Le budget 2027 compte sur l’impôt sur les sociétés (IS) pour engranger 30 milliards de dirhams de plus qu’en 2026. Un seul secteur voit son taux augmenter : les grands importateurs et distributeurs d’hydrocarbures. Une mesure ciblée, qui soulève une question. Cette fiscalité supplémentaire sera-t-elle absorbée par les opérateurs ou, au moins en partie, répercutée sur les prix à la pompe ?
Le projet de loi de finances prévoit de porter de 35% à 40% le taux d’IS applicable aux importateurs et distributeurs d’hydrocarbures dont le bénéfice net atteint au moins 100 millions de dirhams. Les entreprises concernées rejoindraient ainsi les secteurs déjà soumis au taux de 40%, notamment les banques, les établissements de crédit et les sociétés d’assurance et de réassurance.
Entre le montant inscrit dans le budget et son incidence sur l’économie réelle, il reste une inconnue. Dans le secteur des carburants, la question dépasse les comptes des entreprises, elle touche directement le pouvoir d’achat des ménages et les coûts des professionnels.
Les automobilistes vont-ils payer la facture ?
Une hausse de l’impôt sur les bénéfices ne se traduit pas automatiquement par une augmentation des prix. L’IS est calculé sur le résultat imposable de l’entreprise, et non sur chaque litre de carburant vendu. Le relèvement du taux ne constitue donc pas, en lui-même, un mécanisme d’augmentation des prix à la pompe.
Reste que les opérateurs peuvent chercher à préserver leurs marges. Dans quelle mesure une fiscalité plus lourde pourrait-elle alors être répercutée sur les prix de vente ? Tout dépendra notamment des conditions de concurrence, de la capacité des entreprises à absorber cette charge et de leur politique commerciale.
Si les opérateurs disposent d’une marge de manœuvre suffisante pour ajuster leurs prix, une partie du coût supplémentaire pourrait théoriquement être transférée aux consommateurs. À l’inverse, une concurrence plus forte ou la volonté de préserver les volumes de vente pourrait limiter cette répercussion.
La hausse de l’IS pourrait-elle donc renchérir les carburants, indépendamment de l’évolution du baril ? C’est l’une des questions que pose la mesure. Cela dit, il faudrait notamment connaître le poids de cette hausse dans les coûts des opérateurs concernés et observer leur comportement tarifaire si la hausse de l’IS est actée.
Car le prix à la pompe dépend de plusieurs facteurs dont les cours internationaux des produits pétroliers, le taux de change, les coûts d’approvisionnement et de distribution, ainsi que les marges commerciales. Une éventuelle répercussion de la fiscalité viendrait s’ajouter à ces déterminants, sans nécessairement se traduire par une hausse équivalente pour le consommateur.
Un rendement fiscal qui dépasse le seul secteur des carburants
L’enjeu budgétaire est loin d’être marginal. En 2025, les recettes brutes de l’IS ont dépassé 100 milliards de dirhams. L’impôt sur les bénéfices représentait ainsi 34% des recettes fiscales de l’État.
Le gouvernement entend s’appuyer davantage sur cette ressource en 2027. Mais la progression attendue des recettes ne saurait être attribuée au seul relèvement du taux applicable aux hydrocarbures. Elle dépend également de l’évolution des bénéfices des entreprises et du rendement global de l’impôt.
Dans le cas des hydrocarbures, l’enjeu est plus immédiatement perceptible pour le grand public.
