Le Maroc attire l’attention des laboratoires pharmaceutiques allemands grâce à son environnement réglementaire, à son réseau de distribution et à ses capacités industrielles. Selon une analyse publiée le 15 octobre par Germany Trade & Invest (GTAI), l’agence fédérale allemande chargée de la promotion du commerce extérieur et des investissements, le royaume dispose d’atouts pour développer la production locale de médicaments et renforcer les exportations vers les marchés africains.
L’étude compare les perspectives offertes par le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, en distinguant trois activités : l’importation de médicaments finis, leur fabrication destinée au marché national et la production pour l’exportation. D’après les auteurs, le Maroc permet une diversité de partenariats industriels et commerciaux, notamment grâce à la présence de fabricants locaux et à des circuits de distribution déjà structurés.
Un marché pharmaceutique de 25,9 milliards de dirhams
Le marché pharmaceutique marocain a atteint 25,9 milliards de dirhams en 2024, soit environ 2,4 milliards d’euros, selon les données du Conseil de la concurrence reprises par GTAI.
Les importations de produits pharmaceutiques se sont élevées à 10,6 milliards de dirhams, contre 1,6 milliard de dirhams d’exportations. Cet écart fait ressortir un déficit commercial d’environ neuf milliards de dirhams et souligne le potentiel de développement de la production nationale.
Le secteur comptait alors 56 établissements industriels pharmaceutiques, 66 grossistes et plus de 14 000 pharmacies. Pour les laboratoires étrangers, cette infrastructure constitue une base permettant d’envisager des partenariats avec des entreprises déjà implantées, sans nécessairement commencer par la construction de nouvelles unités industrielles.
GTAI cite notamment Sothema, Cooper Pharma et Maphar parmi les fabricants présents au Maroc. Ces entreprises peuvent représenter des partenaires potentiels pour des opérations de fabrication sous licence ou de sous-traitance, sous réserve des autorisations réglementaires et de la compatibilité des équipements avec les médicaments concernés.
L’Allemagne, un fournisseur majeur du secteur pharmaceutique marocain
Les relations commerciales entre l’Allemagne et le Maroc dans le domaine pharmaceutique sont déjà significatives. D’après les statistiques du commerce international des Nations unies exploitées par GTAI, l’Allemagne occupait en 2024 la première place parmi les fournisseurs du royaume pour l’ensemble des produits relevant du chapitre 30 de la nomenclature douanière, avec près de 18 % de la valeur des importations.
Cette position s’explique principalement par les livraisons de vaccins et de produits sanguins. Pour les médicaments finis, la France conservait la première place, ce qui montre que la répartition des fournisseurs varie selon les catégories de produits.
L’élargissement de la couverture de l’assurance maladie contribue également à soutenir la demande intérieure, selon l’analyse allemande. Toutefois, les prix réglementés et la place importante des médicaments génériques limitent les possibilités tarifaires des fabricants et renforcent la concurrence sur le marché national.
L’accès au marché reste par ailleurs encadré par les procédures d’autorisation marocaines. GTAI rappelle que l’importation de médicaments doit passer par un établissement pharmaceutique industriel agréé au Maroc et obtenir l’autorisation de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS).
Pour les laboratoires allemands, l’implantation au Maroc suppose donc de prendre en compte les exigences réglementaires, les conditions de commercialisation et les caractéristiques des produits concernés.
Maroc, Algérie, Tunisie : trois modèles pharmaceutiques différents
La comparaison de GTAI met en évidence des différences importantes entre les trois principales économies du Maghreb. Chacune présente des caractéristiques propres en matière de production locale, d’importation, de réglementation et d’accès aux marchés extérieurs.
Au Maroc, les partenariats avec des fabricants existants et le réseau de distribution permettent d’envisager plusieurs stratégies, allant de l’importation de médicaments finis à la fabrication locale. Le royaume présente également des possibilités de production destinée à d’autres marchés africains, à condition de respecter les exigences applicables dans chaque pays de destination.
