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Aide sociale directe : le Maroc mesure l’effet sur l’emploi formel

Le Maroc passe à une nouvelle étape dans l’évaluation de son dispositif d’aide sociale directe. L’Agence nationale du soutien social (ANSS) a lancé, le 24 septembre, une étude destinée à mesurer les premiers effets des nouvelles mesures introduites dans le régime d’aide sociale directe, notamment leur influence sur les comportements des bénéficiaires à l’égard de l’emploi formel.

Financée dans le cadre d’un projet de la Banque mondiale, cette étude intervient après l’adoption de la loi n° 41.26, qui modifie le dispositif instauré par la loi n° 58-23. Les cabinets intéressés par la réalisation de cette mission ont jusqu’au 12 octobre à 10 heures pour déposer leur candidature.

L’emploi déclaré au cœur de l’évaluation

L’étude devra notamment déterminer si les nouvelles mesures d’accompagnement permettent de réduire le risque qu’une perte immédiate des aides sociales dissuade les bénéficiaires d’accéder à un emploi déclaré.

Les dispositions introduites prévoient en effet un accompagnement pour les ménages qui cessent de remplir certaines conditions d’éligibilité après l’affiliation du chef de ménage ou de son conjoint au régime de sécurité sociale des salariés du secteur privé.

L’objectif est d’éviter qu’un changement de situation professionnelle entraîne une rupture brutale des ressources du foyer. L’évaluation devra donc déterminer si ce mécanisme produit effectivement un effet sur les décisions professionnelles des ménages concernés.

Une enquête auprès des bénéficiaires

La mission ne portera pas uniquement sur les montants distribués ou sur le nombre de ménages concernés. Le cabinet retenu devra mettre en place une enquête quantitative auprès des bénéficiaires, analyser les données collectées et mesurer les premiers effets du nouveau mécanisme.

Une attention particulière sera accordée aux trajectoires professionnelles des ménages et à leur perception du risque financier associé au passage vers l’emploi déclaré. Les résultats devront également permettre d’identifier d’éventuelles difficultés d’application et les écarts entre les objectifs de la réforme et ses effets constatés sur le terrain.

Cette évaluation intervient alors que le dispositif a atteint une dimension importante. À fin 2025, près de 4 millions de ménages bénéficiaient de l’aide sociale directe, pour un montant cumulé d’environ 51 milliards de dirhams depuis le lancement du programme. Les foyers concernés regroupaient quelque 5,5 millions d’enfants et 1,7 million de personnes âgées.

Des aides dont les montants ont évolué

Le niveau des allocations constitue également un élément important dans l’analyse des comportements des bénéficiaires. Pour les trois premiers enfants âgés de zéro à cinq ans ou scolarisés entre six et vingt ans, l’aide atteint désormais 300 dirhams par enfant.

Le montant est fixé à 200 dirhams pour un enfant âgé de six à vingt ans et non scolarisé. Un minimum mensuel de 500 dirhams reste par ailleurs garanti aux ménages remplissant les conditions d’éligibilité.

Dans ce contexte, le passage d’un foyer vers l’emploi déclaré peut avoir des conséquences sur son éligibilité aux aides. La réforme cherche précisément à limiter cet effet de seuil et à éviter que la perspective d’une diminution immédiate du revenu disponible ne pèse sur les choix professionnels.

L’inclusion économique comme autre enjeu

Les précédents travaux de l’ANSS permettent également de mesurer l’importance de cette problématique. L’agence estimait en 2025 que 2,3 millions de ménages bénéficiaires pouvaient potentiellement s’inscrire dans une trajectoire d’inclusion économique.

Une enquête réalisée auprès de 1.800 ménages avait alors montré que 40% des personnes interrogées souhaitaient bénéficier d’un accompagnement vers l’emploi ou une activité génératrice de revenus. Parallèlement, 60% déclaraient privilégier un emploi stable plutôt que l’aide sociale.

Ces données donnent un éclairage supplémentaire à la nouvelle étude, qui devra vérifier si les mécanismes introduits par la loi n° 41.26 permettent effectivement de faciliter cette transition.

La Banque mondiale accompagne l’évaluation

La Banque mondiale participe au financement de cette étude dans le cadre de son appui au système marocain de protection sociale. Son intervention prévoit notamment un accompagnement de l’ANSS dans l’évaluation du régime et dans l’exploitation des données nécessaires à son évolution.

Le lancement de cette mission traduit ainsi une évolution du dispositif : après la mise en place et l’élargissement des transferts sociaux, l’enjeu consiste désormais à mesurer leurs effets concrets sur les comportements des ménages.

L’étude devra notamment apporter des éléments permettant de déterminer si les nouvelles mesures réduisent suffisamment le risque financier associé au passage vers l’emploi formel. Ses conclusions pourront ainsi contribuer aux éventuels ajustements futurs du système d’aide sociale directe.

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