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CNSS : Le ratio qui dit déjà qui paiera

Combien de salariés pour porter un retraité ? 5,77 en 2025, contre 6,03 un an plus tôt. Le chiffre baisse, l’addition, elle, ne baissera pas. Cotisations, âge de départ, niveau des pensions : chaque levier a son prix.

À la CNSS, la file des pensionnés s’allonge deux fois plus vite que celle des cotisants : +8% d’un côté, +3,6% de l’autre. Résultat, 18,15 milliards de dirhams de pensions versés en 2025 soit 7,5 % de plus qu’un an plus tôt, pendant que le vieillissement et l’allongement de l’espérance de vie creusent l’écart.
Une caisse de retraite n’est pas une tirelire personnelle. Elle vit des cotisations des actifs, des réserves et du rendement de ses placements. Quand les pensionnés augmentent plus vite que les cotisants, la pression monte, et elle finit toujours par se traduire en paramètres plus durs.
Elle se lit déjà à l’échelle de l’ensemble des régimes. Selon le rapport sur la stabilité financière, les cotisations ont atteint 73 milliards de dirhams en 2025 (+9,3%), mais les prestations ont grimpé à 75,3 milliards (+5,8%). Le système est donc déjà en déficit de 2,3 milliards. Les réserves, à 341 milliards à fin 2025, rassurent en apparence, mais elles sont très inégalement réparties. Certaines caisses publiques n’ont plus que quelques années de viabilité sans réforme paramétrique profonde.
Le paradoxe marocain tient à la coexistence d’une création nette d’emplois et d’une base contributive encore étroite. Le HCP recense 193.000 emplois nets créés en 2025, mais le chômage atteint 13% et le taux de participation à la main‑d’œuvre plafonne à 41,8% au premier trimestre 2026. Le nombre de futurs cotisants dépend donc de la capacité de l’économie à intégrer davantage de jeunes et de femmes dans l’emploi formel et déclaré.
C’est ce qui rend la réforme si sensible. Le gouvernement promet un système à deux pôles, public et privé. Le CESE, lui, demande dans son rapport annuel 2025 de « mettre à jour et parachever, en urgence, les études actuarielles et les réformes paramétriques » avant sa mise en place. Le mot qui compte : en urgence.
Mais les curseurs légaux ne font pas tout. Une autre dimension, moins visible, est tout aussi décisive. Il faut davantage de cotisants, donc davantage d’emplois formels, des carrières plus longues et plus régulières, et des salaires assez élevés pour alimenter durablement les caisses.
Le HCP le rappelle, les générations qui partiront à la retraite entre 2040 et 2070 construisent leurs droits aujourd’hui. La réforme ne concerne donc pas que les retraités actuels. Elle concerne le jeune diplômé qui ne trouve pas d’emploi, le salarié qui enchaîne périodes déclarées et non déclarées, la femme qui quitte temporairement le marché du travail, l’entreprise qui n’indique pas toute la rémunération, et le salarié qui entame sa carrière à 3.600 DH. La soutenabilité des retraites dépend autant des règles que des trajectoires d’emploi qu’offre l’économie.
Le chiffre de 5,77 mérite donc d’être suivi, non comme un indicateur technique de plus, mais comme le thermomètre d’un contrat entre générations. Chaque point perdu, c’est un peu plus de pression sur les cotisants, un peu moins de marge pour revaloriser les pensions, un peu plus d’incertitude. Le ratio dit déjà que quelqu’un paiera ; c’est le marché du travail que nous construirons qui décidera combien.

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