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Icarda : le Maroc accélère la recherche agricole face au climat

Le Maroc s’impose comme l’un des principaux terrains d’expérimentation de l’innovation agricole dans les zones arides. Dans son rapport annuel 2025, le Centre international de recherche agricole dans les zones arides (Icarda) met en avant plusieurs programmes développés dans le Royaume, notamment dans la sélection variétale, l’agriculture de conservation et l’irrigation à faible consommation énergétique.

Parmi les initiatives les plus importantes figure l’Accélérateur africain de sélection végétale, inauguré au Maroc en 2025. Selon l’Icarda, cette infrastructure permet de réduire de moitié certains cycles de sélection, qui pouvaient auparavant atteindre douze ans. Grâce à des serres, des environnements contrôlés et un éclairage LED, le dispositif peut traiter simultanément jusqu’à 150 000 céréales et légumineuses.

Des variétés adaptées aux sécheresses

L’objectif de ces recherches est notamment d’accélérer la mise au point de variétés capables de résister aux contraintes climatiques. L’Icarda cite ainsi une variété de blé issue de gènes sauvages conservés dans sa banque génétique, qui aurait enregistré, dans des conditions de sécheresse, un rendement supérieur de 50 % à celui d’anciennes variétés.

L’expérience marocaine s’inscrit dans un programme international plus large. L’Icarda estime à environ dix millions d’hectares les superficies cultivées avec des variétés issues de ses travaux, tandis que plus de quatre millions de foyers agricoles seraient concernés par ces innovations.

En 2025, le centre a distribué 239 séries internationales d’essais de céréales et de légumineuses à 74 partenaires répartis dans 37 pays. Ces travaux ont notamment permis de mettre à disposition dix nouvelles variétés de blé tendre, de blé dur, d’orge, de pois chiche et de lentille dans sept pays d’Afrique et d’Asie.

L’agriculture de conservation comme réponse à la sécheresse

Le Maroc constitue également un terrain d’expérimentation pour l’agriculture de conservation, basée notamment sur la réduction du travail du sol, la couverture végétale et la diversification des rotations.

Selon les résultats présentés par l’Icarda, ces pratiques ont permis, dans certaines conditions de sécheresse, de doubler voire de tripler les rendements par rapport aux systèmes conventionnels. Dans le cadre de la stratégie Génération Green, les autorités marocaines visent par ailleurs une superficie céréalière d’un million d’hectares utilisant ces pratiques à l’horizon 2030.

Le centre poursuit également ses travaux avec l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA) et l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), notamment autour de nouvelles plateformes consacrées à l’agriculture dans les zones désertiques.

Ces recherches prolongent plusieurs décennies de travaux menés au Maroc, notamment à la station de Merchouch sur les céréales adaptées aux contraintes climatiques.

Une irrigation moins énergivore

La gestion de l’eau constitue un autre axe majeur des recherches conduites au Maroc. L’Icarda expérimente notamment des systèmes de goutte-à-goutte équipés de goutteurs autorégulants capables de fonctionner à très faible pression.

D’après le rapport, ces dispositifs permettent de réduire les besoins en énergie hydraulique de 43 % dès la première année et jusqu’à 69 % après trois ans.

Ces travaux sont associés à d’autres recherches consacrées à l’agrivoltaïsme et au dessalement alimenté par l’énergie solaire. L’objectif est de développer des solutions permettant de sécuriser l’accès à l’eau dans les régions où les ressources conventionnelles deviennent plus incertaines.

Cette orientation s’inscrit dans une approche plus large combinant irrigation de précision, énergies renouvelables et outils numériques. Dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, les chercheurs travaillent notamment sur des systèmes d’irrigation à basse pression et sur des outils d’intelligence artificielle destinés à améliorer la précision de l’utilisation de l’eau.

Une banque génétique au service de l’agriculture

La banque génétique de l’Icarda reste au cœur de cette stratégie scientifique. À la fin de 2025, les collections prioritaires consacrées au blé, à l’orge, à la lentille et au pois chiche étaient documentées et accessibles dans le domaine public à hauteur de 90 %.

Plus de 80 % de l’ancienne collection syrienne avaient également été dupliqués dans un lieu sécurisé, tandis que 2 707 échantillons supplémentaires avaient été transférés à la Réserve mondiale de semences du Svalbard.

Cette conservation constitue une assurance pour les programmes de recherche et les systèmes agricoles confrontés aux conflits, aux catastrophes naturelles ou aux pertes de matériel génétique. En 2025, l’Icarda a notamment envoyé rapidement 1 200 lignées prometteuses d’orge vers la Tunisie après la destruction d’essais par la grêle.

Le centre indique également avoir rendu disponibles 120 437 accessions végétales, tandis que 16 052 tonnes de semences certifiées ou de qualité déclarée issues de ses variétés ont été produites. Quelque 15 446 lignées de matériel génétique ont par ailleurs été transférées aux systèmes nationaux de recherche agronomique.

Des résultats qui dépassent les frontières marocaines

Les travaux de l’Icarda concernent également plusieurs régions d’Afrique confrontées à des conditions climatiques difficiles. Dans le bassin du Sénégal, cinq variétés de blé dur tolérantes à la chaleur, testées depuis 2016, couvrent désormais environ 50 000 hectares et sont cultivées par plus de 30 000 agriculteurs au Sénégal et en Mauritanie.

