationaux et à la situation dans la région de la mer Noire.
Des stocks marocains limités
Les importateurs marocains doivent toutefois composer avec des stocks relativement réduits. Les réserves disponibles sont actuellement estimées à environ 600.000 tonnes, soit l’équivalent de près de deux mois de consommation, selon Moulay Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale de la minoterie (FNM).
Face à une demande européenne soutenue et à la remontée des prix, les opérateurs marocains se tournent vers la France, l’Allemagne et d’autres fournisseurs européens pour reconstituer leurs stocks.
Cette situation pourrait maintenir une certaine pression sur les importations au cours des prochains mois, même si les besoins globaux devraient rester inférieurs à ceux enregistrés durant la campagne précédente.
La subvention à l’importation augmente
Le contexte de prix a également conduit l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL) à relever la subvention accordée aux importateurs de blé tendre.
Pour le mois d’octobre, cette aide a été portée à 44,48 dirhams par quintal, contre 20,8 dirhams en septembre. Le dispositif vise à réduire l’écart entre le coût du blé acheté sur les marchés internationaux et les prix appliqués sur le marché intérieur.
Selon la Fédération nationale de la minoterie, la subvention précédente ne couvrait qu’une partie de cet écart. Les achats se sont ainsi concentrés principalement sur les opérateurs ayant des besoins immédiats.
Le risque de saturation des ports
La reprise des importations soulève également des préoccupations logistiques. Les professionnels du secteur redoutent notamment une saturation des terminaux portuaires et des capacités de transport routier lorsque les arrivées de céréales augmenteront.
Cette problématique n’est pas nouvelle. Plus tôt cette année, les intempéries avaient perturbé les opérations de déchargement au port de Casablanca. Plusieurs navires céréaliers avaient dû patienter au large, entraînant des coûts supplémentaires pour les importateurs.
L’augmentation attendue des flux devra donc être accompagnée par une gestion efficace des capacités portuaires et terrestres afin d’éviter de nouveaux engorgements.
Le Maroc reste un débouché majeur pour la France
La baisse prévue des exportations françaises ne remet pas en cause l’importance du marché marocain pour la filière céréalière française.
FranceAgriMer a toutefois revu à la baisse, à la mi-septembre, sa prévision d’exportations de blé tendre français hors de l’Union européenne pour la campagne 2026-2027. Celle-ci est désormais estimée à 6,3 millions de tonnes, contre 7 millions prévus en juillet, notamment en raison du recul attendu de la demande marocaine.
Lors de la campagne 2025-2026, le Maroc avait constitué le premier débouché du blé tendre français hors de l’Union européenne. Entre juillet et mars, les expéditions avaient atteint 2,73 millions de tonnes, contre une moyenne de 1,5 million de tonnes sur les cinq campagnes précédentes.
La campagne 2026-2027 devrait donc marquer un retour à des niveaux d’importation plus proches de la normale, après une période exceptionnelle liée à la faiblesse de la production céréalière nationale.






