En Algérie, la stratégie industrielle repose davantage sur la substitution des importations par la production nationale. Le pays compte 233 établissements de production pharmaceutique, dont 138 fabricants de médicaments. En février 2026, l’Agence nationale des produits pharmaceutiques estimait que la production locale couvrait 83 % des besoins intérieurs.
Cette orientation s’accompagne de restrictions sur l’importation de produits lorsqu’un équivalent est fabriqué localement. Les importateurs doivent notamment disposer des agréments requis, faire enregistrer les médicaments et obtenir l’approbation de leurs programmes d’importation.
Selon GTAI, les autorités algériennes ont également suspendu, à la fin d’avril 2026, le dépôt de nouvelles demandes d’agrément pour l’importation de médicaments et de dispositifs médicaux. Cette mesure était toujours en vigueur à la fin de septembre, d’après les informations rapportées par l’agence allemande.
Malgré ces contraintes, l’Algérie conserve des perspectives pour les médicaments innovants, les produits complexes, les principes actifs et les transferts de technologie. Dans ce contexte, la production locale ou les partenariats industriels peuvent constituer une voie d’accès au marché pour les entreprises étrangères.
La Tunisie dispose d’une industrie tournée vers les génériques
La Tunisie présente un modèle différent, avec une industrie pharmaceutique composée d’une quarantaine d’usines. Selon les données citées par GTAI, la production locale couvre environ 80 % des besoins nationaux en volume et 60 % en valeur.
La fabrication concerne principalement les médicaments génériques, tandis que les produits à forte valeur ajoutée continuent de représenter une part des importations. Le pays dispose également d’une expérience à l’exportation : selon l’Agence de promotion de l’investissement extérieur, les fabricants tunisiens desservent 35 pays et exportent environ 18 % de leur production.
L’agence allemande souligne toutefois les difficultés de financement et les retards de paiement liés à la Pharmacie centrale de Tunisie, un acteur clé dans l’importation de médicaments. Les délais de règlement pourraient atteindre douze à treize mois, selon les informations rapportées dans l’étude.
GTAI évoque également le partenariat conclu en février 2026 entre le laboratoire français Sanofi et le groupe tunisien Kilani. L’accord prévoit la fabrication locale d’une partie du portefeuille de Sanofi par Teriak, ainsi que la participation de Medicis à certaines activités de visite médicale et de commercialisation.
Cet exemple illustre les possibilités de coopération industrielle dans la région, mais aussi la nécessité d’adapter les stratégies d’implantation aux spécificités de chaque marché.
Le Maroc peut renforcer sa vocation de plateforme d’exportation
Au-delà de la taille du marché intérieur, la capacité à approvisionner d’autres pays africains constitue un critère important dans le choix d’une implantation industrielle. Sur ce point, GTAI met en avant les infrastructures logistiques marocaines, les circuits de distribution et l’existence de fabricants locaux susceptibles d’accueillir des partenariats.
Le développement de cette vocation exportatrice dépendra néanmoins de plusieurs facteurs, notamment les coûts de production, la compétitivité des entreprises, les autorisations réglementaires et la conformité aux normes sanitaires internationales.
Les laboratoires devront également identifier leurs marchés cibles avant d’investir, chaque pays africain appliquant ses propres règles d’enregistrement, d’autorisation et de distribution des médicaments. Une implantation au Maroc ne garantit donc pas automatiquement un accès aux marchés voisins.
L’enjeu pour le royaume consiste à transformer un marché encore largement dépendant des importations en une base de production capable de répondre à la demande nationale et de desservir davantage de marchés africains.
Pour les industriels allemands, le choix entre le Maroc, l’Algérie et la Tunisie dépendra ainsi de la nature des médicaments, des objectifs commerciaux, des coûts industriels et des contraintes réglementaires. L’analyse de GTAI fournit une grille de lecture de ces différences et souligne le rôle que le Maroc pourrait jouer dans le développement des activités pharmaceutiques en Afrique.
