
Le projet du nouveau chantier naval de Casablanca entre dans une phase décisive. Marina Meridional, groupe naval espagnol exploitant notamment les anciennes installations de Vulcano à Vigo sous l’enseigne Astilleros San Enrique, a constitué un consortium avec le constructeur chinois Ningbo Xinle Shipbuilding et le marocain Radi Holding pour tenter de décrocher la concession du futur complexe casablancais.
Face à eux, HD Hyundai Heavy Industries (HD HHI) présente une offre portée par un groupe industriel d’une tout autre dimension, tandis qu’un troisième candidat italien reste également engagé dans la procédure. L’Agence nationale des ports (ANP), chargée du processus, devra départager les offres selon leurs volets financiers, techniques et industriels.
Un chantier de plus de 21 hectares
Le futur chantier naval s’étendra sur plus de 21 hectares et comprendra notamment une forme de radoub de 244 mètres. L’investissement annoncé pour le projet atteint 300 millions d’euros, soit environ 3,24 milliards de dirhams.
Le concessionnaire bénéficiera du site pendant une durée de trente ans. Il devra y développer des activités de construction, de réparation et de maintenance destinées aux navires de commerce, aux bâtiments de pêche et aux services maritimes, mais également aux unités de la flotte militaire marocaine.
Le projet doit ainsi permettre de disposer à Casablanca d’un outil industriel capable de traiter des navires de grande taille et de répondre à une partie des besoins de maintenance et de construction navales du Royaume.
Marina Meridional mise sur son alliance industrielle
Pour Marina Meridional, le projet casablancais représenterait un changement d’échelle important. Le groupe est notamment présent à Vigo à travers Astilleros San Enrique, qui a repris les anciennes installations de Vulcano.
Son offre repose sur la complémentarité de trois partenaires. Marina Meridional apporte son expérience dans l’exploitation de chantiers et la réparation navale, tandis que Ningbo Xinle Shipbuilding doit apporter des capacités supplémentaires dans la construction navale. Radi Holding complète le consortium avec son ancrage marocain.
Cette association permet au groupe espagnol de présenter une candidature reposant sur des capacités plus larges que celles dont il dispose à travers ses seules installations actuelles.
Une redevance pouvant atteindre 4 % du chiffre d’affaires
L’un des éléments mis en avant dans l’offre de Marina Meridional concerne la redevance proposée à l’ANP. Celle-ci pourrait atteindre 4 % du chiffre d’affaires annuel généré par le chantier.
Le mécanisme lie donc directement les revenus du concessionnaire à ceux de l’autorité portuaire : une hausse de l’activité du chantier entraînerait mécaniquement une augmentation de la redevance versée.
Pour l’opérateur, cette configuration implique toutefois de parvenir à maintenir un niveau d’activité suffisamment élevé afin de rentabiliser les importantes infrastructures mises à sa disposition et de couvrir les coûts d’exploitation du complexe.
HD Hyundai apporte une capacité industrielle internationale
HD Hyundai Heavy Industries arrive avec une base industrielle particulièrement importante. Le groupe sud-coréen figure parmi les grands acteurs mondiaux de la construction navale et possède une expérience dans plusieurs catégories de navires, notamment les porte-conteneurs, les pétroliers, les méthaniers, les navires spécialisés et les bâtiments militaires.
Son consortium associe HD Hyundai Heavy Industries à Somagec pour la partie marocaine et à Kuzey Star Shipyard en Turquie. Cette configuration réunit des compétences dans la construction navale lourde, les infrastructures maritimes et la réparation.
L’offre sud-coréenne présente également une dimension militaire. Le futur chantier devra être en mesure d’assurer des opérations de maintenance sur des bâtiments de la Marine royale marocaine. HD Hyundai a par ailleurs évoqué la possibilité de construire au Maroc des patrouilleurs hauturiers, ce qui élargirait l’activité du site à la production de bâtiments militaires.
La construction militaire au cœur des enjeux techniques
La capacité à intervenir sur des bâtiments militaires constitue l’un des paramètres importants du futur chantier. Elle suppose des installations adaptées ainsi que des compétences et procédures spécifiques.
Sur ce volet, Marina Meridional devra s’appuyer largement sur Ningbo Xinle Shipbuilding, dont le rôle est déterminant pour compléter les capacités industrielles du consortium espagnol dans la construction navale.
La comparaison des offres ne se limitera toutefois pas à la seule dimension militaire. L’ANP devra également examiner les capacités techniques, le modèle économique, les investissements prévus et la capacité des candidats à assurer durablement l’exploitation du chantier.
Une attribution reportée à fin 2026
Un troisième candidat italien reste par ailleurs en lice après le retrait de Naval Group de la procédure.
L’Agence nationale des ports a reporté au 31 décembre 2026 l’attribution de la concession, alors que la décision était initialement attendue à la fin de l’été.
Le futur concessionnaire héritera ainsi d’un projet stratégique pour la filière navale marocaine, avec l’objectif de développer à Casablanca une plateforme capable de combiner réparation, maintenance et construction navale, au service des marchés commercial, maritime et militaire.





















