Les délais de paiement ont nettement reculé en 2024, selon l’Observatoire des délais de paiement. Mais l’embellie est en trompe-l’œil : les TPE continuent de financer la trésorerie des autres, et le taux de défaut bancaire des entreprises reste scotché à 11,2%.
Le progrès est réel, mais il n’en reste pas moins inégal. Dans son dernier rapport, l’Observatoire des délais de paiement confirme que les entreprises se paient plus vite. Le délai clients moyen est tombé à 98 jours de chiffre d’affaires, soit 27 jours de moins en un an, et le délai fournisseurs à 70 jours d’achats, contre 85 auparavant. Sur les quelque 92.000 sociétés analysées, 65% règlent désormais leurs clients en moins de 60 jours.
Les banques, elles, scrutent un autre indicateur, nettement moins rassurant. Selon le rapport sur la stabilité financière, les créances en souffrance des sociétés non financières ont atteint 74 milliards de dirhams en 2025, sur un encours de 657 milliards. Soit un taux de défaut de 11,2%.
Les deux chiffres ne se contredisent pas pour autant. L’un mesure le temps mis à régler une facture, l’autre l’incapacité à rembourser un crédit. Une entreprise peut encaisser plus vite et rester surendettée. Un défaut peut aussi trahir des difficultés anciennes, sans lien avec les règlements d’aujourd’hui.
Les TPE, maillon fragile de la chaîne
C’est derrière la moyenne que le tableau se gâte. Le solde commercial, l’écart entre créances clients et dettes fournisseurs, est quasi nul pour les grandes entreprises (1 jour de chiffre d’affaires). Il grimpe à 12 jours pour les PME et à 47 jours pour les TPE. Ces dernières ont pourtant raccourci leur délai clients d’environ 30 jours, mais il reste le plus long, à 100 jours, alors que les grands groupes, eux, l’ont allongé d’environ 19 jours.
Les secteurs divergent aussi. Les services (140 jours) et l’industrie manufacturière (142 jours) voient leurs délais se dégrader, tandis que l’immobilier a porté son délai fournisseurs à 143 jours d’achats. La tension ne disparaît pas, elle se déplace le long de la chaîne. Qui encaisse tard paie tard. De quoi expliquer, peut-être, qu’un recul de 27 jours coexiste avec un taux de défaut de 11,2%, même si les données croisées manquent pour l’affirmer.
Le rapport de stabilité financière apporte un dernier signal. Dans l’échantillon étudié, la part de la dette financière à moyen et long terme dans les capitaux permanents est revenue de 46% à 43% en 2024, et la dette à court terme pèse près de 11% du chiffre d’affaires. Ce repli peut traduire un renforcement des fonds propres autant qu’un raccourcissement des financements.
Liquidité n’est pas solvabilité
Raccourcir les délais soulage le besoin en fonds de roulement, donc la liquidité. Le défaut, lui, relève de la solvabilité : marges, fonds propres, poids de la dette. Des factures encaissées plus vite ne les reconstituent pas. Avec 11,2% de défaut, le gain de trésorerie ne s’est donc pas encore converti, pour une partie des entreprises, en capacité de rembourser.
Ecrit par : Le Décrypteur