Le centre attribue à cette dynamique une contribution de 0,5 % au produit intérieur brut agricole des deux pays. Il souligne toutefois que ces résultats reposent sur une combinaison de facteurs : amélioration génétique, essais sur plusieurs sites, participation des agriculteurs, multiplication des semences, débouchés commerciaux et coopération scientifique.

Dans six pays africains, le programme Technologies pour la transformation agricole en Afrique a permis de produire 1 012 tonnes de semences de premières générations et 13 052 tonnes de semences certifiées de blé. Au Soudan, plus de 122 tonnes de semences de première génération et 1 770 tonnes de semences certifiées ont été produites durant la campagne 2024-2025 malgré le contexte de guerre.

L’agriculture désertique mise sur l’intégration

L’Icarda développe parallèlement des systèmes intégrés adaptés aux zones désertiques. Ces modèles associent notamment palmiers-dattiers, légumineuses, arbres fruitiers, élevage, cultures sous serre, gestion précise de l’eau et production photovoltaïque.

L’objectif consiste à optimiser chaque ressource au sein du système agricole, en réutilisant notamment l’eau, les nutriments et la matière organique.

Aux Émirats arabes unis et à Oman, les essais consacrés au concombre ont permis d’obtenir des gains de productivité de l’eau pouvant atteindre 78 %, avec près de cinq tonnes métriques d’émissions en moins par saison par rapport à des serres conventionnelles.

Dans la péninsule Arabique, les systèmes hydroponiques testés ont également produit près de sept fois plus de tomates par mètre cube d’eau que les cultures en sol.

Les cultures relais associant notamment lentille, pois chiche ou quinoa avant le blé ont, de leur côté, généré selon les essais une hausse de rentabilité pouvant atteindre 5 000 dollars par hectare, une amélioration de 25 % de la productivité de l’eau, une progression de 50 % du rendement protéique et une hausse pouvant atteindre 15 % du rendement de la culture de blé suivante.

L’élevage et les communautés rurales intégrés à la recherche

L’Icarda accorde également une place importante à l’élevage, avec des programmes de sélection communautaire des ovins et des caprins fondés sur les races locales.

En Éthiopie, ces initiatives ont concerné plus de 19 140 foyers et contribué à la création de plus de 120 coopératives d’éleveurs. Le centre fait état d’une progression moyenne des revenus d’environ 20 % dans les communautés concernées.

Ces programmes ont ensuite été étendus à plusieurs autres pays, dont l’Inde, la Tunisie, la Mongolie et le Mali.

En Tunisie, la réintroduction du sulla dans les parcours a permis de doubler la diversité végétale et d’augmenter jusqu’à 330 % la couverture des sols. Associée à un biofertilisant adapté, cette plante a également généré des hausses de biomasse de 60 %, d’azote de 80 % et d’absorption du phosphore de 21 %.

Plus de 15 000 plantes aromatiques et médicinales ont par ailleurs été distribuées à 16 groupements du Kef et de Zaghouan, bénéficiant à plus de 350 foyers.

Femmes et jeunes au cœur des systèmes agricoles

Le rapport consacre également une partie importante aux dimensions sociales du développement agricole. L’Icarda considère notamment que l’accès des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés à la terre, au financement, à la formation et aux technologies constitue un facteur important pour améliorer la productivité et l’équité des systèmes alimentaires.

Au Maroc, dans les régions de Fès-Meknès et de Souss-Massa, neuf représentations de théâtre participatif ont réuni environ 450 personnes autour de questions liées à l’héritage foncier des femmes, à l’entrepreneuriat et à la mobilité.

L’Icarda associe ces initiatives à une évolution mesurable des attitudes concernant les droits successoraux et la participation économique des femmes. Le centre accompagne également des coopératives de transformation alimentaire au Maroc, en Tunisie et au Liban, où les femmes jouent un rôle croissant dans les décisions de gestion.

Une recherche qui mobilise 32 millions de dollars

Au-delà des résultats scientifiques, le rapport annuel détaille les ressources consacrées aux programmes de recherche. En 2025, l’Icarda fait état de dépenses totales d’environ 42 millions de dollars, soit près de 389 millions de dirhams.

Les dépenses de recherche ont atteint près de 32 millions de dollars, représentant environ 75 % des crédits consacrés aux différentes activités du centre. Le reste des ressources a notamment été affecté aux services internes, à la recherche de financements, à la direction et à l’appui aux activités scientifiques.

L’Icarda comptabilise également 37 445 personnes ayant bénéficié de formations, 200 888 utilisateurs de ses innovations et près de 140 000 hectares ayant adopté de meilleures pratiques de gestion. Les surfaces nouvellement semées avec des variétés améliorées atteignent 128 000 hectares.

Au total, le rapport 2025 met en évidence une même priorité : adapter les systèmes agricoles aux effets combinés de la rareté de l’eau, de la dégradation des sols et de l’incertitude climatique. Dans ce dispositif, le Maroc occupe une place importante, à la fois comme terrain d’expérimentation scientifique et comme plateforme de développement de solutions destinées aux agricultures des zones arides.

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